• [^] # Re: Travail admirable

    Posté par . En réponse à la dépêche Joyce Reynolds est morte :-(. Évalué à 5. Dernière modification le 08 janvier 2016 à 14:24.

    Le problème, c'est que l'affirmation contraire est également sans preuve.
    Si je dis: je pense que faire A est une bonne chose plutôt que de ne rien faire.
    Tu ne peux pas dire: que A soit bénéfique n'est pas prouvé. Donc, ne rien faire est mieux.

    Parce que dans ce cas, cela voudrait dire que si tu dis: je pense que ne rien faire est une bonne chose plutôt que de faire A.
    Je pourrais alors dire: que ne rien faire soit bénéfique n'est pas prouvé. Donc, faire A est mieux.

    Tout dépend de quoi on parle exactement. Pour prendre mon avis (parce que je ne peux pas me prononcer pour celui des autres) et expliciter clairement. Je me restreint à auteur/auteure pour simplifier :
    - Auteure est une mauvaise idée et en voici la raison : autrice existe déjà (même s'il a été un moment abandonné et peu usité) et respecte l’étymologie (j'ai déjà donné des liens). Aucune raison de complexifier la langue avec des doublons qui ne respectent pas les règles ;
    - Utiliser autrice (ou toute autre nom de métier féminin) me va ;
    - Ne plus pouvoir utiliser auteur pour parler d'un homme ou d'une femme serait dommageable : il est pratique d'avoir un neutre quand on n'a pas l'info du sexe ou que l'info est non pertinente. Cela évite d'alourdir inutilement les phrases ;
    - Inventer un neutre qui serait distinct du masculin m'irait (ça a du sens), le masculin deviendrait alors marqué ;
    - Si on garde le masculin comme neutre (car non marqué) et que l'on veut forcément marquer le féminin, on prend le risque de biaiser la représentation mentale lors de l'emploi du neutre en s'imaginant un homme : si on était certain que c'était une femme, on aurait utilisé le féminin, donc il est plus probable qu'il s'agisse d'un homme).

    Bref, tout ça pour dire que ne pas vouloir passer d'un était A à un état B, ne veut pas forcément dire qu'on est contre le changement d'état de A, on peut très bien préférer un état C. B peut certes apporter ses avantages, mais aussi ses inconvénients. Le problème est que tout le monde n'est pas forcément d'accord sur le changement d'état à adopter.

    Le modèle X dit: la représentation du cas général est le résultat des observations culturelles: les individus ne naissent pas avec en tête le fait "un docteur en général est un homme" (car la nature ne reconnaît pas le concept de métier de docteur). Les observations ont donc un impact.

    Le problème est que je ne vois aucun rapport entre la féminisation du nom de métier et la représentation mentale docteur = homme. Cela me semble bien plus lié aux proportions d'homme et femmes dans les métiers. Comme il a déjà été dit, une recrue, une vigie et une sentinelle sont très souvent des hommes. De même que le fait que la devinette marche aussi en anglais montre bien que cette représentation s'est forgée sans avoir besoin du genre grammatical. La profession de médecin tendant à se féminiser, la représentation mentale du médecin lambda changera peut-être, mais elle ne risque de changer que si les femmes deviennent majoritaires (pour remplacer l'ancienne, les clichés ont une forte inertie).

    Soit tu dis que le genre ne doit JAMAIS être visible, c'est-à-dire que tu souhaites qu'on change "institutrice" en "instituteur", soit tu acceptes que le genre soit, en français, visible, et dans ce cas, c'est normal d'utiliser cette information visible.
    Il ne s'agit pas de créer un nouveau élément de langage pour distinguer le genre. Cet élément de langage existe déjà, c'est une base de la langue française: la langue française contient un masculin et un féminin, qui est utilisé entres autres pour distinguer les individus de sexe masculins et féminins (c'est RÉELLEMENT la différence entre "instituteur" et "institutrice", c'est également le cas entre "il" et "elle").

    Comme dit plus haut, je n'ai pas de problème avec ça, encore faut il utiliser des féminin corrects. Cependant, comme expliqué plus haut, forcer la marque du féminin peut selon moi renforcer la confusion neutre = masculin. Encore une fois, pour être sur de bien me faire comprendre : le féminin est marqué, mais pas le masculin (qu'on peut donc confondre avec le neutre), donc vouloir absolument marquer le féminin tend réduire l'idée que le neutre puisse aussi désigner une femme.

    Je suis assez agacé, en rédigeant une annonce sur le site de l'APEC, de devoir forcément dire dans le titre de l'annonce "(H/F)"... oui, oui, ils disent qu'on doit forcément le mettre pour valider l'annonce ! Franchement, ça me parait tellement évident que je cherche un homme ou une femme. Si j'étais assez con pour me restreindre aux hommes, je le dirais explicitement (après tout, les annonces d'emploi saisonnier de serveuse, vendeuse ou garde d'enfant spécifient explicitement rechercher des femmes même si c'est illégal). Pour moi, forcer à dire homme ou femme revient à sous-entendre que non spécifié = homme.

    Ce qui est faux, c'est de dire que la deuxième explication mérite d'être considérée avec un statut équivalent à la première (et c'est ce que je fais ici: je ne dis pas que l'hypothèse est fausse, je dis qu'elle n'est pas assez bonne face à l'autre hypothèse pour pouvoir être choisie si on fait un choix objectif).
    Ce n'est pas vrai qu'elles ont un statut équivalent: la deuxième explication est non-naturelle, elle ne satisfait pas Occam, elle complique les choses, et s'il existe une autre explication qui marche, soit on est un religieux et on choisit de continuer à croire en son explication favorite, soit on est scientifique et on dit "peu importe ce qui m'arrange, je préfère l'explication qui a les meilleures propriétés du point de vue de la démarche scientifique".

    Eh bien je pense que c'est le point de désaccord essentiel : tes arguments que tu annonces comme plus simples, naturels et convaincants, ne semblent pas allez de soi pour tes contradicteurs qui pensent absolument le contraire.