• [^] # Re: C'est une vraie monnaie...

    Posté par . En réponse au journal Que répondre quand on vous dit que Bitcoin n’est pas une vraie monnaie ?. Évalué à 4.

    Peut-être, c'est possible. Toujours est-il que des penseurs comme Kropotkine, qui se sont longuement penchés sur le sujet, semblaient croire que l'on pouvait se dispenser au moins de salariat, et considéraient même essentiel de le faire. Peut-être qu'une organisation plus décentralisée, où une monnaie (ou autre forme d'échange) servirait juste pour échanger entre villes ou unités territoriales, mais où à l'intérieur de celles-ci il n'y aurait pas de monnaie, ne serait pas impossible. Pas de monnaie ne signifie pas troc, bien au contraire, le troc étant en fait une forme primitive d'échange ressemblant à la monnaie. Il ne faut pas non plus tomber dans le piège des bons de travail et ce genre de choses.

    Dans une société qui s'intéresserait d'abord aux besoins de la population, et s'organiserait pour y répondre, plutôt qu'une société qui s'intéresse d'abord à la production, et organise les besoins en fonction de celle-ci, une monnaie pourrait très bien être inutile.

    L'erreur commise par Kropotkine était d'être trop optimiste, et de penser que ce genre de société pouvait être pour bientôt de façon généralisée. Même si, lorsqu'on voit beaucoup d'initiatives non faites pour de l'argent qui ont tant fait progresser technologiquement (beaucoup d'inventions, une bonne part du logiciel libre, etc.), on peut comprendre le risque de tomber dans trop d'optimisme. Risque que l'on comprend d'autant mieux en étudiant le passé.

    Un exemple que je trouve assez intéressant, est celui des communes villageoises : au début du Moyen-Âge, dans la plupart des communes agricoles, les terres étaient propriété commune des villageois, qui s'organisaient en assemblées pour répartir les tâches et payer les seigneurs (des mercenaires censés protéger les terres, plus qu'autre chose au début). Petit à petit, ces seigneurs et l'Église ont commencé à vouloir plus, leur demandant plus d'impôts, essayant de voler à la commune certaines fonctions comme la Justice. Mais pendant tout ce temps, la terre était encore commune aux villageois, hormis quelques seigneurs qui peu à peu s'appropriaient des terres, et y faisaient travailler des gens auxquels cette terre n'appartenait plus. Mais en France, par exemple, il a fallu attendre la Révolution Française pour que les confiscations de ces terres communes par l'État, pour les privatiser et les partager entre paysans, se généralisent, ce qui fut probablement la raison pour laquelle beaucoup de paysans n'étaient pas favorables à la Révolution : un rejet de la propriété privée, qui par la suite a permis aux seigneurs-bourgeois d'acquérir légalement la plupart des terres.