• [^] # Re: métriques

    Posté par . En réponse au journal Persona, c'est bientôt la fin.. Évalué à 5.

    Que le capital soit détenu par des personnes que l'on peut bien nommer capitalistes, j'en conviens. Mais un grand nombre de salariés de par le monde sont capitalistes : tout l'argent déposé en banque dans des produits d'épargne, des assurances vie... sont des capitaux. ;-) Je me demande par quel miracle ces produits rapportent des intérêts à leurs détenteurs si le capital, ou si tu préfère les capitalistes, ne méritent pas leur rémunération.

    Absolument. Et je ne pense pas qu'un seul clanpin détenteur d'un compte épargne quelconque (qu'il épargne de l'argent, du « temps », ou des « points ») ne mérite quoique ce soit pour cela. Les intérêts qui sont éventuellement versés, ça ne tient ni du miracle, ni de la nature des choses : c'est la concrétisation d'une théorie politique. Par ailleurs, le fait qu'individuellement je jouisse d'une rémunération au seul titre que je ne claque pas l'intégralité de mon salaire tous les mois ne signifie pas que je trouve cela souhaitable politiquement. Voir la pertinente remarque d'Antoine sur les intérêts objectifs des salariés.

    Prenons un exemple élémentaire (au sens du mot comme dans phénomène élémentaire en physique théorique) : nous sommes menuisiers et j'ai deux marteaux, mais tu n'en as pas. Pour que nous puissions tous les deux exercer notre activité, tu pourrais m'acheter mon marteau en surplus. Malheureusement pour toi, tu n'as pas assez de fond en réserve pour me l'acheter. Je te propose alors cet arrangement : j'accepte de te céder l'usage de mon marteau, tout en restant son propriétaire, et en échange je reçois un pourcentage sur ton chiffre d'affaire. Ce contrat te parait-il profondément inique dans son principe ?

    En pratique tu ne me cèdes pas l'usage du marteau, tu me fais venir chez toi, tu décides à ma place de mon travail, et tu t'accapares le CA ainsi réalisé, en arguant que sans toi j'aurais pas de marteau et que ce n'est que justice. Si j'trouve ta ponction trop élevée alors que comme menuisier t'en branles pas une, tu prends à ma place un autre menuisier sans outil, je prends sa place de chômeur, et la société dit de moi que je ne veux pas bosser, que je suis un inactif, un fainéant, et que je ne « mérite » donc pas de ressources. Mais comme la morale c'est 'ach'ment important pour toi jusqu'au bout, tu peux même te fendre d'un peu de charité ou d'impôt, et tu diras « tiens, ça c'est un peu d'monnaie que j'ai noblement gagné en contrôlant les tenants et les aboutissants du travail de celui qui manie le marteau. Mon capital entre mes mains produit de la valeur, mais je t'en donne un peu pour que tu puisses vivre (chichement, décemment, dignement, insère ici le qualificatif de ton choix) », bien que tu ne produises rien. Et justice sera faite, amen.

    Je citerai sa profession de foi pour l'élection de 1849, et je te laisse juge si l'on trouve, de nos jours, de tels hommes politiques chez nous

    Vraiment dans les extraits que tu graisses, j'y vois un discours qu'on pourrait reformuler ainsi : il y a les pauvres d'un côté, les riches de l'autre, les premiers ne peuvent que vivre sur le dos des seconds, tels des parasites. Les parasites de gauche veulent pomper un max, les autres de droite veulent rien lâcher, heureusement j'suis entre les deux et je suis capable de faire lâcher au second juste assez pour que les premiers se rebiffent pas trop, et j'appellerai ça « justice ». C'est un discours qu'on retrouve très largement dans les partis des Bayrou, Sarkozy ou Hollande, et largement au-delà. J'imagine que c'est dans la supposée droiture morale de l'homme qu'il faut donc chercher ce qui l'éloigne tant des personnalités politiques contemporaines... ou bien dans les liens que tu as mis et que je prendrai le temps de consulter.