Je ne vois pas en quoi il est formellement impossible de prouver l'existence de Dieu, tout comme prouver sa non existence ... Pour le coup, tu affirmes qu'il n'existe pas de preuve (dans un sens comme dans l'autre), et j'aimerais alors une démonstration de ce théorème ;-).
Pour la lecture d'une telle preuve (qui n'est ni une démonstration, ni l'énoncé d'un théorème, les kantiens réservant ces termes aux mathématiques), je te conseille la Critique de la Raison Pure1 de Kant. La question de Dieu est traitée au Livre II Chapitre III : L'Idéal de la Raison Pure de la Dialectique transcendantale.
Il y réfute la preuve ontologique leibnizienne de l'existence de Dieu, preuve que Gödel lui même voulut réhabiliter. Les arguments se retournent aussi contre la preuve de sa non-existence.
Pour faire une analogie avec la science mathématique et la logique formelle, l'argumentaire kantien tourne autour du statut des jugements disjonctifs et du tiers exclus (à l'origine du clivage entre logique classique et logique intuitionniste); et le statut de l'Idéal de la raison pure est analogue, en philosophie, à ce qu'est l'Univers des ensembles en mathématique (l'Être des tous les êtres).
Comme tu as fait une allusion au problème de l'arrêt, tu y trouveras aussi que Kant connaissait la sémantique tarskienne et un analogue à l'incomplétude (bien que la première édition de l'ouvrage date de 1781) :
Qu’est-ce que la vérité ? C’est avec cette vieille et fameuse question que l’on pensait pousser à bout les logiciens, et que l’on cherchait à les prendre en flagrant délit de verbiage ou à leur faire avouer leur ignorance, et par conséquent la vanité de tout leur art. La définition de nom qui consiste à dire que la vérité est l’accord de la connaissance avec son objet, est ici admise et supposée ; mais on veut savoir quel est le critérium général et certain de la vérité de toute connaissance.
C’est déjà une grande et infaillible preuve de sagesse et de lumières que de savoir ce que l’on peut raisonnablement demander. En effet, si la question est absurde en soi et si elle appelle des réponses oiseuses, non seulement elle couvre de honte celui qui la fait, mais elle a aussi parfois l’inconvénient de jeter dans l’absurdité celui qui y répond sans y prendre garde, et de présenter ainsi le ridicule spectacle de deux personnes, dont l’une trait le bouc (comme disaient les anciens), tandis que l’autre tient le baquet.
Si la vérité consiste dans l’accord d’une connaissance avec son objet, cet objet doit être par là même distingué de tout autre ; car une connaissance contînt-elle d’ailleurs des idées applicables à un autre objet, elle est fausse quand elle ne s’accorde pas avec celui auquel elle se rapporte. D’un autre côté, un critérium universel de la vérité devrait être bon pour toutes les connaissances, sans distinction de leurs objets. Mais, puisqu’on y ferait abstraction de tout contenu de la connaissance (de son rapport à son objet), et que la vérité porte justement sur ce contenu, il est clair qu’il est tout à fait impossible et absurde de demander une marque distinctive de la vérité de ce contenu des connaissances, et qu’on ne saurait trouver un signe suffisant à la fois et universel de la vérité. Et, comme le contenu d’une connaissance a été nommé plus haut la matière de cette connaissance, il est juste de dire qu’il n’y a point de critérium universel à chercher pour la vérité de la connaissance de la matière, puisque cela est contradictoire en soi.
La définition nominale de la vérité, qui en fait l'accord de la connaissance avec son objet, est ce que l'on entend aujourd'hui par sémantique tarskienne (à la base de la sémantique des codes, de l'interprétation des termes dans un environnement2...); tandis que l'absence de critère universel de la vérité, c'est l'incomplétude. Allié au théorème de complétude de Gödel, on peut affirmer qu'un système formel ne peut engendrer son propre contenu (ou du moins, il ne peut le savoir), principe qui est la base de la dialectique kantienne.
l'ouvrage est long, près de 700 pages dans mon édition, et ce chapitre (50 pages) est vers la fin de l'ouvrage. ↩
pour être plus complet, il faut aussi renvoyer à sa théorie du schématisme et à son concept de schème. ↩
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Dieu n'existe pas
Posté par kantien . En réponse au journal Paris sous les balles. Évalué à 2.
Pour la lecture d'une telle preuve (qui n'est ni une démonstration, ni l'énoncé d'un théorème, les kantiens réservant ces termes aux mathématiques), je te conseille la Critique de la Raison Pure1 de Kant. La question de Dieu est traitée au Livre II Chapitre III : L'Idéal de la Raison Pure de la Dialectique transcendantale.
Il y réfute la preuve ontologique leibnizienne de l'existence de Dieu, preuve que Gödel lui même voulut réhabiliter. Les arguments se retournent aussi contre la preuve de sa non-existence.
Pour faire une analogie avec la science mathématique et la logique formelle, l'argumentaire kantien tourne autour du statut des jugements disjonctifs et du tiers exclus (à l'origine du clivage entre logique classique et logique intuitionniste); et le statut de l'Idéal de la raison pure est analogue, en philosophie, à ce qu'est l'Univers des ensembles en mathématique (l'Être des tous les êtres).
Comme tu as fait une allusion au problème de l'arrêt, tu y trouveras aussi que Kant connaissait la sémantique tarskienne et un analogue à l'incomplétude (bien que la première édition de l'ouvrage date de 1781) :
La définition nominale de la vérité, qui en fait l'accord de la connaissance avec son objet, est ce que l'on entend aujourd'hui par sémantique tarskienne (à la base de la sémantique des codes, de l'interprétation des termes dans un environnement2 ...); tandis que l'absence de critère universel de la vérité, c'est l'incomplétude. Allié au théorème de complétude de Gödel, on peut affirmer qu'un système formel ne peut engendrer son propre contenu (ou du moins, il ne peut le savoir), principe qui est la base de la dialectique kantienne.
l'ouvrage est long, près de 700 pages dans mon édition, et ce chapitre (50 pages) est vers la fin de l'ouvrage. ↩
pour être plus complet, il faut aussi renvoyer à sa théorie du schématisme et à son concept de schème. ↩
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.