Je crains que tu n'idéalises « un peu » l'être humain, si tu n'appliques pas cette analyse aux membres de notre espèce.
Pour apprécier l'humanité selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels. On peut en énumérer trois : un être humain est une machine à fabriquer de la passion individuelle. Un être humain est une organisation construite de manière à exercer une pression individuelle sur la pensée de chacun des êtres humains qui l'entourent. La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout être humain est sa propre croissance, et cela sans aucune limite. Par ce triple caractère, tout être humain est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui. Ces trois caractères sont des vérités de fait évidentes à quiconque s’est approché de la vie des hommes.
On pourrait aussi l'appliquer aux États. Dans le cas des individus, lorsque l'expansion n'est pas entravée à temps, elle mène à l'injustice et les différents peuvent espérer se régler devant des Cours de Justice. Dans le cas des États, cela finit malheureusement, souvent, par la guerre.
Dans cette ordre d'idée, je citerai cet extrait :
L'homme à un penchant à s'associer, car dans un tel état, il se sent plus qu'homme par le développement de ses dispositions naturelles. Mais il manifeste aussi une grande propension à se détacher (s'isoler), car il trouve en même temps en lui le caractère d'insociabilité qui le pousse à tout vouloir diriger dans son sens; et, de ce fait, il s'attend à rencontrer des résistances de tous côtés, de même qu'il se sait par lui-même enclin à résister aux autres. C'est cette résistance qui éveille toutes les forces de l'homme, le porte à surmonter son inclination à la paresse, et, sous l'impulsion de l'ambition, de l'instinct de domination ou de cupidité, à se frayer une place parmi ses compagnons qu'il supporte de mauvais gré, mais dont il ne peut se passer. L'homme a alors parcouru les premiers pas, qui de la grossièreté le mènent à la culture dont le fondement véritable est la valeur sociale de l'homme; c'est alors que se développent peu à peu tous les talents, que se forment le goût, et que même, cette évolution vers la clarté se poursuivant, commence à se fonder une forme de pensée qui peut avec le temps transformer la grossière disposition naturelle au discernement moral en principes pratiques déterminés.
Le texte complet est en relation directe avec le sujet de cet article, en particulier les propositions 5 et 6 :
Le problème essentiel pour l'espèce humaine, celui que la nature contraint l'homme à résoudre, c'est la réalisation d'une Société civile administrant le droit de façon universelle
Ce problème est le plus difficile; c'est aussi celui qui sera résolu en dernier par l'espèce humaine
Toujours dans le thème de l'article, je citerai pour conclure cet extrait du Conflit de la faculté de Philosophie avec la faculté de Droit.
L'idée d'une constitution en harmonie avec le droit naturel des hommes, c'est-à-dire dans laquelle ceux qui obéissent à la loi doivent aussi, réunis en corps, légiférer se trouve à la base de toutes les formes politiques; et l'organisme général qui, conçu en conformité avec elle, selon des purs concepts de la Raison* , s'appelle un idéal platonicien, n'est pas une chimère mais la norme éternelle de toute constitution politique en général, et écarte toute guerre.
* Il est doux cependant d'imaginer des constitutions répondant aux exigences de la Raison (notamment au point de vue du droit), mais il est téméraire de les proposer et coupable de soulever le peuple pour abolir ce qui présentement existe. L'Atlantide de Platon, l'Utopie de Morus, les Oceana d'Harrington et l'Histoire des Sévarambes d'Allais ont été successivement portés sur la scène, mais on n'en a jamais fait même rien que l'essai (mis à part le monstre manqué d'une République despotique de Cromwell). Il en a été de ces créations politiques comme de la création de l'univers; aucun homme n'y fut présent et ne pouvait l'être, sous peine d'avoir du être son propre créateur. Espérer un jour, si tard que ce soit, l'achèvement d'une création politique comme on l'envisage ici est un doux rêve; on peut toutefois non seulement penser qu'il est possible de s'en rapprocher toujours davantage, mais, dans la mesure où elle peut s'accorder avec la loi morale, c'est même le devoir non pas des citoyens, mais du chef de l'État, d'y travailler.
Je n'ai pas trouvé de version accessible en ligne de l'intégralité du texte.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Comptage vote blanc
Posté par kantien . En réponse au journal De la démocratie et des systèmes de vote. Évalué à -1.
Je crains que tu n'idéalises « un peu » l'être humain, si tu n'appliques pas cette analyse aux membres de notre espèce.
Pour apprécier l'humanité selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels. On peut en énumérer trois : un être humain est une machine à fabriquer de la passion individuelle. Un être humain est une organisation construite de manière à exercer une pression individuelle sur la pensée de chacun des êtres humains qui l'entourent. La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout être humain est sa propre croissance, et cela sans aucune limite. Par ce triple caractère, tout être humain est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui. Ces trois caractères sont des vérités de fait évidentes à quiconque s’est approché de la vie des hommes.
On pourrait aussi l'appliquer aux États. Dans le cas des individus, lorsque l'expansion n'est pas entravée à temps, elle mène à l'injustice et les différents peuvent espérer se régler devant des Cours de Justice. Dans le cas des États, cela finit malheureusement, souvent, par la guerre.
Dans cette ordre d'idée, je citerai cet extrait :
Le texte complet est en relation directe avec le sujet de cet article, en particulier les propositions 5 et 6 :
Toujours dans le thème de l'article, je citerai pour conclure cet extrait du Conflit de la faculté de Philosophie avec la faculté de Droit.
Je n'ai pas trouvé de version accessible en ligne de l'intégralité du texte.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.