• [^] # Re: Démocratie?

    Posté par . En réponse au journal Et ce soir, la démocratie l'emporte !. Évalué à 4. Dernière modification le 09 juillet 2015 à 00:46.

    Bon finalement je vais faire un exemple de contre-argumentation point par point. Ça n’invalide pas Boltansky, mais ça permet de le nuancer de le mettre en perspective d’avoir du recul. Mais alors vite fait style télégraphique.

    C’est seulement un exemple, pris sur les notes de lecture que tu cites, donc imparfait, mais j’espère ainsi mieux faire comprendre mon idée.

    Ou comment le capitalisme est en train de tourner la page du fordisme au profit d'une organisation en réseau

    Le changement d’organisation du monde du travail ne modifie pas la nature du capitalisme, ses contradictions, les grands mécanismes qui le gouvernent.

    génératrice pour certains d'une plus grande liberté au travail, pour d'autres d'une plus grande précarité, et pour tous d'un asservissement accru à l'entreprise

    En l’occurrence ici le sujet c’est de faire de la socio du monde du travail, entre autres. c’est un angle d’analyse du capitalisme. Il ne déprécie pas les analyses du capitalisme précédente. Notamment celle qui le décrivent comme système économique. Ni celles qui valent pour la (géo-)politique.

    qui étudie les valeurs et la construction des arguments mobilisés

    dans le langage courant : ils étudient la propagande. Or s’attaquer à la propagande adverse, c’est déjà lui reconnaître une légitimité à décrire le réel...

    montre que ce sont les valeurs dominantes du capitalisme, des années 60 à aujourd'hui, et leur influence sur les décideurs qui ont permis à ce dernier d'assurer constamment sa légitimité auprès de la société, de désarmer les critiques de ses adversaires et de renouveler la nécessaire motivation des cadres.

    ...C’est ni plus ni moins que l’idée d’hégémonie culturelle de Gramsci. Or critiquer les valeurs dominantes, c’est reconnaître leur hégémonie, c’est-à-dire leur légitimité. On s’y prend autrement dans ce cas, c’est ce que Podemos surtout, Mélenchon dans une moindre mesure mais j’ai cru comprendre qu’il allait accentuer cet aspect là du discours (les accusations de populisme vont pleuvoir...), essaient de mettre en place (prendre l’hégémonie en la substituant avec un autre discours à prétention universelle). Personnellement, j’ignore tous ces discours, purement et simplement : ce qui m’intéresse c’est comprendre les réalités économiques, et pas les idéologies qui les justifient et bien souvent leur donne un aspect plus acceptable.

    les consultants en management et les dirigeants d'entreprise ont habilement récupéré les thèmes de la critique artiste, et imposé le réseau comme modèle emblématique d'un capitalisme... libertaire.

    C’est surestimer la capacité du discours dominant à masquer les rapport sociaux réels. C’est discutable, mais ça dépasse très largement le cadre de ce commentaire. Pour le faire court : il subsiste un autre discours plus populaire, qui passe pour être absent parce qu’il n’a pas accès aux moyens de diffusion, mais il ne faut pas sous-estimer sa force car c’est un parler courant. Tandis que le discours officiel sera méprisé par les individus. Ce parler franc est un levier pour une conquête de l’hégémonie culturelle.

    Le cadre devient de préférence un manager, ou mieux un coach, mobilisant chacun des salariés à tous les niveaux, dans des structures légères et innovantes. L'intuition créatrice est réhabilitée. La carrière devient une succession continue de projets, qui augmentent à chaque fois l'employabilité du salarié. Celui-ci se doit d'être mobile, enthousiaste, flexible, disponible, convivial, charismatique.

    Voilà, c’est exactement ça. Moi j’entends un gus me parler comme ça, direct il se retrouve dans la case imbécile heureux, crétin fini, débile profond. Alors certes je ne le dis pas à voix haute dans la vie réelle. Mais je n’en pense pas moins. Et il faut faire gaffe quand on traite de ce genre de sujet, parce que précisément on sait difficilement ce que pensent les gens au plus profond d’eux-mêmes.

    Enfin, les cadres, loin d’être couillons, se rendent bien compte que c’est du bullshit. Les choses deviennent alors plus complexes. C’est une forme de cynisme qui prend le relais et le lieu du travail devient le lieu d’une comédie ou chaque employé met un masque qui fait croire qu’ïl adhère aux valeurs dominantes tout en montrant qu’il n’est pas dupe (c’est vicieux) ou alors il y a une souffrance intérieure (les gens dépriment parce qu’ils deviennent schizo entre les injonctions qu’ils reçoivent et la réalité qu’ils vivent, sans arriver à mettre des mots dessus). Ça a été décrit dans un article du diplo qui date un peu et dans ça par exemple. Je l’ai vécu. À l’époque je n’étais pas politisé et j’ai eu très mal parce que je ne savais pas ce qui m’arrivait.

    Tout ceci est peut-être trop récent pour le Boltanski qui date un peu.

    la création continue de réseaux informels et de profits qui peuvent en être tirés, en s'appuyant sur des investissements essentiellement immatériels (temps, capital social, capital humain personnel).

    Ça selon moi c’est le capitalisme qui fait face à des changements économique profonds qui le dépasse. Dès lors que le savoir et le savoir faire deviennent plus important que le capital matériel dans la production économique, alors le capitalisme a un problème. Un gros problème. Il tente tant bien que mal de retarder l’inéluctable : sa disparition de par son inutilité socio-économique. À l’heure actuelle c’est une analyse personnelle que je n’ai vu nulle part ailleurs, pourtant je sais qu’elle se tient et qu’il y aurait des éléments solides pour tenir cette position. Le truc avec le capital humain personnel, c’est que personne ne peut décemment réclamer la propriété dessus... sauf... sauf si précisément la servitude pour dette est rétablie. Nous y revoilà ! Dette publique en Europe, dette estudiantine aux USA. Or ces dettes ne sont pas contractée avec cette idéologie du tout capital en tête, mais bien pour des raisons socio-économique autres (maintenir un niveau de vie, choix de vie de recevoir une bonne instruction pour reprendre mes exemples).

    L'externalisation des contrats de travail et des coûts (y compris sociaux), l'intensification des contraintes par la flexibilité et la précarisation généralisée sont les piliers de l'exploitation des "immobiles" (ouvriers, bassins d'emploi, nations) par les "mobiles" (marchés financiers, multinationales, voire consommateurs).

    Bref, le capitalisme réinstaure des conditions de travail qui avait cours encore au début du XXè. Rien de nouveau sous la pluie.

    Note qu’il n’est pas vraiment fait mention du côté consommateur. Pourtant on ne comprend pas le maintien du capitalisme à l’heure actuelle si on manque son côté "champion en défense du consommateur".