Je n'aime pas trop réagir sur ce genre de sujet si vite, je suis emprunté, mes idées ne sont pas claires (l'émotion sans doute qui brouille une réflexion raisonnée, peut-être faudrait-il attendre, écrire et lire, et déchirer, et réécrire, recommencer encore et encore, avant de trouver une juste mesure). J'ai l'impression de participer maladroitement à l'urgence de notre société (une des sources de mon inquiétude), mais je partage tes craintes. Seulement 6 députés contre, et 551 pour (je n'ai pas vu les chiffres pour les sénateurs), sans réel débat de fond, et un vote expédié à une vitesse...
Je suis inquiet de voir que le pathos domine la raison. Je ne dis pas qu'il ne doit pas être présent, mais en politique, on ne devrait pas s'en servir comme une arme de communication surtout face à des familles en deuil, mais aussi par rapport à des décisions qui ont de lourdes conséquences géopolitiques, militaires, économiques, diplomatiques, etc. Dans le premier cas, c'est de l'indécence, dans le second de l'irresponsabilité.
Par exemple, j'ai vraiment été refroidi hier soir en découvrant les réactions des membres de réseaux sociaux comme twitter (le symbole de la communication de l'instant sans doute) et surtout des journalistes à l'égard de Michel Onfray. Pour ceux qui n'ont pas suivi, il a été cité par l'EI. Un coup il est islamophobe, un coup islamiste, rarement on met en avant son athéisme, et quasiment jamais on le lit.
On peut ne pas être d'accord avec lui, on argumente, etc. (le luxe de notre liberté). Mais là, c'est du lynchage médiatique, on a même l'impression que certains règlent leurs comptes, et parfois on constate même une haine particulièrement étonnante, comme si l'émoi ne supportait pas la raison (j'ai lu que certains voulaient lui réserver le même sort que Brasillach... La première fois, je me suis marré, j'ai cru que c'était une blague... Peut-être était-ce vraiment de la dérision face au traitement subi... Et après, j'ai vu le reste des réactions... Et là, j'ai douté...). Ce qui m'inquiète au-delà de son cas particulier, c'est ce dédain de la raison en général. J'entendais sur Arte Kepel se plaindre du peu d'intérêt porté par les politiques aux réflexions universitaires sur ce sujet avant de mener une action politique.
Cette réaction si épidermique de nos sociétés, créée sans doute par notre société spectaculaire qui a de grandes difficultés à mettre en perspective ses problématiques, menace grandement la raison qui devrait être la base de toutes nos réactions suite à ce que nous vivons. Par ex., nous n'aimerions pas que nos chefs militaires agissent hystériquement, mais avec une calme raison (une des rares choses qui m'a un peu rassuré cette semaine, c'est le calme rationnel du procureur Molins, ou la parole mesurée des patrons ou anciens patrons du RAID et GIGN, lorsque des politiques s'agitaient devant eux). Avec cette raison, de façon analytique, on pourrait ainsi questionner les causes et non les effets de ce qui nous arrive, et avec un certain recul nos actions géopolitiques mêmes de ces 30 dernières années. Cette même raison devrait questionner notre léthargie politique également, mais de nombreux démographes répondraient que nous sommes nous autres européens des peuples qui ont du mal à se réinventer, car nous sommes des peuples vieillissants, cantonnés trop souvent à la réaction. L'innovation politique viendra peut-être d'ailleurs, et s'imposera doctement à nous.
Nos démocraties sont si fragiles ; même si dans le fond, nos systèmes politiques ne sont pas réellement de type démocratique, dans le sens noble de la démocratie, dans son sens étymologique—une prestidigitation de la démocratie s'est mise en place dans nos sociétés, ce qui ne fait que renforcer un certain malaise d'une société où l'information se fluidifie, se transforme par la volonté de ce même "dêmos" qui ne peut pleinement exercer son pouvoir nouveau au niveau politique (celui de la "polis"). Cette tension est dangereuse, mais peut aussi être à la source d'innovation politique (un exemple, parmi d'autres, avec une radicalité démocratique, dans le sens de Laclau et Mouffe, avec une technique de démocratie liquide). Certains philosophes faisaient le lien entre savoir et pouvoir (Foucault, Hobbes avant lui). Nous jouons dangereusement avec nos libertés, nous n'apprenons pas des erreurs passées (réactions américaines des années 2000 par ex), et cela est particulièrement inquiétant J'ai entendu que certains politiques voulaient une sorte de Guantanamo à la Française (si un traitement philosophique de ce sujet lié à l'état d'exception et ses dangers vous intéresse, je vous invite à lire Agamben, notamment Homo Sacer).
Face à tout cela, dans un premier temps, notre conscience devrait être plus que jamais en alerte. Comme tu le soulignes, cela peut dégénérer très vite ! J'espère me tromper, mais tout cela sent le souffre, pas forcément à court terme, et pas uniquement au niveau de notre sécurité, peut-être plus largement économiquement (qui est souvent la source des maux sécuritaires).
Et sinon, des lectures différentes dans les journaux sur cette question, sur l'état d'exception, la vision de Zizek, ou de Butler, ou un article en français (à souligner) sur le site du NY Times.
Voilà, voilà... C'est un peu brut, un peu confus (j'ai mis les auteurs auxquels je pensais en écrivant, dans l'espoir que ça n'augmente pas la confusion).
Comme Larry (l'oiseau bleu) est partout, je cite twitter pour terminer (la phagocytose de l'émotion continue), et que je n'ai pas d'analyse de fond précise, tout cela est davantage une question sans réponses (encore heureux... C'est beaucoup trop tôt... On devrait s'accorder le temps de la réflexion face à l'urgence de notre époque, aux commandements de l'instant...), voilà un message de Laurent Chemla qui m'a fait sourire face à cette menace contre notre liberté. Je partage et j'y retourne...
# Inquiétude partagée
Posté par rdhlnn . En réponse au journal [HS] Ils ont gagné cette bataille. Évalué à 10.
Je n'aime pas trop réagir sur ce genre de sujet si vite, je suis emprunté, mes idées ne sont pas claires (l'émotion sans doute qui brouille une réflexion raisonnée, peut-être faudrait-il attendre, écrire et lire, et déchirer, et réécrire, recommencer encore et encore, avant de trouver une juste mesure). J'ai l'impression de participer maladroitement à l'urgence de notre société (une des sources de mon inquiétude), mais je partage tes craintes. Seulement 6 députés contre, et 551 pour (je n'ai pas vu les chiffres pour les sénateurs), sans réel débat de fond, et un vote expédié à une vitesse...
Je suis inquiet de voir que le pathos domine la raison. Je ne dis pas qu'il ne doit pas être présent, mais en politique, on ne devrait pas s'en servir comme une arme de communication surtout face à des familles en deuil, mais aussi par rapport à des décisions qui ont de lourdes conséquences géopolitiques, militaires, économiques, diplomatiques, etc. Dans le premier cas, c'est de l'indécence, dans le second de l'irresponsabilité.
Par exemple, j'ai vraiment été refroidi hier soir en découvrant les réactions des membres de réseaux sociaux comme twitter (le symbole de la communication de l'instant sans doute) et surtout des journalistes à l'égard de Michel Onfray. Pour ceux qui n'ont pas suivi, il a été cité par l'EI. Un coup il est islamophobe, un coup islamiste, rarement on met en avant son athéisme, et quasiment jamais on le lit.
On peut ne pas être d'accord avec lui, on argumente, etc. (le luxe de notre liberté). Mais là, c'est du lynchage médiatique, on a même l'impression que certains règlent leurs comptes, et parfois on constate même une haine particulièrement étonnante, comme si l'émoi ne supportait pas la raison (j'ai lu que certains voulaient lui réserver le même sort que Brasillach... La première fois, je me suis marré, j'ai cru que c'était une blague... Peut-être était-ce vraiment de la dérision face au traitement subi... Et après, j'ai vu le reste des réactions... Et là, j'ai douté...). Ce qui m'inquiète au-delà de son cas particulier, c'est ce dédain de la raison en général. J'entendais sur Arte Kepel se plaindre du peu d'intérêt porté par les politiques aux réflexions universitaires sur ce sujet avant de mener une action politique.
Cette réaction si épidermique de nos sociétés, créée sans doute par notre société spectaculaire qui a de grandes difficultés à mettre en perspective ses problématiques, menace grandement la raison qui devrait être la base de toutes nos réactions suite à ce que nous vivons. Par ex., nous n'aimerions pas que nos chefs militaires agissent hystériquement, mais avec une calme raison (une des rares choses qui m'a un peu rassuré cette semaine, c'est le calme rationnel du procureur Molins, ou la parole mesurée des patrons ou anciens patrons du RAID et GIGN, lorsque des politiques s'agitaient devant eux). Avec cette raison, de façon analytique, on pourrait ainsi questionner les causes et non les effets de ce qui nous arrive, et avec un certain recul nos actions géopolitiques mêmes de ces 30 dernières années. Cette même raison devrait questionner notre léthargie politique également, mais de nombreux démographes répondraient que nous sommes nous autres européens des peuples qui ont du mal à se réinventer, car nous sommes des peuples vieillissants, cantonnés trop souvent à la réaction. L'innovation politique viendra peut-être d'ailleurs, et s'imposera doctement à nous.
Nos démocraties sont si fragiles ; même si dans le fond, nos systèmes politiques ne sont pas réellement de type démocratique, dans le sens noble de la démocratie, dans son sens étymologique—une prestidigitation de la démocratie s'est mise en place dans nos sociétés, ce qui ne fait que renforcer un certain malaise d'une société où l'information se fluidifie, se transforme par la volonté de ce même "dêmos" qui ne peut pleinement exercer son pouvoir nouveau au niveau politique (celui de la "polis"). Cette tension est dangereuse, mais peut aussi être à la source d'innovation politique (un exemple, parmi d'autres, avec une radicalité démocratique, dans le sens de Laclau et Mouffe, avec une technique de démocratie liquide). Certains philosophes faisaient le lien entre savoir et pouvoir (Foucault, Hobbes avant lui). Nous jouons dangereusement avec nos libertés, nous n'apprenons pas des erreurs passées (réactions américaines des années 2000 par ex), et cela est particulièrement inquiétant J'ai entendu que certains politiques voulaient une sorte de Guantanamo à la Française (si un traitement philosophique de ce sujet lié à l'état d'exception et ses dangers vous intéresse, je vous invite à lire Agamben, notamment Homo Sacer).
Face à tout cela, dans un premier temps, notre conscience devrait être plus que jamais en alerte. Comme tu le soulignes, cela peut dégénérer très vite ! J'espère me tromper, mais tout cela sent le souffre, pas forcément à court terme, et pas uniquement au niveau de notre sécurité, peut-être plus largement économiquement (qui est souvent la source des maux sécuritaires).
Et sinon, des lectures différentes dans les journaux sur cette question, sur l'état d'exception, la vision de Zizek, ou de Butler, ou un article en français (à souligner) sur le site du NY Times.
Voilà, voilà... C'est un peu brut, un peu confus (j'ai mis les auteurs auxquels je pensais en écrivant, dans l'espoir que ça n'augmente pas la confusion).
Comme Larry (l'oiseau bleu) est partout, je cite twitter pour terminer (la phagocytose de l'émotion continue), et que je n'ai pas d'analyse de fond précise, tout cela est davantage une question sans réponses (encore heureux... C'est beaucoup trop tôt... On devrait s'accorder le temps de la réflexion face à l'urgence de notre époque, aux commandements de l'instant...), voilà un message de Laurent Chemla qui m'a fait sourire face à cette menace contre notre liberté. Je partage et j'y retourne...