Pourquoi le logiciel libre serait-il porteur de valeurs anticapitalistes ?
Alors soyons clairs: le logiciel libre peut s’inscrire (plus ou moins) dans une logique capitaliste, comme c’est le cas aujourd’hui. De toute façon je vois pas comment quelque chose d’anticapitaliste pourrait exister en dehors du capitaliste à l’heure actuelle, à moins de ne pas exister.
D’autre part, le logiciel libre n’est pas l’anarchisme, ou aucune autre idéologie, j’en suis bien consciente; mais j’y voit pas mal d’idées qui sont quand même plutôt «de gauche» (pas celle du gouvernement, l’autre gauche). Enfin, c’est le logiciel libre est un outil d’émancipation du pouvoir (un outil seulement, pas un truc magique).
Outre cela, d’autres mouvements qui s’inscrivent et s’entremêlent avec celui du logiciel libre sont aussi plutôt dans l’émancipation: le combat pour les formats ouverts, le combat contre la surveillance de masse et les libertés individuelles — pas la liberté individualiste du libéralisme — sur internet, etc..
Au contraire, il porte les valeurs de la liberté, de la libre concurrence et de la méritocratie.
Tu as oublié l’égalité? Le Logiciel Libre pour moi c’est quand même d’abord le fait que personne n’est privilégié dans l’utilisation, la lecture du code source ou la modification du logiciel. Le logiciel libre en soi donne donc autant de pouvoir à tous car il n’instaure pas de hiérarchie.
De plus, le mouvement hacker, qui s’est emparé du logiciel, est historiquement très à gauche/hippie/etc.. rms en a jamais rien eu à foutre des entreprises et donc de la libre concurrence. Les plus emblématiques défenseurs du logiciel libre (FSF, April, par exemple) mettent systématiquement en avant la liberté, l’égalité, la collaboration, etc.
Évidemment, ce qu’on construit autour peut avoir une hiérarchie (CLA, équipe de développement, etc.). Mais grâce au logiciel libre, on peut passer outre l’autorité d’un système en récupérant le code source et faire sa modification perso/forker/etc.. Le fait de donner la possibilité de passer outre un pouvoir qu’on ne juge pas légitime est anarchiste.
Sur la libre concurrence: c’est se placer du point de vue de l’open source/du capitalisme car le logiciel libre permet plus que simplement la libre concurrence, elle permet la coopération (en pratique y a des facteurs extérieurs qui peuvent entraver cela mais c’est déjà une grande avancée).
Tu veux exister dans le monde du LL/FLOSS ? Personne ne viendra te chercher, c'est à toi de te débrouiller en contribuant, et le jeu de la concurrence dans le monde du libre est l'un des rares à pouvoir fonctionner en roue libre.
Permet moi de douter de «la main invisible du marché», même au sein du monde du libre. Le logiciel libre tourne de façon capitaliste globalement, parce que beaucoup de logiciels libres sont fait par ou avec des entreprises, ou par des gens qui vivent dans une société capitaliste.
Personne ne viendra te chercher
Je ne vois pas ce que tu essaies de dire.
Le logiciel libre et Internet sont d'ailleurs les deux seuls exemples d'anarchies de marché, où la seule régulation qui soit est l'auto-régulation par les effets offre-demande.
Anarchie de marché, c’est quand même un sacré oxymore! Cela supposerait qu’il n’y a aucun rapport de pouvoirs, or c’est faux. Justement, la concurrence, l’offre et la demande, etc. sont quand même sacrément opposés aux idéaux de l’anarchisme.
Et il ne faut quand même pas oublier qu’internet existe (aujourd’hui) grâce à tout un système pas du tout anarchiste, notamment les noms de domaine, des infrastructures privées, et des autorités comme l’ICANN.
Je pense d'ailleurs qu'il suffit de voir le nombre de libertariens impliqués dans les projets libres - Jimmy Wales de Wikipedia en particulier, mais aussi tous les projets de gouvernance libre et de marché libres qui apparaissent, Bitcoin, les blockchains et autres, pour remettre en question le fait que ce serait une mouvance porteuse de valeurs d'extrême-gauche, ou au moins anti-capitalistes.
Les libertariens sont très loin de l’anarchisme (mais genre, rien à voir) — tu confonds peut-être avec libertaire. Après le bitcoin aurait pu être basé sur des technologies non-libres. Enfin créer un système de monnaie, ça me parait quand même pas franchement porteur des valeurs du logiciel libre, puisque par définition la monnaie sert à créer des inégalités.
[^] # Re: la politique c'est la vie
Posté par ariasuni . En réponse au sondage Pour ou contre le hors sujet sur LinuxFr.org ?. Évalué à 7.
Alors soyons clairs: le logiciel libre peut s’inscrire (plus ou moins) dans une logique capitaliste, comme c’est le cas aujourd’hui. De toute façon je vois pas comment quelque chose d’anticapitaliste pourrait exister en dehors du capitaliste à l’heure actuelle, à moins de ne pas exister.
D’autre part, le logiciel libre n’est pas l’anarchisme, ou aucune autre idéologie, j’en suis bien consciente; mais j’y voit pas mal d’idées qui sont quand même plutôt «de gauche» (pas celle du gouvernement, l’autre gauche). Enfin, c’est le logiciel libre est un outil d’émancipation du pouvoir (un outil seulement, pas un truc magique).
Outre cela, d’autres mouvements qui s’inscrivent et s’entremêlent avec celui du logiciel libre sont aussi plutôt dans l’émancipation: le combat pour les formats ouverts, le combat contre la surveillance de masse et les libertés individuelles — pas la liberté individualiste du libéralisme — sur internet, etc..
Tu as oublié l’égalité? Le Logiciel Libre pour moi c’est quand même d’abord le fait que personne n’est privilégié dans l’utilisation, la lecture du code source ou la modification du logiciel. Le logiciel libre en soi donne donc autant de pouvoir à tous car il n’instaure pas de hiérarchie.
De plus, le mouvement hacker, qui s’est emparé du logiciel, est historiquement très à gauche/hippie/etc.. rms en a jamais rien eu à foutre des entreprises et donc de la libre concurrence. Les plus emblématiques défenseurs du logiciel libre (FSF, April, par exemple) mettent systématiquement en avant la liberté, l’égalité, la collaboration, etc.
Évidemment, ce qu’on construit autour peut avoir une hiérarchie (CLA, équipe de développement, etc.). Mais grâce au logiciel libre, on peut passer outre l’autorité d’un système en récupérant le code source et faire sa modification perso/forker/etc.. Le fait de donner la possibilité de passer outre un pouvoir qu’on ne juge pas légitime est anarchiste.
Sur la libre concurrence: c’est se placer du point de vue de l’open source/du capitalisme car le logiciel libre permet plus que simplement la libre concurrence, elle permet la coopération (en pratique y a des facteurs extérieurs qui peuvent entraver cela mais c’est déjà une grande avancée).
Sur la méritocratie: c’est un concept inégalitaire parce qu’il favorise celles et ceux qui ont un plus gros capital (au sens bourdieusien, voir Facteurs limitants de la méritocratie et Hiérarchisation et constitution des groupes sociaux). Le logiciel libre donne des libertés de façon inconditionnelle et ça a toujours été en son cœur, la méritocratie ça peut aussi marcher pour un projet Shared Source.
Permet moi de douter de «la main invisible du marché», même au sein du monde du libre. Le logiciel libre tourne de façon capitaliste globalement, parce que beaucoup de logiciels libres sont fait par ou avec des entreprises, ou par des gens qui vivent dans une société capitaliste.
Je ne vois pas ce que tu essaies de dire.
Anarchie de marché, c’est quand même un sacré oxymore! Cela supposerait qu’il n’y a aucun rapport de pouvoirs, or c’est faux. Justement, la concurrence, l’offre et la demande, etc. sont quand même sacrément opposés aux idéaux de l’anarchisme.
Et il ne faut quand même pas oublier qu’internet existe (aujourd’hui) grâce à tout un système pas du tout anarchiste, notamment les noms de domaine, des infrastructures privées, et des autorités comme l’ICANN.
Les libertariens sont très loin de l’anarchisme (mais genre, rien à voir) — tu confonds peut-être avec libertaire. Après le bitcoin aurait pu être basé sur des technologies non-libres. Enfin créer un système de monnaie, ça me parait quand même pas franchement porteur des valeurs du logiciel libre, puisque par définition la monnaie sert à créer des inégalités.
Écrit en Bépo selon l’orthographe de 1990