Bonjour, ton journal n’est pas trop long, mais je ne l’ai pas encore lu et peut-être que je ne le lirais pas si je n’en trouve pas le courage.
Je ne te connais pas et je n’ai aucun devoir envers toi ni ton journal dont j’ignore encore complètement le contenu, mais ce commentaire est tombé sur toi. Pour une fois tu as gagné à la loterie.
Voici quelque conseils que je te donne :
1. Respire !
Lis et relis ton journal à voix haute, comme si tu lisais un livre devant un public d’auditeurs. Chaque fois que tu dois reprendre ta respiration, arrange-toi pour y placer une respiration dans ton texte : virgule, point... Reformule, découpe et réordonne les propositions. Personne n’aime lire en apnée !
2. Aère !
Lis et relis ton journal à voix haute, et quand tu te dis que cela fait un peu longtemps que tu es sur la même tirade, fais une pause dans ton discours, et fais de même dans ton écrit : termine un paragraphe et ouvre un autre. Reformule, découpe, recoupe, et réordonne les propositions.
4. Découpe !
Organise ton journal en parties. Si quelque chose l’en empêche, c’est que ton texte est un tunnel et donc là encore une apnée. Fais des parties, mets des titres, et découpe. Reformule ton texte et réorganise tes idées autour de tes titres.
3. Rythme !
Lis et relis ton journal à voix haute. Reformule et réordonne les propositions. Si ton texte est aisé à prononcer, il sera aisé et agréable à lire. Si ta langue bute sur des syllabes et des liaisons difficiles, si ta voix se fatigue, si certaines répétitions t’ennuient, reformule, réordonne. Aussi, naturellement, tu rythmera tes propositions comme j’ai rythmé ce paragraphe.
4. Écris !
Fais des exercices d’écriture. Là je ne parle pas de formulation, mais d’écriture. Ce n’est que de la graphie. Achète-toi du papier, un buvard, une plume et un encrier, et écris. Surtout, ne prends pas de plume à réservoir ni une plume qui retient trop d’encre. Chaque fois que ta plume est sèche, prends le temps de respirer, et trempe ta plume dans l’encrier. Laisse l’encre qui s’écoule de ta plume aérer ton écriture, comme l’air qui s’écoule de tes poumons aère tes phrases. Pas besoin de faire de la calligraphie au calame, mais c’est là le modèle : tu inspires entre chaque trait.
5. Rédige !
Évite les parenthèses quand tu peux, reformule si tu peux. Évite de parler comme à l’oral, même si je te demande de relire à l’oral. Certaines associations d’idées et lien logiques peuvent être induis à l’oral, en s’appuyant sur des élément de langage non-verbal : la gestuelle ou le simple rythme de la voix, ou le silence que l’on laisse ou qu’on ne laisse pas à soi ni à l’autre. Les allusions ne marchent pas à l’écrit, ou très mal, et interrompent le lecteur qui doit alors décoder tes sous-entendus, et donc perdre le fil de la lecture. La lecture de ton écrit doit être un fil où le lecteur doit pouvoir se reposer sans jamais le lâcher.
6. Dessine !
La typographie c’est important, la mise en forme c’est important ! N’oublie pas d’espace après les virgules, n’oublie pas de point en fin de phrase, utilise de beaux guillemets. Ne place pas d’alinéa superflu, saute des paragraphes quand visuellement ça commence à faire un pâté. Applique le style d’emphase sur tes emphases, fais des liens hypertextes.
7. Aide-toi !
Installe LibreOffice avec un dictionnaire français et Grammalecte. Avant de publier, copie-colle ton journal dans Libreoffice et corrige toutes les erreurs de grammaire, conjugaison, orthographe et typographie indiquées. Cela ne corrigera pas tout (une dizaine n’ont pas été vues dans le présent commentaire, essentiellement les formes impératives), mais c’est un énorme saut qualitatif qui est à ta portée à moindre coût !
8. Respecte ton lecteur !
Ne réduis pas ton lecteur à la caricature de tes contradicteurs. Tu auras des contradicteurs, alors n’assimile pas tous tes lecteurs à ces contradicteurs. Ou bien ils le seront par réaction, ou bien ils seront blessés parce que tu ne leur permets pas leur libre arbitre et que tu les associes à ceux qu’ils refusent d’être. En faisant tel que tu le fais, tu n’as que deux publics : ceux qui te contredisent, et ceux qui te désavouent.
9. Respecte-toi !
Si tu ne respectes pas ton travail, si tu penses qu’il ne vaut pas la peine d’être présentable, alors il ne sera pas recevable.
Tu ne peux pas te plaindre que certains attaquent la forme sans parler du fond : personne n’est obligé de faire l’effort de lire ton texte, un commentaire sur le fond n’est jamais un du, c’est toujours un cadeau que l’autre te fait, et il n’y est en rien obligé.
La forme, elle, tu l’imposes à l’autre, et ici tu l’imposes en forme d’agression. L’homme est un animal qui réagit à l’agression. C’est pour cette seule cause, très animale et instinctive, que ton journal a des réponses.
10. Civilise-toi !
Si tu veux des réponses civilisées, alors apprends les règles du discours civilisé. Si tu grognes et gémis, ne t’étonne pas de ne recevoir que des grognements et des gémissements.
Voilà, je ne te connais pas et je ne te dois rien, mais c’est cadeau.
_________
Note : j’ai appliqué toutes ces règles pour rédiger ce commentaire.
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes
# Esthétique de l’écrit
Posté par Thomas Debesse (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Et si l'on pensai ? Enfin je veux dire et si l'on pensai par soi même, ça donnerai quoi ?. Évalué à 10.
Sommaire
Bonjour, ton journal n’est pas trop long, mais je ne l’ai pas encore lu et peut-être que je ne le lirais pas si je n’en trouve pas le courage.
Je ne te connais pas et je n’ai aucun devoir envers toi ni ton journal dont j’ignore encore complètement le contenu, mais ce commentaire est tombé sur toi. Pour une fois tu as gagné à la loterie.
Voici quelque conseils que je te donne :
1. Respire !
Lis et relis ton journal à voix haute, comme si tu lisais un livre devant un public d’auditeurs. Chaque fois que tu dois reprendre ta respiration, arrange-toi pour y placer une respiration dans ton texte : virgule, point... Reformule, découpe et réordonne les propositions. Personne n’aime lire en apnée !
2. Aère !
Lis et relis ton journal à voix haute, et quand tu te dis que cela fait un peu longtemps que tu es sur la même tirade, fais une pause dans ton discours, et fais de même dans ton écrit : termine un paragraphe et ouvre un autre. Reformule, découpe, recoupe, et réordonne les propositions.
4. Découpe !
Organise ton journal en parties. Si quelque chose l’en empêche, c’est que ton texte est un tunnel et donc là encore une apnée. Fais des parties, mets des titres, et découpe. Reformule ton texte et réorganise tes idées autour de tes titres.
3. Rythme !
Lis et relis ton journal à voix haute. Reformule et réordonne les propositions. Si ton texte est aisé à prononcer, il sera aisé et agréable à lire. Si ta langue bute sur des syllabes et des liaisons difficiles, si ta voix se fatigue, si certaines répétitions t’ennuient, reformule, réordonne. Aussi, naturellement, tu rythmera tes propositions comme j’ai rythmé ce paragraphe.
4. Écris !
Fais des exercices d’écriture. Là je ne parle pas de formulation, mais d’écriture. Ce n’est que de la graphie. Achète-toi du papier, un buvard, une plume et un encrier, et écris. Surtout, ne prends pas de plume à réservoir ni une plume qui retient trop d’encre. Chaque fois que ta plume est sèche, prends le temps de respirer, et trempe ta plume dans l’encrier. Laisse l’encre qui s’écoule de ta plume aérer ton écriture, comme l’air qui s’écoule de tes poumons aère tes phrases. Pas besoin de faire de la calligraphie au calame, mais c’est là le modèle : tu inspires entre chaque trait.
5. Rédige !
Évite les parenthèses quand tu peux, reformule si tu peux. Évite de parler comme à l’oral, même si je te demande de relire à l’oral. Certaines associations d’idées et lien logiques peuvent être induis à l’oral, en s’appuyant sur des élément de langage non-verbal : la gestuelle ou le simple rythme de la voix, ou le silence que l’on laisse ou qu’on ne laisse pas à soi ni à l’autre. Les allusions ne marchent pas à l’écrit, ou très mal, et interrompent le lecteur qui doit alors décoder tes sous-entendus, et donc perdre le fil de la lecture. La lecture de ton écrit doit être un fil où le lecteur doit pouvoir se reposer sans jamais le lâcher.
6. Dessine !
La typographie c’est important, la mise en forme c’est important ! N’oublie pas d’espace après les virgules, n’oublie pas de point en fin de phrase, utilise de beaux guillemets. Ne place pas d’alinéa superflu, saute des paragraphes quand visuellement ça commence à faire un pâté. Applique le style d’emphase sur tes emphases, fais des liens hypertextes.
7. Aide-toi !
Installe LibreOffice avec un dictionnaire français et Grammalecte. Avant de publier, copie-colle ton journal dans Libreoffice et corrige toutes les erreurs de grammaire, conjugaison, orthographe et typographie indiquées. Cela ne corrigera pas tout (une dizaine n’ont pas été vues dans le présent commentaire, essentiellement les formes impératives), mais c’est un énorme saut qualitatif qui est à ta portée à moindre coût !
8. Respecte ton lecteur !
Ne réduis pas ton lecteur à la caricature de tes contradicteurs. Tu auras des contradicteurs, alors n’assimile pas tous tes lecteurs à ces contradicteurs. Ou bien ils le seront par réaction, ou bien ils seront blessés parce que tu ne leur permets pas leur libre arbitre et que tu les associes à ceux qu’ils refusent d’être. En faisant tel que tu le fais, tu n’as que deux publics : ceux qui te contredisent, et ceux qui te désavouent.
9. Respecte-toi !
Si tu ne respectes pas ton travail, si tu penses qu’il ne vaut pas la peine d’être présentable, alors il ne sera pas recevable.
Tu ne peux pas te plaindre que certains attaquent la forme sans parler du fond : personne n’est obligé de faire l’effort de lire ton texte, un commentaire sur le fond n’est jamais un du, c’est toujours un cadeau que l’autre te fait, et il n’y est en rien obligé.
La forme, elle, tu l’imposes à l’autre, et ici tu l’imposes en forme d’agression. L’homme est un animal qui réagit à l’agression. C’est pour cette seule cause, très animale et instinctive, que ton journal a des réponses.
10. Civilise-toi !
Si tu veux des réponses civilisées, alors apprends les règles du discours civilisé. Si tu grognes et gémis, ne t’étonne pas de ne recevoir que des grognements et des gémissements.
Voilà, je ne te connais pas et je ne te dois rien, mais c’est cadeau.
_________
Note : j’ai appliqué toutes ces règles pour rédiger ce commentaire.
ce commentaire est sous licence cc by 4 et précédentes