Du coup, tu aurais pu éviter cette discussion idiote en oubliant cette citation idiote.
De quelle citation idiote parles-tu ? Celle où j'ai dit qu'il fallait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Si c'est celle-là, effectivement j'aurais peut être du m'abstenir. Elle semble avoir suscité méprise et malentendu sur mon propos, du moins si j'en juge à la différence de note entre mon message qui la cite et celui auquel je fais référence dans ma réponse à Zenitram. Comme j'avais commencé le message sur un ton humoristique en référence aux dix commandements, je suis resté sur ma lancé, je n'ai pas été compris. J'en suis responsable, je fais mon mea culpa.
Il n'en reste pas moins que nous sommes d'accord sur ce principe :
L'intérêt de la morale républicaine est qu'elle peut être invoquée pour justfier un acte de désobéissance civile
mais je suis, à l'heure actuelle, toujours sceptique sur le fait de faire usage de la morale républicaine dans le cas présent pour enfreindre la loi en diffusant Le journal d'Anne Franck, et ainsi faire acte de désobéissance civile (ce que nous encourage à faire le journal). En l'état actuel des choses, le sort de la question est entre les mains de l'autorité judiciaire; et il me semble déplacer de vouloir faire valoir ses droits en niant les droits d'autrui : on se place dans une situation où l'on est à la fois juge et partie, ce qui ne se laisse pas bien concilié avec le concept d'État de droit.
La question est d'autant plus importante qu'il s'agit ici d'une œuvre qui est le journal intime d'une adolescente juive qui du vivre cachée au Pays-Bas pour se protéger du régime nazi, qui fut déportée avec sa famille après délation et mourut dans un camp de concentration. Il était, à l'époque, du devoir de chacun de désobéir au régime en place et de protéger une population dont le sort tort était d'être juif.
C'est, à n'en pas douter, la nature particulière de cette œuvre qui suscite l'indignation dans l'affaire présente. Et justement, pour cette raison, il me semble que nous devons faire, aussi, preuve d'un sens moral exemplaire en cette affaire.
Pour prendre un exemple historique, qui en l'occurrence me sert personnellement de modèle, je relaterai une affaire qui opposa Kant (oui, désolé, encore lui ;-) à la censure de son gouvernement. À la fin du dix-huitième siècle, la censure s'était abattue sur les États soumis à Frédéric le Grand, dont la Prusse où résidait Kant. Les livres devaient obtenir ce qui s'appelait l'Imprimatur afin d'avoir le droit d'être publié. Lorsque celui-ci voulut écrire un traité sur la religion, La Religion dans les limites de la simple raison, l'Imprimatur lui fut refusée, le contenu étant jugé hérétique. Il aurait alors pu publié ses vues dans la revue de son ami Biester qui avait pris soin de déplacé le siège de celle-ci à Iéna afin d'éviter la censure. Il n'en fît rien ! Il considérait qu'il était parfaitement dans son droit de publier cet écrit, il s'adressa alors à une faculté de théologie et une faculté de philosophie pour avoir leur approbation, et il obtint finalement son Imprimatur. Il a fait valoir ses droits par voie de droit, en fonction des procédures en vigueur à l'époque. Dans la préface à la première édition, il le justifie ainsi :
Cependant, comme le commandement : Obéis à l'autorité, est lui aussi moral et que son observation, comme celle de tous les autres devoirs, peut être rapporté à la religion, il convient à un traité consacré au concept déterminé de celle-ci, de donner lui même un exemple de cette obéissance, qui toutefois ne peut être prouvé seulement simplement par l'attention respectueuse de la loi portant sur une seule ordonnance de l'État, en demeurant aveugle pour toutes les autres, mais par un respect général pour toutes les ordonnances ensemble.
Derrière, il règle ses comptes avec ses censeurs qui en prennent pour leur grade, et à bon droit. :-)
Le même ouvrage s'ouvre d'ailleurs sur ce très joli texte :
La morale qui est fondée sur le concept de l'homme, en tant qu'être libre s'obligeant pour cela même, par sa raison, à des lois inconditionnées, n'a pas besoin de l'Idée d'un Être différent, supérieur à lui pour qu'il connaisse son devoir, ni d'un autre mobile que la loi pour qu'il l'observe. Tout au moins c'est la propre faute de l'homme s'il se rencontre en lui semblable besoin auquel dès lors il ne peut être remédié par rien d'autre; car ce qui n'a pas sa source en lui-même et en sa liberté, ne saurait compenser sa déficience morale.
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
[^] # Re: Désobéissons !
Posté par kantien . En réponse au journal Le journal d'Anne Franck et le copyright. Évalué à 3. Dernière modification le 09 octobre 2015 à 16:39.
De quelle citation idiote parles-tu ? Celle où j'ai dit qu'il fallait obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Si c'est celle-là, effectivement j'aurais peut être du m'abstenir. Elle semble avoir suscité méprise et malentendu sur mon propos, du moins si j'en juge à la différence de note entre mon message qui la cite et celui auquel je fais référence dans ma réponse à Zenitram. Comme j'avais commencé le message sur un ton humoristique en référence aux dix commandements, je suis resté sur ma lancé, je n'ai pas été compris. J'en suis responsable, je fais mon mea culpa.
Il n'en reste pas moins que nous sommes d'accord sur ce principe :
mais je suis, à l'heure actuelle, toujours sceptique sur le fait de faire usage de la morale républicaine dans le cas présent pour enfreindre la loi en diffusant Le journal d'Anne Franck, et ainsi faire acte de désobéissance civile (ce que nous encourage à faire le journal). En l'état actuel des choses, le sort de la question est entre les mains de l'autorité judiciaire; et il me semble déplacer de vouloir faire valoir ses droits en niant les droits d'autrui : on se place dans une situation où l'on est à la fois juge et partie, ce qui ne se laisse pas bien concilié avec le concept d'État de droit.
La question est d'autant plus importante qu'il s'agit ici d'une œuvre qui est le journal intime d'une adolescente juive qui du vivre cachée au Pays-Bas pour se protéger du régime nazi, qui fut déportée avec sa famille après délation et mourut dans un camp de concentration. Il était, à l'époque, du devoir de chacun de désobéir au régime en place et de protéger une population dont le sort tort était d'être juif.
C'est, à n'en pas douter, la nature particulière de cette œuvre qui suscite l'indignation dans l'affaire présente. Et justement, pour cette raison, il me semble que nous devons faire, aussi, preuve d'un sens moral exemplaire en cette affaire.
Pour prendre un exemple historique, qui en l'occurrence me sert personnellement de modèle, je relaterai une affaire qui opposa Kant (oui, désolé, encore lui ;-) à la censure de son gouvernement. À la fin du dix-huitième siècle, la censure s'était abattue sur les États soumis à Frédéric le Grand, dont la Prusse où résidait Kant. Les livres devaient obtenir ce qui s'appelait l'Imprimatur afin d'avoir le droit d'être publié. Lorsque celui-ci voulut écrire un traité sur la religion, La Religion dans les limites de la simple raison, l'Imprimatur lui fut refusée, le contenu étant jugé hérétique. Il aurait alors pu publié ses vues dans la revue de son ami Biester qui avait pris soin de déplacé le siège de celle-ci à Iéna afin d'éviter la censure. Il n'en fît rien ! Il considérait qu'il était parfaitement dans son droit de publier cet écrit, il s'adressa alors à une faculté de théologie et une faculté de philosophie pour avoir leur approbation, et il obtint finalement son Imprimatur. Il a fait valoir ses droits par voie de droit, en fonction des procédures en vigueur à l'époque. Dans la préface à la première édition, il le justifie ainsi :
Derrière, il règle ses comptes avec ses censeurs qui en prennent pour leur grade, et à bon droit. :-)
Le même ouvrage s'ouvre d'ailleurs sur ce très joli texte :
Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.