On a un problème avec le travail : on travaille pour être plus efficaces [ou] pour atteindre le plein emploi ?
Tout à fait, la question est paradoxale. Je suppose que le but ultime est qu'on se la coule tous douce sur des transats pendant que des robots s'occupent de tout, histoire qu'on passe à des choses plus sérieuses niveau civilisationnel (comme la rébellion des machines). En attendant, et pour un moment je crois :
On travaille pour rendre service.
A une, mille ou un million de personnes, dans le but d'obtenir de quoi se fournir un abri et des calories pour conserver son existence (ref) et si possible dans des conditions de plus en plus confortables, et épanouissantes pour les plus chanceux.
Ce n'est pas qu'il y a de moins en moins d'emplois précaires, c'est que les emplois permanents n'existent pas vraiment.
Le travail est précaire, la santé est précaire, la vie est précaire. La nature est précaire. Un banc de corail est précaire, mais il se renouvelle indéfiniment, toujours avec richesse et beauté (sauf quand il se fait massacrer par l'homme mais c'est une autre histoire).
Nous vivons une étape de l'Histoire particulièrement marquante, fascinante. Nous sommes tous partis du même endroit avant de nous séparer, de nous éparpiller, de nous différencier, et voilà que bien plus tard la planète reprend subitement la taille de notre village initial. Le paradigme a changé, le choc est puissant, et le désordre apparaît inévitablement. Un beau jour, dans plusieurs générations a priori, l'ordre reviendra pour former une création inédite.
Les sacrifices d'une génération sont-ils plus importants que le gain des suivantes ? Je pense que oui, mais je penserais sans doute que non si j'étais manut' depuis quarante piges et que mon usine délocalisait à l'autre bout du monde. Mais si j'étais dans une situation encore plus difficile à l'autre bout du monde et que je trouvais un job dans une nouvelle usine je serais peut-être content aussi finalement. De toute façon peu importe mon avis, l'Histoire n'attend pas.
Il y a deux façon d'aborder l'avenir : avec peur ou avec confiance. Le monde moderne requiert une créativité inégalée pour y vivre dignement, c'est la rançon de notre confort. Beaucoup d'autres pays l'ont compris, c'est frappant en Asie (évidemment c'est plus facile à comprendre quand on a moins/rien à perdre).
En France on a finalement très peur. On parle de la "croissance" comme un petit animal mystérieux qui sort de sa tanière plus ou moins aléatoirement. La créativité est découragée par un état qui se mêle de tout au motif qu'il se dit capable de maintenir une situation du passée en décrépitude, comme si il pouvait maintenir un banc de corail dans un état fixe de façon permanente (c'est à dire faire mieux que la nature, hum). La façon dont le dossier UberPop, bien que complexe, a été géré, est un exemple frappant de notre pessimisme et de notre peur de l'avenir (on confond souvent capitalisme et capitalisme de connivence).
Nous sommes paralysés, coincés entre les deux mondes. Incapables d'abandonner un peu de notre sécurité pour tirer parti du nouveau monde incroyable qui est sous nos yeux. A la décharge des politiques le discours "vous-en faites pas tout va redevenir komavent" marche beaucoup, beaucoup mieux que "bon ben là désolé mais faudrait se sortir les doigts".
On travaille pour rendre service et pas, même si c'est tentant de le penser, pour conserver ses privilèges. Il y a toujours quelque chose à faire pour rendre service. Enfin c'est ce que ma grand-mère disait.
[^] # Re: Le futur c'était mieux avant
Posté par kursus_hc . En réponse au journal Les avocats à la poubelle. Évalué à 8.
Tout à fait, la question est paradoxale. Je suppose que le but ultime est qu'on se la coule tous douce sur des transats pendant que des robots s'occupent de tout, histoire qu'on passe à des choses plus sérieuses niveau civilisationnel (comme la rébellion des machines). En attendant, et pour un moment je crois :
On travaille pour rendre service.
A une, mille ou un million de personnes, dans le but d'obtenir de quoi se fournir un abri et des calories pour conserver son existence (ref) et si possible dans des conditions de plus en plus confortables, et épanouissantes pour les plus chanceux.
Ce n'est pas qu'il y a de moins en moins d'emplois précaires, c'est que les emplois permanents n'existent pas vraiment.
Le travail est précaire, la santé est précaire, la vie est précaire. La nature est précaire. Un banc de corail est précaire, mais il se renouvelle indéfiniment, toujours avec richesse et beauté (sauf quand il se fait massacrer par l'homme mais c'est une autre histoire).
Nous vivons une étape de l'Histoire particulièrement marquante, fascinante. Nous sommes tous partis du même endroit avant de nous séparer, de nous éparpiller, de nous différencier, et voilà que bien plus tard la planète reprend subitement la taille de notre village initial. Le paradigme a changé, le choc est puissant, et le désordre apparaît inévitablement. Un beau jour, dans plusieurs générations a priori, l'ordre reviendra pour former une création inédite.
Les sacrifices d'une génération sont-ils plus importants que le gain des suivantes ? Je pense que oui, mais je penserais sans doute que non si j'étais manut' depuis quarante piges et que mon usine délocalisait à l'autre bout du monde. Mais si j'étais dans une situation encore plus difficile à l'autre bout du monde et que je trouvais un job dans une nouvelle usine je serais peut-être content aussi finalement. De toute façon peu importe mon avis, l'Histoire n'attend pas.
Il y a deux façon d'aborder l'avenir : avec peur ou avec confiance. Le monde moderne requiert une créativité inégalée pour y vivre dignement, c'est la rançon de notre confort. Beaucoup d'autres pays l'ont compris, c'est frappant en Asie (évidemment c'est plus facile à comprendre quand on a moins/rien à perdre).
En France on a finalement très peur. On parle de la "croissance" comme un petit animal mystérieux qui sort de sa tanière plus ou moins aléatoirement. La créativité est découragée par un état qui se mêle de tout au motif qu'il se dit capable de maintenir une situation du passée en décrépitude, comme si il pouvait maintenir un banc de corail dans un état fixe de façon permanente (c'est à dire faire mieux que la nature, hum). La façon dont le dossier UberPop, bien que complexe, a été géré, est un exemple frappant de notre pessimisme et de notre peur de l'avenir (on confond souvent capitalisme et capitalisme de connivence).
Nous sommes paralysés, coincés entre les deux mondes. Incapables d'abandonner un peu de notre sécurité pour tirer parti du nouveau monde incroyable qui est sous nos yeux. A la décharge des politiques le discours "vous-en faites pas tout va redevenir komavent" marche beaucoup, beaucoup mieux que "bon ben là désolé mais faudrait se sortir les doigts".
On travaille pour rendre service et pas, même si c'est tentant de le penser, pour conserver ses privilèges. Il y a toujours quelque chose à faire pour rendre service. Enfin c'est ce que ma grand-mère disait.