Ce n'est pas faute d'avoir donné des indications de lecture lors du fil de discussion. Il me serait difficile d'exposer dans les quelques lignes d'un commentaire, ce que tu appelles une « pirouette intellectuelle » : il faudrait un livre entier pour cela; d'où mes indications de lecture.
J'ai aussi exposé mon point de vue sur la soit-disant charge de la preuve exigée des croyants.
Je reconnais que cela revient, pour l'instant, à dire crois moi sur parole et lis. Ce qui, je le reconnais volontiers, n'est pas acceptable. Je vais donc tenter de te convaincre qu'il soit possible qu'il y ait quelque chose de tout à fait rationnel derrière cela, ou du moins qui ne soit pas incompatible avec la raison1.
Si je t'ai repris sur l'erreur d'un de tes raisonnements par une défense ad hominem, ou que j'ai exposé la différence entre l'ad hominem et l'ad personam, ce n'est pas sans raison : je suis, en partie, logicien de formation. Tu pourras constater, par ce message, et les échanges au-dessus de celui-ci avec Perthmâd, que je peux soutenir ce que je viens d'avancer.
Ainsi, lorsque je dis que ne peux exposer cette « pirouette », cela revient, pour moi, à répondre à une personne qui exigerait que je lui prouve le théorème d'incomplétude de Gödel, dans un message, là où cela prend un semestre de cours (60 heures) dans la formation sus-citée. Je réponds donc que c'est impossible (à l'impossible nul n'est tenu) et je renvoie à des références bibliographiques.
De plus, lorsque, dans le message où je renvoyais à la Critique de la Raison Pure, je disais que l'Idéal de la raison pure est l'analogue philosophique de ce qu'est l'Univers des ensembles pour les mathématiques — à savoir l'Être de tous les êtres — ce ne sont pas des paroles en l'air : je sais très bien de quoi je parle (la théorie ZF des ensembles étaient mon domaine de spécialité).
Ce qui lui donne naissance, c'est un des usages de notre raison. Lorsque l'on raisonne, on va : soit des principes au conséquences (usage épisyllogistique), soit des conséquences au principes (usage prosyllogistique). Ce deuxième usage est caractérisé, sous sa forme populaire, par la question de l'œuf et de la poule.
Notre raison est ainsi faite que, remontant d'un conditionné (l'œuf) à sa condition (la poule), qui devient à son tour l'objet de la même interrogation, elle ne peut trouver le repos que dans l'inconditionné (cette supposition qui ne présuppose rien au-dessus d'elle) : sans cela, les questions ne cessent jamais. Mais elle se fourvoie alors dans des erreurs et des illusions, et c'est justement l'objet de la dialectique que de les débusquer (chez Kant, dialectique est synonyme de logique de l'apparence) et de les réduire à néant.
Par exemple, dans le cas de l'œuf et de la poule, la raison cherche l'inconditionné du côté des causes dans la séries des causes et des effets. Et aussi étonnant que cela puisse te paraître à la question : Qui de l'œuf et de la poule est venu en premier ?, un kantien répond : ni l'un ni l'autre, mais l'homme est libre. Einstein (tout comme Schopenhauer qui était pourtant kantien sur bien d'autres sujets), qui ne fût pas convaincu par l'argumentation kantienne, resta fort conséquent avec lui même est nia notre libre arbitre :
Je me refuse à croire en la liberté et en ce concept philosophique. Je ne suis pas libre, mais tantôt contraint par des pressions étrangères à moi et tantôt par des convictions intimes. Jeune, j'ai été frappé par la maxime de Schopenhauer : « L'homme peut certes faire ce qu'il veut mais il ne peut pas vouloir ce qu'il veut ».
Einstien, Comment je vois le monde
Admettre la liberté de la volonté était pour lui commettre une entorse au principe de causalité, et au prédéterminisme, qui pousse à rechercher toujours les causes d'un changement d'état dans le temps qui précède et qui le détermine. C'est aussi pour cela qu'il ressentait un malaise devant la physique quantique et qu'il lança à Niels Bohr : « Dieu ne joue pas aux dés ».
Mais revenons à nos moutons. Là où apparaît l'Idéal de la raison pure (ou l'univers des ensembles pour le mathématicien) c'est lorsque que l'on cherche à remonter jusqu'à l'inconditionné en suivant, cette fois, la forme des jugements disjonctifs. De telle sorte que la raison puisse dire, d'un objet x quelconque, x est A ou B ou C ou D.... : elle cherche donc à se fabriquer l'Idée d'un être qui contiendrait, sous lui, toutes les cas possibles de la disjonction : un Être de tous les êtres (qui ne peut être qu'unique ;-). Je me vois dans l'obligation de citer, ici, un passage de la Critique de la Raison Pure :
Tout concept, par rapport à ce qui n'est pas contenu en lui, est indéterminé et soumis à ce principe de déterminabilité, à savoir que, de deux prédicats opposés, un seul peut lui convenir, principe qui lui-même repose sur le principe de contradiction, et par conséquent est un principe purement logique, faisant abstraction de tout contenu de la connaissance pour n'en considérer que la forme logique.
Mais toute chose, quant à sa possibilité, est soumise encore au principe de la détermination complète d'après lequel, de tous les prédicats possibles des choses, en tant qu'ils sont comparés à leurs contraires, il y en a un qui doit lui convenir. Cela ne repose plus seulement sur le principe de contradiction; car, outre le rapport de deux prédicats contradictoires, on considère encore chaque chose dans son rapport avec la possibilité entière, à titre d'ensemble qui comprend tous les prédicats des choses en général, et, en présupposant cette possibilité comme condition a priori, on se représente chaque chose comme si elle dérivait sa propre possibilité de la part qu'elle a dans cette possibilité totale 1 . Le principe de la détermination complète concerne donc le contenu et non pas seulement la forme logique. Il est le principe de la synthèse de tous les prédicats qui doivent former le concept complet d'une chose, et non pas seulement celui de la représentation analytique qui a lieu au moyen de l'un des deux prédicats opposés, et il renferme une présupposition transcendantale, celle de la matière de toute possibilité, laquelle doit contenir a priori les données nécessaires à la possibilité particulière de chaque chose.
1 Par ce principe chaque chose est donc rapportée à un corrélatif commun, c'est-à-dire à la possibilité totale, laquelle, si elle se trouvait (cette matière de tous les prédicats possibles) dans l'idée d'une seule chose, prouverait l'affinité de tout le possible par l'identité du fondement de sa complète détermination. La déterminabilité de tout concept est soumise à l'universalité (universalitas) du principe qui exclut tout milieu entre deux prédicats opposés mais la détermination d'une chose est soumise à la totalité (universitas) ou à l'ensemble de tous les prédicats possibles.
Mais notre raison se trouve inévitablement déçue lorsqu'elle cherche à réaliser ses prétentions. Que ce soit dans l'usage philosophique ou dans l'usage mathématique, elle échoue lorsqu'elle veut prouver l'existence de cette matière de toute possibilité : Kant l'a montré pour l'usage philosophie (c'est sa réfutation de la preuve ontologique), Gödel l'a fait pour l'usage mathématique (c'est son incomplétude).
C'est pour cela, que dans ce message, j'ai écrit :
l'absence de critère universel de la vérité, c'est l'incomplétude. Allié au théorème de complétude de Gödel, on peut affirmer qu'un système formel ne peut engendrer son propre contenu (ou du moins, il ne peut le savoir), principe qui est à la base de la dialectique kantienne.
car « le principe de la détermination complète concerne donc le contenu et non pas seulement la forme logique », et que c'est justement ce principe qui, en logique mathématique, est à la base du théorème de complétude de Gödel.
Néanmoins cet Idéal, bien que la raison ne puisse justifier son existence, n'est pas sans utilité pour elle : c'est lui qui pousse les physiciens à chercher une théorie qui synthétiserait la relativité générale et la physique quantique. Mais là, c'est une question qui nous emmènerai bien loin.
Pour finir, je propose aussi deux textes : le premier2 de Henri Poincaré (qui donna son nom au Temple français des mathématiques, l'Institut Henri Poincaré), le second de Thibault Damour (physicien théoricien et membre de l'Académie des sciences).
J'aime bien le premier, car Poincaré y prend la défense de Kant face aux logiciens du début du XXème sur la nature des propositions mathématiques; qu'il leur fait un reproche (à la p.4 du pdf et p.820 de l'original) : « Nous venons d'expliquer l'une des conditions auxquelles les logiciens devaient satisfaire et nous verrons plus loin qu'ils ne l'ont pas fait. », reproche tout à fait fondé, et pour cause, il ne pouvait pas le faire : c'est ce que prouva Gödel 26 ans plus tard avec son incomplétude (et donc Kant avait raison ! \o/).
J'aime bien le second, car outre que c'est un bel exposé sur les théories de la relativité, il y cite Kant à la page 9 :
Le temps n'est qu'une condition subjective de notre humaine intuition (laquelle est toujours sensible, c'est-à-dire ne se produit qu'autant que nous sommes affectés par les objets); en lui-même, il n'est rien en dehors du sujet.
Si certains veulent toujours railler ma foi à coup de Père Nöel, Dahu, licorne rouge, théière... je me consolerai avec cette autre texte de Poincaré; ou s'ils préfèrent parler science, je suis près à engager des discussions sur les fondements des mathématiques, les fondements de l'informatique, la relativité restreinte ou générale, ou bien encore la physique quantique (et le léger désaccord que j'ai avec l'interprétation dite standard de cette théorie).
mon opinion est même qu'être plus rationnaliste que Kant, c'est vouloir être plus royaliste que le roi. ↩
je m'excuse d'avance, bien que je n'en sois pas responsable, si l'un des plus grands savants français ait osé publier dans une revue intitulée : revue de métaphysique et de morale. :-) ↩
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Dieu n'existe pas
Posté par kantien . En réponse au journal Paris sous les balles. Évalué à 3.
Ce n'est pas faute d'avoir donné des indications de lecture lors du fil de discussion. Il me serait difficile d'exposer dans les quelques lignes d'un commentaire, ce que tu appelles une « pirouette intellectuelle » : il faudrait un livre entier pour cela; d'où mes indications de lecture.
J'ai aussi exposé mon point de vue sur la soit-disant charge de la preuve exigée des croyants.
Je reconnais que cela revient, pour l'instant, à dire crois moi sur parole et lis. Ce qui, je le reconnais volontiers, n'est pas acceptable. Je vais donc tenter de te convaincre qu'il soit possible qu'il y ait quelque chose de tout à fait rationnel derrière cela, ou du moins qui ne soit pas incompatible avec la raison1 .
Si je t'ai repris sur l'erreur d'un de tes raisonnements par une défense ad hominem, ou que j'ai exposé la différence entre l'ad hominem et l'ad personam, ce n'est pas sans raison : je suis, en partie, logicien de formation. Tu pourras constater, par ce message, et les échanges au-dessus de celui-ci avec Perthmâd, que je peux soutenir ce que je viens d'avancer.
Ainsi, lorsque je dis que ne peux exposer cette « pirouette », cela revient, pour moi, à répondre à une personne qui exigerait que je lui prouve le théorème d'incomplétude de Gödel, dans un message, là où cela prend un semestre de cours (60 heures) dans la formation sus-citée. Je réponds donc que c'est impossible (à l'impossible nul n'est tenu) et je renvoie à des références bibliographiques.
De plus, lorsque, dans le message où je renvoyais à la Critique de la Raison Pure, je disais que l'Idéal de la raison pure est l'analogue philosophique de ce qu'est l'Univers des ensembles pour les mathématiques — à savoir l'Être de tous les êtres — ce ne sont pas des paroles en l'air : je sais très bien de quoi je parle (la théorie ZF des ensembles étaient mon domaine de spécialité).
Ce qui lui donne naissance, c'est un des usages de notre raison. Lorsque l'on raisonne, on va : soit des principes au conséquences (usage épisyllogistique), soit des conséquences au principes (usage prosyllogistique). Ce deuxième usage est caractérisé, sous sa forme populaire, par la question de l'œuf et de la poule.
Notre raison est ainsi faite que, remontant d'un conditionné (l'œuf) à sa condition (la poule), qui devient à son tour l'objet de la même interrogation, elle ne peut trouver le repos que dans l'inconditionné (cette supposition qui ne présuppose rien au-dessus d'elle) : sans cela, les questions ne cessent jamais. Mais elle se fourvoie alors dans des erreurs et des illusions, et c'est justement l'objet de la dialectique que de les débusquer (chez Kant, dialectique est synonyme de logique de l'apparence) et de les réduire à néant.
Par exemple, dans le cas de l'œuf et de la poule, la raison cherche l'inconditionné du côté des causes dans la séries des causes et des effets. Et aussi étonnant que cela puisse te paraître à la question : Qui de l'œuf et de la poule est venu en premier ?, un kantien répond : ni l'un ni l'autre, mais l'homme est libre. Einstein (tout comme Schopenhauer qui était pourtant kantien sur bien d'autres sujets), qui ne fût pas convaincu par l'argumentation kantienne, resta fort conséquent avec lui même est nia notre libre arbitre :
Admettre la liberté de la volonté était pour lui commettre une entorse au principe de causalité, et au prédéterminisme, qui pousse à rechercher toujours les causes d'un changement d'état dans le temps qui précède et qui le détermine. C'est aussi pour cela qu'il ressentait un malaise devant la physique quantique et qu'il lança à Niels Bohr : « Dieu ne joue pas aux dés ».
Mais revenons à nos moutons. Là où apparaît l'Idéal de la raison pure (ou l'univers des ensembles pour le mathématicien) c'est lorsque que l'on cherche à remonter jusqu'à l'inconditionné en suivant, cette fois, la forme des jugements disjonctifs. De telle sorte que la raison puisse dire, d'un objet x quelconque, x est A ou B ou C ou D.... : elle cherche donc à se fabriquer l'Idée d'un être qui contiendrait, sous lui, toutes les cas possibles de la disjonction : un Être de tous les êtres (qui ne peut être qu'unique ;-). Je me vois dans l'obligation de citer, ici, un passage de la Critique de la Raison Pure :
Mais notre raison se trouve inévitablement déçue lorsqu'elle cherche à réaliser ses prétentions. Que ce soit dans l'usage philosophique ou dans l'usage mathématique, elle échoue lorsqu'elle veut prouver l'existence de cette matière de toute possibilité : Kant l'a montré pour l'usage philosophie (c'est sa réfutation de la preuve ontologique), Gödel l'a fait pour l'usage mathématique (c'est son incomplétude).
C'est pour cela, que dans ce message, j'ai écrit :
car « le principe de la détermination complète concerne donc le contenu et non pas seulement la forme logique », et que c'est justement ce principe qui, en logique mathématique, est à la base du théorème de complétude de Gödel.
Néanmoins cet Idéal, bien que la raison ne puisse justifier son existence, n'est pas sans utilité pour elle : c'est lui qui pousse les physiciens à chercher une théorie qui synthétiserait la relativité générale et la physique quantique. Mais là, c'est une question qui nous emmènerai bien loin.
Pour finir, je propose aussi deux textes : le premier 2 de Henri Poincaré (qui donna son nom au Temple français des mathématiques, l'Institut Henri Poincaré), le second de Thibault Damour (physicien théoricien et membre de l'Académie des sciences).
J'aime bien le premier, car Poincaré y prend la défense de Kant face aux logiciens du début du XXème sur la nature des propositions mathématiques; qu'il leur fait un reproche (à la p.4 du pdf et p.820 de l'original) : « Nous venons d'expliquer l'une des conditions auxquelles les logiciens devaient satisfaire et nous verrons plus loin qu'ils ne l'ont pas fait. », reproche tout à fait fondé, et pour cause, il ne pouvait pas le faire : c'est ce que prouva Gödel 26 ans plus tard avec son incomplétude (et donc Kant avait raison ! \o/).
J'aime bien le second, car outre que c'est un bel exposé sur les théories de la relativité, il y cite Kant à la page 9 :
Passage qui est issu de la version kantienne de l'allégorie de la caverne.
Si certains veulent toujours railler ma foi à coup de Père Nöel, Dahu, licorne rouge, théière... je me consolerai avec cette autre texte de Poincaré; ou s'ils préfèrent parler science, je suis près à engager des discussions sur les fondements des mathématiques, les fondements de l'informatique, la relativité restreinte ou générale, ou bien encore la physique quantique (et le léger désaccord que j'ai avec l'interprétation dite standard de cette théorie).
mon opinion est même qu'être plus rationnaliste que Kant, c'est vouloir être plus royaliste que le roi. ↩
je m'excuse d'avance, bien que je n'en sois pas responsable, si l'un des plus grands savants français ait osé publier dans une revue intitulée : revue de métaphysique et de morale. :-) ↩
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.