Il faut bien comprendre à quel point l’État a mis la main dans cette construction. Nous avons eu affaire à un État néolibéral, insistons sur ce terme-là, État néolibéral, c’est-à-dire un État dont les principes et dont les objectifs sont précisément ceux de la concurrence, c’est-à-dire au fond ceux du marché. Tout s’est passé comme si l’État était un instrument de création, de construction du marché et comme si l’État avait lui-même incorporé les normes du marché dans son propre fonctionnement. Vous voyez en quelque sorte qu’à la fois la dynamique et la géographie de ce que nous décrivons dans notre livre n’a pas grand-chose à voir avec cet espèce de petit mécanisme élémentaire d’un marché en expansion et un État qui se rétrécit.
[...]
Ce qui nous intéresse, c’est plutôt de voir que la concurrence est érigée en principe universel de relations entre Etats, entre systèmes sociaux, entre entités économiques et entre individus."
J'adore Lordon, mais il n'est pas le meilleur spécialiste du néolibéralisme, car ce n'est pas son sujet de recherche. C'est celui de Laval et Dardot, par contre.
Les termes que j'ai utilisé servent à vulgariser. Bien sûr, personne ne parle de Darwinisme social, c'est très négativement connoté aujourd'hui. Mais il est important d'expliquer aux citoyens que c'est l'objectif de cette idéologie : fabriquer un homme nouveau
Ayant une formation scientifique, je me contente de remarquer qu’on commet trop souvent l’erreur de donner tant d’importance à des courants théoriques économiques voir politiques, mal compris qui plus est, qu’ils finissent par devenir un discours normatif et performatif au lieu d’être des modèles (des manières de comprendre une réalité). En ce sens l’ordolibéralisme n’est pas une pensée réfléchie et construite mais bel est bien le résultat d’un bête lieu-commun dans l’approche de la sciences économique par le tout venant (y compris les scientifiques).
Je ne suis pas totalement en désaccord : la pensée néolibérale est une nébuleuse, et entre ses divers théoriciens et sa diffusion chez les décideurs, via les business school, il y a effectivement perte en ligne et mélange de beaucoup de choses annexes. Et ce serait là un véritable projet de recherche. Cela dit "L'esprit du Capitalisme" de Chiappelo et Boltanski apporte quelques lumières sur ce point.
Reste qu'il est nécessaire de comprendre ce qui est à l'origine de la construction européenne, et de ce qui nous est présenté comme "les lois naturelles de l'économie" depuis 30 ans. Il y a aussi beaucoup à dire sur les idéologies dominantes dans les sciences sociales, où pour faire rapide, le déterminisme était très prégnant au sortir des années 1970, et a été battu en brèche dans les années 80 et suivantes. Il y a un socle idéologique commun "latent" qu'il convient de caractériser pour savoir ce qu'on doit combattre, et d'arrêter les vieux discours gauchos marxisant complètement ringard.
Tant qu'on aura pas dépassé cela, ils gagneront la partie.
« Il n’y a pas de choix démocratiques contre les Traités européens » - Jean-Claude Junker
[^] # Re: Démocratie?
Posté par Ontologia (site web personnel) . En réponse au journal Et ce soir, la démocratie l'emporte !. Évalué à 1. Dernière modification le 08 juillet 2015 à 15:22.
Les bras m'en tombent devant tant de mépris arrogants, assorties de tant de méconnaissance...
Tu as lu "L'Homme économique - essai sur les racines du néolibéralisme" de Laval justement ? Lis le, afin de savoir de quoi tu parles.
Quand je dis, l'État, il s'agit bien de l'État. Les néolibéraux visent - et ils y ont presque réussi - à instituer structurellement la concurrence.
Je cite Christian Laval :
J'adore Lordon, mais il n'est pas le meilleur spécialiste du néolibéralisme, car ce n'est pas son sujet de recherche. C'est celui de Laval et Dardot, par contre.
Les termes que j'ai utilisé servent à vulgariser. Bien sûr, personne ne parle de Darwinisme social, c'est très négativement connoté aujourd'hui. Mais il est important d'expliquer aux citoyens que c'est l'objectif de cette idéologie : fabriquer un homme nouveau
Je ne suis pas totalement en désaccord : la pensée néolibérale est une nébuleuse, et entre ses divers théoriciens et sa diffusion chez les décideurs, via les business school, il y a effectivement perte en ligne et mélange de beaucoup de choses annexes. Et ce serait là un véritable projet de recherche. Cela dit "L'esprit du Capitalisme" de Chiappelo et Boltanski apporte quelques lumières sur ce point.
Reste qu'il est nécessaire de comprendre ce qui est à l'origine de la construction européenne, et de ce qui nous est présenté comme "les lois naturelles de l'économie" depuis 30 ans. Il y a aussi beaucoup à dire sur les idéologies dominantes dans les sciences sociales, où pour faire rapide, le déterminisme était très prégnant au sortir des années 1970, et a été battu en brèche dans les années 80 et suivantes. Il y a un socle idéologique commun "latent" qu'il convient de caractériser pour savoir ce qu'on doit combattre, et d'arrêter les vieux discours gauchos marxisant complètement ringard.
Tant qu'on aura pas dépassé cela, ils gagneront la partie.
« Il n’y a pas de choix démocratiques contre les Traités européens » - Jean-Claude Junker