Déjà, liberté ≠ vie privée. Je peux très bien mettre en place une instance publique d’un logiciel sous AGPL pour revendre ensuite les adresses email collectées à un spammeur. À l’inverse, des services complètement non-libres (LastPass par exemple) ont tout intérêt à tout miser sur la vie privée.
Même à accepter le mélange des idées « liberté = vie privée », on est loin de pouvoir joyeusement sauter à la conclusion « proprio = l’Ennemi » et utiliser du vocabulaire afférent (« guerre », « warfare »). Un ennemi ce n’est pas juste quelqu’un qui a des objectifs différents de toi. Ce n’est même pas quelqu’un qui a des objectifs opposés à toi. C’est quelqu’un qui cherche activement à t’empêcher d’atteindre tes objectifs. Microsoft, quand il utilise les brevets logiciels pour mettre des bâtons dans les roues de Linux, peut effectivement être qualifié « d’ennemi ». Google, à l’inverse, n’a jamais (en tout cas à ma connaissance) tenté de cette manière d’empêcher l’apparition de services respectueux de la vie privée. D’accord, la vie privée n’est pas dans leur objectif, ils n’en ont rien à carrer, ne font absolument rien pour l’encourager, mais ça n’en fait pas pour autant des ennemis. Pour prendre une métaphore, les bouchers ne sont pas les ennemis des végétariens. Ils ont des objectifs opposés mais ne sont pas en état de guerre. C’est pour ça que, à mon sens, parler de « système ennemi » comme le fait le journal est complètement à côté de la plaque: 1) le proprio n’est pas un « système », c’est un grand nombre d’acteurs avec des objectifs très variés 2) il n’est pas en guerre ni avec le libre ni la vie privée, même s’il y a parfois des conflits (où là on peut effectivement parler d’ennemi) entre des acteurs de chaque classe (Linux vs Microsoft/Cisco par exemple).
Dit autrement, le simple fait d’exister et avoir des objectifs différents ne peut pas être qualifié d’agression. Or c’est tout ce qu’on reproche à Google : exister, et ne pas faire grand cas de la vie privée de ses utilisateurs. Ce n’est pas une agression, ce n’est pas une provocation, et partir de ce simple constat d’existence pour « partir en guerre contre un système ennemi » me semble fortement malsain.
[^] # Re: Ou alors...
Posté par Moonz . En réponse au journal Dévoiler la «libre» politique,. Évalué à 6. Dernière modification le 23 octobre 2015 à 09:48.
Déjà, liberté ≠ vie privée. Je peux très bien mettre en place une instance publique d’un logiciel sous AGPL pour revendre ensuite les adresses email collectées à un spammeur. À l’inverse, des services complètement non-libres (LastPass par exemple) ont tout intérêt à tout miser sur la vie privée.
Même à accepter le mélange des idées « liberté = vie privée », on est loin de pouvoir joyeusement sauter à la conclusion « proprio = l’Ennemi » et utiliser du vocabulaire afférent (« guerre », « warfare »). Un ennemi ce n’est pas juste quelqu’un qui a des objectifs différents de toi. Ce n’est même pas quelqu’un qui a des objectifs opposés à toi. C’est quelqu’un qui cherche activement à t’empêcher d’atteindre tes objectifs. Microsoft, quand il utilise les brevets logiciels pour mettre des bâtons dans les roues de Linux, peut effectivement être qualifié « d’ennemi ». Google, à l’inverse, n’a jamais (en tout cas à ma connaissance) tenté de cette manière d’empêcher l’apparition de services respectueux de la vie privée. D’accord, la vie privée n’est pas dans leur objectif, ils n’en ont rien à carrer, ne font absolument rien pour l’encourager, mais ça n’en fait pas pour autant des ennemis. Pour prendre une métaphore, les bouchers ne sont pas les ennemis des végétariens. Ils ont des objectifs opposés mais ne sont pas en état de guerre. C’est pour ça que, à mon sens, parler de « système ennemi » comme le fait le journal est complètement à côté de la plaque: 1) le proprio n’est pas un « système », c’est un grand nombre d’acteurs avec des objectifs très variés 2) il n’est pas en guerre ni avec le libre ni la vie privée, même s’il y a parfois des conflits (où là on peut effectivement parler d’ennemi) entre des acteurs de chaque classe (Linux vs Microsoft/Cisco par exemple).
Dit autrement, le simple fait d’exister et avoir des objectifs différents ne peut pas être qualifié d’agression. Or c’est tout ce qu’on reproche à Google : exister, et ne pas faire grand cas de la vie privée de ses utilisateurs. Ce n’est pas une agression, ce n’est pas une provocation, et partir de ce simple constat d’existence pour « partir en guerre contre un système ennemi » me semble fortement malsain.
(lecture intéressante et liée au sujet : http://slatestarcodex.com/2015/09/22/beware-systemic-change/. Qui explique pourquoi favoriser et nourrir des conflits « politiques » de ce type est généralement une très mauvaise idée)