« Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisses en même temps toujours valoir comme principe d'une législation universelle »
Kant, Critique de la Raison Pratique
Pour que l'énoncé soit plus compréhensible, voici quelques définitions kantiennes des termes :
Des principes pratiques sont des propositions renfermant une détermination générale de la volonté dont dépendent plusieurs règles pratiques. Ils sont subjectifs, ou sont des maximes, lorsque la condition est considéré par le sujet comme valable seulement pour sa volonté; mais ils sont objectifs, ou sont des lois pratiques, quand cette condition est reconnue comme objective c'est-à-dire valable pour la volonté de tout être raisonnable.
S'ensuit le scolie suivant :
Si l'on admet que la raison pure peut renfermer un fondement pratique, c'est-à-dire suffisant pour la détermination de la volonté, il existe des lois pratiques; sinon, tous les principes seront de simples maximes.
Le problème qu'il va donc chercher à résoudre est donc : existe-t-il des lois pratiques ?
Comme il se doit en philosophie, on ne tranche pas une question avant de l'avoir étudier en profondeur; sa réponse définitive sera positive et le principe obtenu après analyse est celui cité en début de message. On pourrait le paraphraser sous sa forme populaire : si tout le monde faisait comme toi, la société serait-elle possible ?
Pour citer deux exemples qu'il prend pour illustrer son principe et le distinguer de celui fondé sur le bonheur personnel :
Si l’une de tes connaissances, que d’ailleurs tu aimes, pensait se justifier auprès de toi d’avoir porté un faux témoignage, en alléguant d’abord le devoir sacré, selon son dire, du bonheur personnel ; si elle énumérait ensuite les avantages qu’elle s'est ainsi procurés, faisait ressortir la prudence avec laquelle elle a procédé pour être sûre de ne pas être découverte, même par toi à qui elle a dévoilé ce secret, uniquement parce qu’elle pourra le nier en tout temps ; puis si elle en venait à affirmer sérieusement qu’elle a accompli un véritable devoir d’humanité, ou tu lui rirais au nez ou tu te détournerais d’elle avec horreur, quoique, si quelqu’un a fondé uniquement ses principes sur son propre avantage, tu n’aies pas la moindre chose à alléguer contre cette façon de procéder. Supposez encore que quelqu’un vous recommande un homme comme un régisseur auquel vous pourriez confier aveuglément toutes vos affaires, que, pour vous inspirer confiance, il le vante comme un homme prudent, qui entend supérieurement son propre avantage, comme un homme actif, infatigable, qui ne laisse passer aucune occasion sans en tirer profit ; supposez enfin que, pour ne pas vous laisser craindre de trouver en lui un égoïste vulgaire, il le vante comme un homme qui s’entend à vivre délicatement, qui cherche sa satisfaction, non en amassant de l’argent ou en se livrant à une sensualité brutale, mais en étendant ses connaissances, en fréquentant une société choisie d’hommes instruits et même en faisant du bien aux indigents, qui, du reste quant aux moyens (qui ne tirent leur valeur ou leur non valeur que du but poursuivi), n’hésiterait pas à employer l’argent et le bien d’autrui, comme s’ils lui appartenaient en propre, pourvu qu’il sache qu’il peut le faire sans être découvert et sans rencontrer d’obstacles, vous croiriez que celui qui vous recommande cet homme se moque de vous ou qu’il a perdu la raison.
Dans le premier cas, en universalisant la maxime selon laquelle on peut commettre un faux témoignage, la confiance dans les témoignages se détruirait elle-même, et avec elle tous les contrats et même jusqu'à la source du droit.
Dans le second, l'universalisation de la maxime légitimerait le vol et détruirait le concept de propriété privée, concept pourtant admis par la maxime elle-même.
En conséquence, ces deux maximes se détruisent elle-même en s'universalisant (en vertu du principe de contradiction) et l'action qu'elles promeuvent n'est pas permise, c'est-à-dire est mal.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Pensées ou prières
Posté par kantien . En réponse au journal Paris sous les balles. Évalué à 1.
Loi fondamentale de la raison pratique :
« Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisses en même temps toujours valoir comme principe d'une législation universelle »
Kant, Critique de la Raison Pratique
Pour que l'énoncé soit plus compréhensible, voici quelques définitions kantiennes des termes :
S'ensuit le scolie suivant :
Le problème qu'il va donc chercher à résoudre est donc : existe-t-il des lois pratiques ?
Comme il se doit en philosophie, on ne tranche pas une question avant de l'avoir étudier en profondeur; sa réponse définitive sera positive et le principe obtenu après analyse est celui cité en début de message. On pourrait le paraphraser sous sa forme populaire : si tout le monde faisait comme toi, la société serait-elle possible ?
Pour citer deux exemples qu'il prend pour illustrer son principe et le distinguer de celui fondé sur le bonheur personnel :
Dans le premier cas, en universalisant la maxime selon laquelle on peut commettre un faux témoignage, la confiance dans les témoignages se détruirait elle-même, et avec elle tous les contrats et même jusqu'à la source du droit.
Dans le second, l'universalisation de la maxime légitimerait le vol et détruirait le concept de propriété privée, concept pourtant admis par la maxime elle-même.
En conséquence, ces deux maximes se détruisent elle-même en s'universalisant (en vertu du principe de contradiction) et l'action qu'elles promeuvent n'est pas permise, c'est-à-dire est mal.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.