• [^] # Avis d'un autre fonctionnaire décisionnaire...

    Posté par (site web personnel) . En réponse à la dépêche 2048 courriers de sensibilisation des acteurs locaux aux enjeux du logiciel libre (un par jour). Évalué à 10.

    Hello,

    relativement à Microsoft Office vs LibreOffice, je ne peux que citer l'engagement de la gendarmerie, du ministère de l'agriculture, du ministère de la justice, du ministère en charge de l'écologie et des autres que j'ai oublié qui sont passés sous OpenOffice puis LibreOffice depuis maintenant quelques années. Concrètement, il y a des grincements de dents au début mais rétrospectivement, ça marche ! Si des ministères entiers arrivent à migrer, ça doit être également possible au niveau local d'un hopital.

    C'est essentiellement une question de volonté qui se joue à tous les niveaux, pas seulement en haut !

    Effectivement, il y a toujours la difficulté de migrer. Mais le problème, c'est le changement, pas le logiciel libre en lui-même.

    Par exemple, quand j'ai commencé à travailler, ma structure administrative (une centaine de personnes) était équipée d'une flopée d'imprimantes individuelles (près d'une cinquantaine quand même) avec différentes références qui obligeait l'équipe en charge du système d'information (et des imprimantes) à jongler en permanence avec de trop nombreuses références de consommable. Ces machines peu performantes nous coutaient un bras. J'ai donc lancé un projet, pour le coup uniquement local à ma structure, (pas de directive du ministère sur le sujet) et en réussissant à convaincre la direction, nous avons lancé un plan de passage à de l'impression réseau de qualité en diminuant le nombre de machines et, ce qui fut le plus dur à accepter, en obligeant les gens à partager des machines alors qu'avant, l'utilisation était individuelle. Nous y sommes parvenu en apportant une plus grande vitesse d'impression, de nouvelles fonctionnalités (recto-verso) et en plaçant les machines aux bons endroits. Malgré tout, ce ne fut pas si facile, je me souviens particulièrement d'une réunion où j'avais 30 secrétaires assez remontées en face de moi et où il a fallu expliquer le nouveau choix, les contraintes que ça allait imposer mais surtout, les avantages qu'on allait pouvoir en retirer. Résultat, le projet a été jusqu'au bout et aujourd'hui, personne ne le remettrait en question, surtout en cette période de disette de crédits. Mais si je n'avais pas impulsé l'effort de transition avec mes petits moyens, rien ne se serait produit ! La solution la plus simple aurait été de continuer, j'aurais eu la paix sociale et sans doute moins de regards désapprobateurs.

    Pour la migration vers LibreOffice, nous avons fait un gros effort de formation (tout le monde a été formé à la nouvelle suite bureautique pendant 5 jours) et l'équipe informatique locale s'est clairement investie pour répondre aux différents problèmes individuels des utilisateurs (les macros, les publipostages où la logique est différente, etc.). Résultat: là encore, ça a marché même si certains points posaient (et continuent de poser) problème. Je crois pouvoir dire qu'aujourd'hui, si on devait envisager une migration vers MS Office, on aurait une levée de boucliers des agents car ils seraient obligés de reprendre presque tout de zéro (le passage MS Office 2000 vers la dernière version étant sans doute assez proche du cataclisme) !

    Je peux aussi reproduire l'exemple avec QGIS. Au début un petit groupe de géomaticiens habitués à MapInfo ont essayé QGIS et ils se sont aperçu qu'on avait au moins 80% des fonctionnalités de MapInfo pour O€ de licence. On a lancé un groupe de travail à plusieurs administrations et finalement, aujourd'hui les centrales des ministères ne retiennent que QGIS comme logiciel de SIG car en plus d'avoir toutes les fonctionnalités requises (et aussi de nouvelles fonctionnalités) il permet de diminuer le coût des licences d'un ordre de grandeur du million d'€ ! Certes, il faut prendre en compte la formation mais, comme dans mes expériences passées, ce coût se lisse assez bien sur le moyen terme (une fois les docs de formation disponibles, il n'y a plus que de l'assistance qui était déjà disponible pour le cas du logiciel propriétaire) et au final, on est largement gagnant. Surtout que maintenant, en 2015, les logiciels libres les plus utilisés ont clairement de la bouteille et qu'ils sont plus stables et plus fonctionnels qu'il y a 10 ans.

    Le frein majeur du libre dans le secteur public se concentre actuellement autour des applications métiers sur étagères. Dans ces conditions, l'éditeur impose ce qu'il veut. C'est un modèle qui, même s'il paraît plus abordable au début, est à proscrire sur le long terme. La majorité des ministères ne fait plus avec ça et préfère créer quelque-chose à partir d'un cahier des charges qu'ils maîtrisent même si, dans la majorité, le développement est externalisé. En plus de ça, il faut aussi reconnaître que les solutions métiers toutes prêtes sont circonscrites à quelques niches (horodatage/badgeage, paye ou RH): va trouver un logiciel tout prêt qui permet de gérer le paiement des aides agricoles européennes avec la réglementation mouvante qui va avec sur étagère !

    Par ailleurs, et en ce qui concerne l'Etat, il existe un marché public de support de logiciel libre qui date de 2012-2013.

    Mais même au niveau du monde médical, ça change. Regardez le logiciel libre Orthanc qui gère une partie de l'imagerie médicale. C'est donc que ça doit être possible. Dans ces conditions, je dirais que l'union fait la force: regrouper plusieurs hopitaux pour créer des logiciels métiers adaptés permettrait de faire de grandes choses et coûterait moins cher, même sur le moyen terme. Rien n'empêche de lancer des groupes de travail pour essayer de faire avancer le shmilblick.

    Pour conclure, je dirais que le libre dans l'administration, ça vient d'en bas et qu'après ça vient pas d'en haut. Avec un petit noyau de militants, on fait migrer des entités aussi importantes que des ministères, surtout quand ces derniers sont à l'affût d'économies.