• [^] # Re: Est-ce bien réaliste ?

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Non aux réformes de l’orthographe !. Évalué à 7.

    J'ai l'impression que les gens qui ont des difficultés en orthographe défendent bec et ongles cette réforme.

    Pas forcément. Souvent les puristes ne sont pas forcément ceux qui écrivent le mieux. Des personnes qui te corrigent quand tu écris « autant pour moi » ou « à priori » et qui font plein de fautes bien plus graves ne sont pas rares.

    Justement, tu critiques ceux qui ont des difficultés en orthographe, mais qui n’en pas ? Qui est capable de passer la dictée de Pivot sans fautes ? (je ne sais plus qui se vantait de n’avoir fait que trois fautes à la dictée de Pivot : une à dictée et deux à Pivot :))

    Les correcteurs passent leur vie dans les dictionnaires parce que justement, ils en ont besoin. C’est un peu le problème du Français, écrire correctement est vu comme une marque de respect, mais est une tâche quasi impossible vu le nombre de fautes possibles. Tiens d’ailleurs j’ai dû vérifier dans le dictionnaire pour savoir si tâche prenait un chapeau : le correcteur orthographique est loin d’être suffisant.

    Si on veut réformer la langue en profondeur par ce biais, les instituteurs seront noyés.

    J'enseigne en nouvelle orthographe et... tout va bien

    Rassurez-vous, nous sommes très nombreux, dans les classes de primaire, à enseigner ces nouvelles règles et cela se passe vraiment sans aucun souci. Quand, dans le meilleur des cas, un élève remarque deux graphies différentes, cela donne l'occasion de parler un peu de l'histoire de la langue et de son évolution.

    Donc, non, ça pas l’air de poser problème :)

    Bien avant le législateur, l'évolution des langues obéit a un simple commandement : "l'usage fait la règle".

    Sauf que dans le cas de Français, les réformes de l’orthographe ont souvent été faîtes pas le haut. C’est ce que voulais montrer ce journal. Tu as une vision très romantique de la langue qui évolue par elle même, mais dans le cas de l’écrit, les grand dictionnaires et l’académie française ont une influence énorme. L’évolution de l’orthographe du français s’est toujours faite principalement pas des réformes et des grands dictionnaires.

    Le chinois simplifié est-il arrivé spontanément ? L’alphabet coréen est-il spontanée ? Penser que l’orthographe est passée de celle de Molière à la notre naturellement est bien mal connaître l’histoire de notre langue. Les accents circonflexe pour remplacer les s par exemple : hospital -> hôpital ou estre -> être sont des choix d’académiciens. De même l’apparition de ces "s" muet pour rappeler l’étymologie sont aussi des choix qui n’ont rien de naturels. L’apparition artificielle du "ph" dans nénufar est le fruit des académiciens et non de l’usage.

    Le français est une langue dont l’orthographe est intellectuelle et en aucun cas naturel. Ce n’est pas une critique, mais si il y a bien un pays dans lequel la vision romantique de la langue est absurde c’est bien le français. Par exemple dans « défense et illustration de langue française », du Bellay parle de comment modifier le français pour le rendre artificiellement aussi noble que les langues classiques latin et grec. Si le français avait évolué naturellement, il s’écrirait en phonétique comme l’espagnol ou l’italien.

    Ce dont il faut prendre conscience, c’est que cette réforme de l’académie est dans le droit fils des réformes précédentes. Et les arguments des détracteurs de la réforme qui affirment que c’est une honte de modifier l’orthographe car elle doit évoluer naturellement ; que cette réforme va poser problème pour lire des textes anciens dans l’orthographe originale ; que c’est insulte au français, etc. Bref, les arguments des détracteurs disais-je montre une idéalisation de l’évolution de l’orthographe qui ne correspond en rien à la réalité. Des accents circonflexe ont déjà disparu à coup de réforme : toujoûrs -> toujours, des lettres étymologiques ont disparues sçavoir -> savoir.