> Le chercheur n'est là que pour fournir un travail, lui est déjà payé, qu'il trouve ou non (et dans la plupart des boites il y a des primes pour les brevets déposés).
Pourtant, c'est bien lui, le chercheur, qui, au bout de la chaîne, est à l'origine très concrête de l'invention.
On pourrait imaginer un modèle où le chercheur est *la* personne à qui le brevet profite. Ou éventuellement à l'équipe de chercheur qui est à l'origine de l'invention. Ce système ne serait d'ailleurs pas sans rappeler l'informatique à ses débuts, où les programmeurs détenaient des droits sur leur code, et ne cédaient pas tout à leur entreprise mais bon... Donc bref, imaginons un tel système: un type invente quelque chose, il dépose un brevet et hop il impose ses conditions. Très rapidement on s'aperçoit que ça va coincer: c'est le bordel! Si un de ces collègues veut utiliser son invention il va devoir lui payer des royalties, cela va gérer de la facturation interne à la boîte et d'une manière générale on met le doigt dans un engrenage bureaucratique infernal qui s'auto-alimente. Ca chie quoi.
Donc qu'elle est l'alternative actuellement utilisée? Eh bien c'est simple, on collectivise. On considère que l'invention est la propriété d'une personne morale (l'entreprise) et au sein de cette entreprise tout le monde fait ce qu'il veut. L'inventeur lui, renonce à ses droits en bloc. On constate qu'il continue à inventer des choses car finalement c'est son job. Donc la personne physique qui invente n'en n'a à peu près rien à foutre de pouvoir utiliser le levier de pression qu'est le brevet pour rentabiliser à mort son invention. Finalement, son but est ailleurs, et dans tous les cas il a tout intérêt à trouver des choses innovantes car il y gagne:
- ponctuellement car il peut bénéficier d'une prime
- en terme d'image car il sera mieux vu de son patron, ses compétences sont reconnues
- a titre personnel car son emploi est mieux garanti dans la mesure où il est parmi les (sinon le) plus compétent dans son domaine
- sur le long terme car son invention représente de toutes façons une avancée pour l'humanité en général, rien ne sert d'emporter son secret dans sa tombe...
Et donc l'inventeur est prêt à partager son invention avec son entreprise, et à renoncer à tous ses droits.
Soit.
Maintenant ce qu'il faut savoir c'est que les entreprises sont de plus en plus grosses. Concrêtement le type va partager son info avec 10000, 100000, peut-être 1000000 de personnes (si on n'y est pas déjà, on y arrivera un jours...).
Donc on peut se poser la question, pourquoi est-ce que c'est la personne "entreprise" qui est retenue pour définir la portée d'un brevet (portée au sens: qui peut l'utiliser sans contraintes)?. Pourquoi ne pas élargir encore le cercle? Pourquoi est-ce qu'on ne choisirait pas plutôt la personne morale "pays" (sachant que certains pays sont plus petits que certaines entreprises...) ou bien même la personne morale "humanité"?
Concrêtement, ce qu'on voit émerger aujourd'hui, c'est un "engrenage bureaucratique infernal" tel que je le décris plus haut, où des entreprises déposent et déposent des brevets et se privent d'un partage efficace de l'information. Elles ont bien compris que ce partage était bénéfique en interne, mais elles ne voient pas dans quelle mesure il serait profitable à grande échelle. Elles réfléchissent comme l'inventeur avare de ses idées qui se dit dans son coin "hin hin hin je vais garder mon idée pour moi et je vais niquer tout le monde".
Alors certes cette optique a le mérite de cultiver la compétitivité, mais au final je reste convaincu qu'on y perd. Typiquement, si on imagine qu'il y a une deuxième "terre" (Mars attacks!) avec des industriels à côté de nous, et que la lutte économique s'installe, on peut se dire qu'il vaudrait mieux tous s'unir entre terriens car l'union fait la force (comme l'oignon fait la soupe) et s'organiser ensemble plutôt que de se chamailler à savoir qui a inventé quoi.
Et même à ce moment là, on pourrait se demander, pourquoi ne pas collaborer avec les aliens d'en face?
Alors effectivement supprimer les brevets priverait les entreprises de certains revenus, mais d'un autre côté ça allègerait leurs dépenses... Et puis dans tous les cas une société innovante pourrait toujours tirer des avantages d'une invention:
- ponctuellement car elle peut bénéficier d'un avantage concurrentiel et vendre des produits à coût élevé, le temps que les concurrents assimilent la techno
- en terme d'image car elle expose clairement sa compétence de manière publique, notamment auprès des actionnaires potentiels
- a titre personnel car elle se place d'emblée dans la catégorie la mieux placée pour assurer du support, proposer des évolutions, industrialiser son invention, etc.
- sur le long terme car son invention représente de toutes façons une avancée pour l'humanité en général, rien ne sert d'emporter son secret dans sa tombe...
J'ai pas déjà écrit quelque chose de similaire plus haut? Suffit de changer d'échelle, c'est tout.
Concrêtement, je pense que les brevets profitent essentiellement aux entreprises, au détriment des individus, des états, et du monde en général. De là à penser que ce sont les entreprises qui dictent les lois aujourd'hui il n'y a qu'un pas. Pour d'autres exemples confirmant ce point de vue, cf DMCA et l'EUCD par exemple...
D'ailleurs, au passage, pour ce qui est de ma fantaisie avec la 2ème planète en face de la notre, les aliens, la collaboration et tout ça, essayez de parler avec un éditeur de logiciel propriétaire. Expliquez-lui le concept de Logiciel Libre, de travail communautaire, etc. Dites-lui que certains ont laissé des milliers d'heures de travail informatique à disposition, souvent gratuitement, même pendant des périodes où trouver du travail en informatique était trivial. Vous verrez, il aura l'impression que vous venez d'une autre planète. C'est bien connu, les linuxiens n'ont pas les pieds sur terre 8-)
[^] # Re: Microsoft brevette les API de .NET
Posté par ufoot . En réponse à la dépêche Microsoft brevette les API de .NET. Évalué à 8.
Pourtant, c'est bien lui, le chercheur, qui, au bout de la chaîne, est à l'origine très concrête de l'invention.
On pourrait imaginer un modèle où le chercheur est *la* personne à qui le brevet profite. Ou éventuellement à l'équipe de chercheur qui est à l'origine de l'invention. Ce système ne serait d'ailleurs pas sans rappeler l'informatique à ses débuts, où les programmeurs détenaient des droits sur leur code, et ne cédaient pas tout à leur entreprise mais bon... Donc bref, imaginons un tel système: un type invente quelque chose, il dépose un brevet et hop il impose ses conditions. Très rapidement on s'aperçoit que ça va coincer: c'est le bordel! Si un de ces collègues veut utiliser son invention il va devoir lui payer des royalties, cela va gérer de la facturation interne à la boîte et d'une manière générale on met le doigt dans un engrenage bureaucratique infernal qui s'auto-alimente. Ca chie quoi.
Donc qu'elle est l'alternative actuellement utilisée? Eh bien c'est simple, on collectivise. On considère que l'invention est la propriété d'une personne morale (l'entreprise) et au sein de cette entreprise tout le monde fait ce qu'il veut. L'inventeur lui, renonce à ses droits en bloc. On constate qu'il continue à inventer des choses car finalement c'est son job. Donc la personne physique qui invente n'en n'a à peu près rien à foutre de pouvoir utiliser le levier de pression qu'est le brevet pour rentabiliser à mort son invention. Finalement, son but est ailleurs, et dans tous les cas il a tout intérêt à trouver des choses innovantes car il y gagne:
- ponctuellement car il peut bénéficier d'une prime
- en terme d'image car il sera mieux vu de son patron, ses compétences sont reconnues
- a titre personnel car son emploi est mieux garanti dans la mesure où il est parmi les (sinon le) plus compétent dans son domaine
- sur le long terme car son invention représente de toutes façons une avancée pour l'humanité en général, rien ne sert d'emporter son secret dans sa tombe...
Et donc l'inventeur est prêt à partager son invention avec son entreprise, et à renoncer à tous ses droits.
Soit.
Maintenant ce qu'il faut savoir c'est que les entreprises sont de plus en plus grosses. Concrêtement le type va partager son info avec 10000, 100000, peut-être 1000000 de personnes (si on n'y est pas déjà, on y arrivera un jours...).
Donc on peut se poser la question, pourquoi est-ce que c'est la personne "entreprise" qui est retenue pour définir la portée d'un brevet (portée au sens: qui peut l'utiliser sans contraintes)?. Pourquoi ne pas élargir encore le cercle? Pourquoi est-ce qu'on ne choisirait pas plutôt la personne morale "pays" (sachant que certains pays sont plus petits que certaines entreprises...) ou bien même la personne morale "humanité"?
Concrêtement, ce qu'on voit émerger aujourd'hui, c'est un "engrenage bureaucratique infernal" tel que je le décris plus haut, où des entreprises déposent et déposent des brevets et se privent d'un partage efficace de l'information. Elles ont bien compris que ce partage était bénéfique en interne, mais elles ne voient pas dans quelle mesure il serait profitable à grande échelle. Elles réfléchissent comme l'inventeur avare de ses idées qui se dit dans son coin "hin hin hin je vais garder mon idée pour moi et je vais niquer tout le monde".
Alors certes cette optique a le mérite de cultiver la compétitivité, mais au final je reste convaincu qu'on y perd. Typiquement, si on imagine qu'il y a une deuxième "terre" (Mars attacks!) avec des industriels à côté de nous, et que la lutte économique s'installe, on peut se dire qu'il vaudrait mieux tous s'unir entre terriens car l'union fait la force (comme l'oignon fait la soupe) et s'organiser ensemble plutôt que de se chamailler à savoir qui a inventé quoi.
Et même à ce moment là, on pourrait se demander, pourquoi ne pas collaborer avec les aliens d'en face?
Alors effectivement supprimer les brevets priverait les entreprises de certains revenus, mais d'un autre côté ça allègerait leurs dépenses... Et puis dans tous les cas une société innovante pourrait toujours tirer des avantages d'une invention:
- ponctuellement car elle peut bénéficier d'un avantage concurrentiel et vendre des produits à coût élevé, le temps que les concurrents assimilent la techno
- en terme d'image car elle expose clairement sa compétence de manière publique, notamment auprès des actionnaires potentiels
- a titre personnel car elle se place d'emblée dans la catégorie la mieux placée pour assurer du support, proposer des évolutions, industrialiser son invention, etc.
- sur le long terme car son invention représente de toutes façons une avancée pour l'humanité en général, rien ne sert d'emporter son secret dans sa tombe...
J'ai pas déjà écrit quelque chose de similaire plus haut? Suffit de changer d'échelle, c'est tout.
Concrêtement, je pense que les brevets profitent essentiellement aux entreprises, au détriment des individus, des états, et du monde en général. De là à penser que ce sont les entreprises qui dictent les lois aujourd'hui il n'y a qu'un pas. Pour d'autres exemples confirmant ce point de vue, cf DMCA et l'EUCD par exemple...
D'ailleurs, au passage, pour ce qui est de ma fantaisie avec la 2ème planète en face de la notre, les aliens, la collaboration et tout ça, essayez de parler avec un éditeur de logiciel propriétaire. Expliquez-lui le concept de Logiciel Libre, de travail communautaire, etc. Dites-lui que certains ont laissé des milliers d'heures de travail informatique à disposition, souvent gratuitement, même pendant des périodes où trouver du travail en informatique était trivial. Vous verrez, il aura l'impression que vous venez d'une autre planète. C'est bien connu, les linuxiens n'ont pas les pieds sur terre 8-)