Le critère nécessaire et suffisant pour désobéir à la loi est ce que j'ai appelé le principe de moralité : la loi ne peut exiger de moi un acte immoral. Mais je ne dois pas seulement présumer que c'est immoral, il faut que j'en sois entièrement certain et convaincu au plus profond de moi : sinon c'est agir sans conscience.
Dans le cas de Rosa Parks, son refus et son veto de laisser sa place à un homme blanc est, à mes yeux, on ne peut plus acceptable et légitime. La loi alors en vigueur faisait des hommes noirs des citoyens de seconde zone, comme tout système fondé sur la discrimination. Cela va à l'encontre de tous les devoirs envers soi-même et envers autrui qui ordonnent, au contraire, que tous les hommes soient traités avec la même dignité.
Une telle désobéissance est légitime, et c'est même un devoir éthique que de désobéir comme ce fût le cas pour les résistants, les opposants à l'esclavagisme, les opposants à des processus de colonisation... Tout ce qui porte atteinte à la dignité de l'humanité en chaque homme détruit bien plus l'Idée du droit que ne peut le faire la désobéissance à certaines lois statutaires et positives.
Pour terminer sur une référence à Socrate-Platon, je citerai la conclusion du dialogue le Criton. Alors que Socrate fût condamné à mort et à boire la ciguë, injustement et pour des prétextes fallacieux, son ami Criton vint le voir dans sa cellule la veille de son exécution pour lui proposer de s'évader et d'échapper à la sentence. S'engagea alors une discussion entre Socrate et son ami pendant laquelle Socrate fît intervenir un troisième personnage : les Lois. En voici la fin :
LOIS :
[...] Allons, Socrate, écoute-nous, nous qui t’avons nourri, et ne mets pas tes enfants, ni ta vie, ni quoi que ce soit au-dessus de la justice, afin qu’arrivé chez Hadès, tu puisses dire tout cela pour ta défense à ceux qui gouvernent là-bas. Car, si tu fais ce qu’on te propose, il est manifeste que dans ce monde ta conduite ne sera pas meilleure, ni plus juste, ni plus sainte, ni pour toi, ni pour aucun des tiens, et que tu ne t’en trouveras pas mieux, quand tu arriveras là-bas. Si tu pars aujourd’hui pour l’autre monde, tu partiras condamné injustement, non par nous, les Lois, mais par les hommes. Si, au contraire, tu t’évades après avoir si vilainement répondu à l’injustice par l’injustice, au mal par le mal, après avoir violé les accords et les contrats qui te liaient à nous, après avoir fait du mal à ceux à qui tu devais le moins en faire, à toi, à tes amis, à ta patrie et à nous, alors nous serons fâchées contre toi durant ta vie et là-bas, nos sœurs, les lois de l’Hadès, ne t’accueilleront pas favorablement, sachant que tu as tenté de nous détruire, autant qu’il dépendait de toi. Allons, ne te laisse pas gagner aux propositions de Criton ; écoute-nous plutôt.
SOCRATE :
Voilà, sache-le bien, Criton, mon cher camarade, ce que je crois entendre, comme les gens en proie à la fureur des corybantes croient entendre les flûtes, et le son de ces paroles bourdonne en moi et me rend incapable d’entendre autre chose. Dis-toi donc que dans l’état d’esprit où je suis, quoi que tu m’objectes, tu perdras ta peine. Cependant, si tu crois pouvoir réussir, parle.
CRITON :
Non, Socrate, je n’ai rien à dire.
SOCRATE :
Alors laissons cela, Criton, et faisons ce que je dis, puisque c’est la voie que le dieu nous indique.
[^] # Re: Désobéissons !
Posté par kantien . En réponse au journal Le journal d'Anne Franck et le copyright. Évalué à 0.
Le critère nécessaire et suffisant pour désobéir à la loi est ce que j'ai appelé le principe de moralité : la loi ne peut exiger de moi un acte immoral. Mais je ne dois pas seulement présumer que c'est immoral, il faut que j'en sois entièrement certain et convaincu au plus profond de moi : sinon c'est agir sans conscience.
Dans le cas de Rosa Parks, son refus et son veto de laisser sa place à un homme blanc est, à mes yeux, on ne peut plus acceptable et légitime. La loi alors en vigueur faisait des hommes noirs des citoyens de seconde zone, comme tout système fondé sur la discrimination. Cela va à l'encontre de tous les devoirs envers soi-même et envers autrui qui ordonnent, au contraire, que tous les hommes soient traités avec la même dignité.
Une telle désobéissance est légitime, et c'est même un devoir éthique que de désobéir comme ce fût le cas pour les résistants, les opposants à l'esclavagisme, les opposants à des processus de colonisation... Tout ce qui porte atteinte à la dignité de l'humanité en chaque homme détruit bien plus l'Idée du droit que ne peut le faire la désobéissance à certaines lois statutaires et positives.
Pour terminer sur une référence à Socrate-Platon, je citerai la conclusion du dialogue le Criton. Alors que Socrate fût condamné à mort et à boire la ciguë, injustement et pour des prétextes fallacieux, son ami Criton vint le voir dans sa cellule la veille de son exécution pour lui proposer de s'évader et d'échapper à la sentence. S'engagea alors une discussion entre Socrate et son ami pendant laquelle Socrate fît intervenir un troisième personnage : les Lois. En voici la fin :
Le graissage est de moi.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.