• [^] # Re: Désobéissons !

    Posté par . En réponse au journal Le journal d'Anne Franck et le copyright. Évalué à 1.

    Je suis le sujet avec intérêt, et en lisant cette phrase, je ne peux m'empêcher de penser à Antigone. Était-ce un devoir éthique pour elle que d'aller enterrer son frère ?

    Je ne connais pas l'histoire d'Antigone. Du moins j'ai lu, mais il y a trop longtemps, l'adaption de Jean Anouilh, et je ne me souviens plus des éléments de l'histoire.
    La Loi grecque lui interdisait-elle d'enterrer son frère ? Dans ce cas, elle se retrouvait dans un dilemme morale entre son devoir d'obéissance à la Loi et son devoir envers son défunt frère. Ce genre de situation relève de la casuistique morale, il est impossible de trancher le nœud dogmatiquement.

    Je pense que la question n'est pas de savoir à partir de quand il faut agir contre la loi (être contraint de le faire comme tu le dis au dessus), mais également regarder ce qui justifie cette loi : parce que le législateur n'est pas idéal, nous devons porter un regard critique sur la loi elle même.

    Nous devons effectivement porter un regard critique sur la Loi, d'autant qu'en République nous sommes tous co-législateurs. C'est pour cela que Kant ouvrait ainsi sa Doctrine du Droit :

    Qu'est-ce que le droit ?

    La question pourrait bien plonger le jurisconsulte dans l'embarras, s'il ne veut pas tomber dans la tautologie ou, au lieu d'indiquer une solution universelle, renvoyer à ce que veulent les lois dans un certain pays et à une certaine époque, — tout comme est embarrassé le logicien lorsque se trouve formulée la question : qu'est-ce que la vérité ? Ce qui est de droit (quid sit juris), c'est à dire ce que les lois disent ou ont dit en un certain lieu et en un certain temps, sans doute peut-il l'indiquer; mais savoir si ce qu'elles voulaient été en outre juste, et quel est le critère universel auquel on peut reconnaître en général aussi bien le juste que l'injuste (justum et injustum), cela lui reste bel et bien dissimulé s'il ne laisse pas de côté pour un temps ces principes empiriques et ne cherche pas la source de ces jugements dans la simple raison (quand bien même ces lois pourraient lui servir de fil conducteur), afin de mettre en place le fondement d'une législation positive possible. Une doctrine uniquement empirique du droit (comme la tête de bois dans la fable de Phèdre) est une tête qui peut être belle, mais dont il est simplement dommage qu'elle ne possède point de cervelle.

    Il n'en reste pas moins que dans un État de droit, le droit se rend dans une cour de justice. Lorsqu'une loi nous semble injuste, qu'il faille œuvrer pour l'abroger, j'en conviens, mais ce n'est pas pour autant un critère suffisant pour lui désobéir : dans ce cas on se place en position de juge et partie.
    La désobéissance civile relève des dilemmes moraux entre ce que la Loi de l'État m'ordonne de faire, et ce que ma conscience m'ordonne de faire. Pour le cas présent, j'ai exposé plus en détail ma position dans ce message.

    Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.