• [^] # Re: C'est partout pareil

    Posté par . En réponse au journal François Hollande visite 42, non mais allô quoi.... Évalué à 6.

    Le peuple uni, ça n'existe pas, c'est un fantasme d'extrême-droite ça.

    L’époque des congés payés & co, ç’aura été aussi l’époque des ligues. En fait toute avancée sociale ne se fait que lorsque le clivage est le plus marqué, et que le rapport de force pur l’emporte. C’est que forcément une mouvement progressiste puissant engage la réaction sur le terrain de la violence, en tentant de manipuler une partie du peuple à son profit : en règle générale les déclassés, où ceux qui craignent de l’être, forment une cible de choix, avec la petite bourgeoisie pour encadrer le tout (dans une société moderne la petite bourgeoisie inclura les postes de cadre, pas le statut mais ceux qui font réellement de l’encadrement). À l’inverse une dictature va mettre en place une intense propagande autour du thème de l’union nationale, pour écarter de la politique toute notion de conflits d’intérêts.

    Les raisons politiques de cet état de fait est évident : il suffit de voir comment ça se passe sur LinuxFR. En effet, pour tout groupe social partageant des intérêts en commun, c’est-à-dire une classe (en soi), il faut pouvoir porter des revendications politiques, c’est-à-dire avoir la liberté d’expression, non pas la notion petite-bourgeoise de pouvoir gueuler plus fort que l’autre à la télé, mais celle, marxiste, de devenir une classe pour soi. Or pour ce faire, il faut pouvoir très précisément délimiter le contour du groupe social en question : sans cette étape obligatoire, t’auras toujours un couillon (un jaune) qui viendra t’expliquer combien tes intérêts sont ceux de ton patron. C’est exactement ce qui se passe sur LinuxFR. Ainsi on se vautre dans des discussions interminables, supposément être du débat politique. Pas besoin alors pour le jaune d’aligner des arguments, d’être persuasif, etc. (ça c’est le bonus) le simple fait de "débattre" avec lui est déjà une victoire pour lui : pendant ce temps là tu ne discutes pas stratégie, tu ne discutes pas des moyens de pression que tu peux avoir sur le patronat, etc. Pire que ça, ce sont les syndicats qui en deviendraient responsables...

    Pourtant, même en période de reflux réactionnaire, il existe des moyens de se battre, des moyens extrêmement efficaces (il suffit de voir comment tous les experts–médiatiques en carton s’en plaignent). Par exemple, ce que j’appelle la résistance passive est massivement pratiquée en France (c’est pour ça qu’elle résiste très bien à la contre-révolution néolibérale contrairement à ce que dit une certain gauche très catholique qui aime bien se la jouer martyr), et ce de manière inconsciente : cela peut aller du bâclage de la tâche demandée par le supérieur hiérarchique (très pratiqué dans la fonction publique, et c’est là d’où vient cette réputation des fonctionnaires...), au pire tu passes pour un incompétent, et t’as des couillons qui se plaignent de l’inertie de la France et d’autres blabla pour crétins. Dans le temps il n’y avait pas que la grève : à l’époque des purs et durs, le sabotage délibéré de l’outil de production était parfaitement admis comme moyen d’action : le patron peu te virer, mais personne pour te remplacer puisque de toute manière la machine à faire fonctionner est cassée. Ça c’est quand on n’a pas les moyens de faire grève. Faut pas hésiter à obtenir ce que tu estimes être ton droit par la force sans avoir peur de passer pour un connard (référence à mon comportement récent si t’as suivi, faut se dire que se faire traiter de con par un con est un plaisir de fin gourmet). Mais sur LinuxFR, bien légitimiste et bien légaliste, forcément puisqu’il y a beaucoup de classes sup’ parmi le commentariat, c’est pas ici que tu pourras discuter ce genre de choses. Sauf à virer manu militari les couillons. Évidemment ça suppose de bien réfléchir à savoir à ce qu’on fait et à ne pas se comporter en gamin à pleurnicher sur le mode du "moi je" comme le fait titi – ça fait belle lurette qu’il s’est fait bouffé par grosminet lui ! – bref, ça suppose de se comporter en adulte sans avoir peur de passer pour un gamin, plutôt que de se comporter en gamin en essayant de passer pour un adulte. Ne serait-ce qu’un soutien moral et de présence, c’est déjà beaucoup : il ne faut pas se plaindre que les syndiqués pensent avant tout à leur pomme, car en France, le grand sport national consiste à se libérer de sa frustration en jouant les revendicatifs quand il y a personne pour nous entendre, puis d’envoyer le copain – le plus souvent le syndiqué... « il est là pour ça après tout » — au charbon seul.

    À partir de là, si la proportion de couillons dans un domaine donné est trop grande, comme ce me semble être le cas dans l’informatique, les plus lucides vont avant tout s’occuper de leur bout de gras. Et ceux qui croient que baisser la tête et répéter les âneries sur les syndicats&co va leur permettre d’accéder à un statut finissent en bas et bien aigris, parce qu’ils se seront fait baiser doublement (par leur boss qui méprisera les cireurs de pompe au final, et par les gens à peu près lucide qui se seront servi de leur niaiserie pour les doubler).

    Là en l’occurrence, il a agité un "homme de paille", comme si l’État était le pire des oppresseurs : mais il est vrai que pour le riche, se voir, une ou deux fois par ans, réclamer une partie de compte en banque constitue la pire des répressions. Évidemment, le fait que le salariés la plupart du temps, c’est tous les jours qu’il remet sa liberté dans les mains d’un hobereau1, ça ne va pas l’émouvoir outre mesure.

    1 Tocqueville qui traite de l’ancien régime parle des hobereaux comme des plus petits oiseaux de proies, et c’est ainsi que le peuple désignait ceux qui étaient tout en bas de la hiérarchie sociale et juste au-dessus de lui. Évidemment on est loin des fables du style 99%, ou du peuple uni, puisque les petits chefs&co peuvent représenter une part non marginale de la population.