J'avais essayé de répondre à cette question sur le journal cité par Zenitram. En fait pour moi, c'est une question d'état d'esprit. Bien entendu que la sculpture n'a aucune source. Bien entendu que beaucoup de musiciens jouent avec beaucoup (voire entièrement) d'impros, ou ont une composition très "flexible" qui va changer d'un concert à l'autre. Je peux comprendre — lorsqu'il n'y a aucune source sur support physique à la base — que l'artiste n'ait rien à donner et donc va se dire "à quoi me sert l'art libre? Je dois faire du boulot en plus?"
Mais c'est pas ça le problème. Le problème est cette idée qu'on a dans nos sociétés modernes que chaque création est "sacrée", qu'il faut surtout pas y toucher sans en être l'auteur, et que si on le fait, c'est un sacrilège. En tant qu'artiste, il faut savoir descendre un peu de son piédestal, comme le dit Zenitram, et accepter que quelqu'un veuille reprendre notre œuvre (tout ou partie) sans nécessairement passer par la case "contrat". Sans nécessairement demander l'autorisation, payer, se retrouver limité (genre l'exemple du journal: reprendre une pièce sans toucher une ligne ni les personnages, ni leurs sexes...), avoir sans cesse peur de faire un faux pas (et donc de se retrouver avec un procès sur le dos), etc.
Quand je dis que l'art est libre, je l'entends presque au sens propre: une fois qu'une œuvre est créée, elle ne m'appartient plus, elle est donc "libre" de s'en aller et de changer...
Donc qu'en est-il des exemples donnés plus haut? Ben le sculpteur et le musicien Free Jazz, certes je ne vais pas leur demander nécessairement de créer des sources virtuelles. Mais au moins, qu'ils ne m'interdisent pas d'étudier leur œuvre. Et ce, même si c'est pour faire de l'argent derrière. Qu'il ne m'interdisent pas de faire des photos de la statue (le flash, je comprends car il y a une raison technique de détérioration de l'œuvre; mais interdire toute photo, même sans flash, dans certains musées publics — en général pour raison purement mercantiles car ils veulent que vous achetiez dans les boutiques et être sûr d'être les seuls à posséder des copies — je trouve cela mesquin).
En gros, c'est cela que veut dire de sélectionner une licence libre, même pour des arts sans source à proposer.
Par exemple, je trouve ridicule qu'il soit très rare, 43 ans après la mort de Pablo Picasso, de voir la moindre de ses œuvres "légalement" sur Internet alors qu'il est mondialement connu. Vérifiez par exemple la page Wikipédia: pas une copie d'œuvre.
Le fait est que ses ayant-droits en vivent (et bien) et avoir le droit de diffuser une copie coûte de l'argent. Même les musées qui possèdent les originaux et veulent faire des expositions doivent raquer pour utiliser les copies de leurs propres tableaux sur les réseaux sociaux ou les supports de promotion. S'il avait mis ses œuvres sous licence libre, certes il n'aurait eu aucune source à donner. On ne lui demanderait pas d'inventer des sources qui n'existent pas. Par contre cela n'aurait rien changé à la vente de ses œuvres (la vente des originaux, c'est là qu'il s'est enrichi car il était un bon businessman pour ses œuvres de ce qu'on lit), et cela aurait permis aux copies d'être accessibles légalement par tous, à jamais.
L'autre exemple que j'aime bien prendre est: à l'inverse, supposons que tu ne deviennes pas célèbre. Tu n'es pas le Picasso du Free Jazz, et tes enregistrements tombent dans l'oubli. En plus peut-être que tu n'as aucun ayant-droits, ou pire ils se fichent de ta musique et préfèreraient tout autant que le monde l'oublie. Ben personne n'obtiendra jamais le droit de diffuser ta musique (radio, magasin, télé, hologrammes du futur...), ni de la reproduire sur support physique ou en téléchargement. Ton œuvre pour laquelle tu as peut-être donné une grande partie de ta passion risque de mourir avec toi. Cela n'est pas un cas isolé. Cela arrive sans arrêt pour des milliers de musiciens et d'auteurs en tout genre: leur œuvre tombe dans l'oubli car les ayant-droits n'y sont pas intéressés (ou sont simplement introuvables, voire ne savent pas, etc.), et ce même si d'autres sont intéressés. Le problème du droit d'auteur est donc aussi qu'il emprisonne l'art au bon vouloir des ayant-droits et peut en arriver à créer l'effet inverse de celui voulu par un auteur (si on suppose qu'un auteur aimerait voir son œuvre être diffusée).
Donc si tu as un enregistrement de Free Jazz, en le mettant sous licence Libre, tu nous laisses à jamais l'autorisation d'en écouter des copies et de les étudier. Même tes ayant-droits ne peuvent plus nous l'empêcher. Et ça, c'est vraiment pas rien.
Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]
[^] # Re: Free Jazz
Posté par Jehan (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Pourquoi l'art libre est aussi important que le logiciel libre. Évalué à 9.
Salut,
J'avais essayé de répondre à cette question sur le journal cité par Zenitram. En fait pour moi, c'est une question d'état d'esprit. Bien entendu que la sculpture n'a aucune source. Bien entendu que beaucoup de musiciens jouent avec beaucoup (voire entièrement) d'impros, ou ont une composition très "flexible" qui va changer d'un concert à l'autre. Je peux comprendre — lorsqu'il n'y a aucune source sur support physique à la base — que l'artiste n'ait rien à donner et donc va se dire "à quoi me sert l'art libre? Je dois faire du boulot en plus?"
Mais c'est pas ça le problème. Le problème est cette idée qu'on a dans nos sociétés modernes que chaque création est "sacrée", qu'il faut surtout pas y toucher sans en être l'auteur, et que si on le fait, c'est un sacrilège. En tant qu'artiste, il faut savoir descendre un peu de son piédestal, comme le dit Zenitram, et accepter que quelqu'un veuille reprendre notre œuvre (tout ou partie) sans nécessairement passer par la case "contrat". Sans nécessairement demander l'autorisation, payer, se retrouver limité (genre l'exemple du journal: reprendre une pièce sans toucher une ligne ni les personnages, ni leurs sexes...), avoir sans cesse peur de faire un faux pas (et donc de se retrouver avec un procès sur le dos), etc.
Quand je dis que l'art est libre, je l'entends presque au sens propre: une fois qu'une œuvre est créée, elle ne m'appartient plus, elle est donc "libre" de s'en aller et de changer...
Donc qu'en est-il des exemples donnés plus haut? Ben le sculpteur et le musicien Free Jazz, certes je ne vais pas leur demander nécessairement de créer des sources virtuelles. Mais au moins, qu'ils ne m'interdisent pas d'étudier leur œuvre. Et ce, même si c'est pour faire de l'argent derrière. Qu'il ne m'interdisent pas de faire des photos de la statue (le flash, je comprends car il y a une raison technique de détérioration de l'œuvre; mais interdire toute photo, même sans flash, dans certains musées publics — en général pour raison purement mercantiles car ils veulent que vous achetiez dans les boutiques et être sûr d'être les seuls à posséder des copies — je trouve cela mesquin).
En gros, c'est cela que veut dire de sélectionner une licence libre, même pour des arts sans source à proposer.
Par exemple, je trouve ridicule qu'il soit très rare, 43 ans après la mort de Pablo Picasso, de voir la moindre de ses œuvres "légalement" sur Internet alors qu'il est mondialement connu. Vérifiez par exemple la page Wikipédia: pas une copie d'œuvre.
Le fait est que ses ayant-droits en vivent (et bien) et avoir le droit de diffuser une copie coûte de l'argent. Même les musées qui possèdent les originaux et veulent faire des expositions doivent raquer pour utiliser les copies de leurs propres tableaux sur les réseaux sociaux ou les supports de promotion. S'il avait mis ses œuvres sous licence libre, certes il n'aurait eu aucune source à donner. On ne lui demanderait pas d'inventer des sources qui n'existent pas. Par contre cela n'aurait rien changé à la vente de ses œuvres (la vente des originaux, c'est là qu'il s'est enrichi car il était un bon businessman pour ses œuvres de ce qu'on lit), et cela aurait permis aux copies d'être accessibles légalement par tous, à jamais.
L'autre exemple que j'aime bien prendre est: à l'inverse, supposons que tu ne deviennes pas célèbre. Tu n'es pas le Picasso du Free Jazz, et tes enregistrements tombent dans l'oubli. En plus peut-être que tu n'as aucun ayant-droits, ou pire ils se fichent de ta musique et préfèreraient tout autant que le monde l'oublie. Ben personne n'obtiendra jamais le droit de diffuser ta musique (radio, magasin, télé, hologrammes du futur...), ni de la reproduire sur support physique ou en téléchargement. Ton œuvre pour laquelle tu as peut-être donné une grande partie de ta passion risque de mourir avec toi. Cela n'est pas un cas isolé. Cela arrive sans arrêt pour des milliers de musiciens et d'auteurs en tout genre: leur œuvre tombe dans l'oubli car les ayant-droits n'y sont pas intéressés (ou sont simplement introuvables, voire ne savent pas, etc.), et ce même si d'autres sont intéressés. Le problème du droit d'auteur est donc aussi qu'il emprisonne l'art au bon vouloir des ayant-droits et peut en arriver à créer l'effet inverse de celui voulu par un auteur (si on suppose qu'un auteur aimerait voir son œuvre être diffusée).
Donc si tu as un enregistrement de Free Jazz, en le mettant sous licence Libre, tu nous laisses à jamais l'autorisation d'en écouter des copies et de les étudier. Même tes ayant-droits ne peuvent plus nous l'empêcher. Et ça, c'est vraiment pas rien.
Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]