• [^] # Re: Café

    Posté par . En réponse au journal L'increvable. Évalué à 6.

    Non les banques ne prêtent pas qu'aux riches, ce sont les riches qui prêtent via les banques notamment. Les riches n'ont pas besoin d'emprunter : ils sont -déjà- riches ; c'est normal, les riches, c'est fait pour être encore plus riches (la folie des grandeurs, acte 5 scène 2).
    Les banques prêtent quand elles sentent qu'elles vont y retirer un bénéfice immédiat ET qu'elles peuvent transférer le risque à d'autres, cf les subprimes. Donc elles prêtent aussi aux pauvres, à conditions que les emmerdements afférents soient transférés à d'autres, sans conditions et avec effet immédiat.

    Aujourd'hui fortes de leur position dominante elles ne prêtent quasiment plus préférant attendre et/ou spéculer. Quitte à placer une partie de leur argent à perte c'est à dire à taux négatif, plutôt que de faire leur métier.

    Maintenant question : Que faire pour un pauvre, lorsque la banque estimant qu'elle n'a rien à gagner avec lui sinon des ennuis, le refoule ?

    Je ne suis pas pauvre, mon salaire net est de 2500 euros, ma femme itou. Suis-je riche ? il semble que non : je dois emprunter de temps en temps, je n'en suis pas au point de pouvoir prêter mon argent, on dit d'ailleurs 'placer' son argent, c'est plus propre.

    Mais autour de nous, de nombreuses personnes, familles, sombrent dans la pauvreté : les banques ne leur accordent aucune attention, ni aucun crédit, cela va sans dire. Évidemment, aucun (mais alors aucun) espoir de placer quoi que ce soit de leur part. La fin du mois est là dès le 15-20. La distance restante, c'est système-D et compagnie. Privation diverses, repas allégés par la force des choses, équipements électroménagers usés et rafistolés, automobiles en piteux état, etc, etc, ....

    Que leur restent-ils comme marge de manœuvre ? l'abstinence ? le vol ? l'endettement ? La pression est forte, difficile de se soustraire à la tentation permanente, les pubs sont omniprésentes, les offres de crédits revolving ou non, sont elles aussi disponible 7/7 24/24. Prenez n'importe quel magasine du type hebdo télé (mais pas que), et comptez le nombre de ces offres. Vérifiez aussi, tant qu'on y est, la proximité visuelle entre ce mââg'nific-lave-linge (éclairé de l'intérieur), et cette page d'offre de crédit immédiat (deux fois rien : 18%, une broutille). Ce que c'est que les hasards de la mise en page tout de même !...

    Que fait le législateur ? rien ou si peu, à la marge. Le législateur est fermement invité à ne pas compromettre la libre circulation des biens, des marchandises, des dettes, et donc des affaires.

    Et donc les pauvres n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes, après tout ils l'ont bien cherché. C'est vrai, c'est bien eux qui signent l'offre de crédit. Donc pas question de cracher sur les banques, ok, mais alors, pas question non plus de cracher sur les pauvres : trop simple.

    La question reste posée : lorsque les revenus quand il y en a encore, sont tout juste suffisants pour assurer le quotidien, notamment un loyer qui bouffe le quart dudit revenu, comment faire pour supporter le reste ? les injonctions à consommer, les machins haut de gamme ou non qui tombent en panne plus vite que prévu y compris les lave-linges, la mode qui pousse à changer tout un tas d'équipements une fois par an (Noël est très pratique pour ça). Le rationnel n'existe pas dans ces cas de figure, seul reste le rêve, le subjectif poussé à son maximum combiné avec une bonne dose de frustration. Résultat : on craque ; on s'endette par signature ; et voilà. Les marchands se frottent les mains, les banquiers aussi. Le pauvre est plus pauvre. Pas grave, on saisira ses "biens", déjà gagés, et les affaires continuent sans oublier de transférer encore une fois tous ces problèmes coûteux sur divers pans de notre belle société, notamment sur le dos des pauvres en leur rappelant que quand même, ils n'auraient pas dû signer .....

    Notre dernier lave-linge, c'était chez Conf...ma, le vendeur était consterné parce que l'on ne prenait pas de crédit, pas d'extension de garantie, ni aucune autre facilités de paiement d'ailleurs. Vous noterez le terme 'facilités' pour refourguer un crédit. ...vous êtes sûr ??? Oui, nous sommes sûr. Déception dans le regard, et clic sur l"édition du bon de commande. J'ai connu une époque où souscrire un crédit était limite honteux. Aujourd'hui non seulement c'est 'normal', mais acquérir un bien sans crédit est considéré comme bizarre : le crédit fait partie du produit, il est même souvent une partie importante du revenu du vendeur.