• [^] # Re: Pas spécialement stressant

    Posté par . En réponse au journal Psychologie, science et reproductibilité. Évalué à 5.

    C'est pas évident du tout pour le médicament, ça l'est beaucoup plus pour l'épidémiologie.

    Une fois que tu as prouvé qu'un médicament marchait, c'est très dur de répéter l'expérience. Déjà, il y a des questions financières. Aucun labo n'a envie de financer une étude qui risque de ne pas prouver que son médicament marche alors qu'il en a une sous la main qui dit ce qu'il veut. Mais même ça, c'est un problème mineur à côté du gros problème : l'éthique médicale. Quand tu as de bonnes raisons de penser qu'un médicament marche, tu ne peux humainement pas continuer à recruter des patients pour leur donner, au hasard, ce médicament ou un placebo (ou le traitement antérieur, s'il existe). Tu imagines la situation ? « Bonjour, on a un médicament dont on a de bonnes raisons de penser qu'il marche, mais on voudrait en être vraiment absolument sûrs, donc on va vous mettre au hasard dans un groupe avec ce médicament ou avec l'ancien, qui marche moins bien ». Je sais pas toi, mais moi je répondrais « Non merci, donnez-moi le médicament dont vous avez de bonnes raisons de penser qu'il marche mieux ». Et même si le patient est très gentil, l'éthique (et la loi) imposent de donner le médicament qui marche le mieux. Si tu commences à penser que le médicament B marche mieux que A, tu dois arrêter de donner A (sauf intolérance à B).

    Pour l'épidémiologie, c'est plus simple car on ne maîtrise pas l'exposition. Du coup, c'est assez facile de répéter l'expérience : on reprend la même population d'étude et on recommence. Si je veux tester l'impact du tabac sur le cancer du poumon en 2015, je peux refaire le même protocole qu'il y a 50 ans : recruter des fumeurs, des non fumeurs, contrôler les autres facteurs de risques connus ou probables (la publication initiale sur tabac et cancer du poumon avait une façon originale de s'assurer que c'était bien ajusté : elle s'était intéressée uniquement à des médecins généralistes anglais, qui constituent naturellement une population homogène sur le plan des études et des revenus). Fin des problèmes éthiques. Reste à trouver un financement. En 2015, la causalité du tabac dans le cancer du poumon est tellement bien établie que je ne trouverai aucun financement pour réinventer la roue. Mais pour des problématiques moins bien établies, c'est tout à fait possible, bien que non trivial.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.