• [^] # Re: Démocratie?

    Posté par . En réponse au journal Et ce soir, la démocratie l'emporte !. Évalué à 10. Dernière modification le 06 juillet 2015 à 23:26.

    et que c'est la faute des méchants financiers

    Il est vrai que dans bisounours land on a jamais vu des privilégiés, des riches, défendre bec et ongle leurs possessions et on a l’habitude de les voir procéder, de leur propre initiative, au partage de leurs richesses au profit du pauvre, de l’affamé, et du sans-abri.

    les États qui ont tenté

    Aucun État n’a tenté (de fait l’URSS n’a jamais permis aux travailleurs de maîtriser leurs outils de production). Ne serait-ce qu’envisager l’éventualité d’un repartage du pouvoir, c’est s’exposer à une lutte idéologique, économique, et finalement politique, implacables, ce y compris avec l’usage de la force : ce n’est d’ailleurs franchement pas malin de citer l’exemple de l’Amérique latine, alors qu’il est largement admis et reconnus que les USA ont toujours tout faits pour avoir des gouvernements à leur botte dans la région. Encore une fois, on ne peut que constater l’immensité de ton inculture historique et géo-politique (on ne demande pas non plus d’avoir une vision fine de la géo-politique mondiale, juste d’avoir quelques clefs de compréhension grossières...). C’est bien ce qui te mènera à ta perte : tout en accusant qui veut l’entendre de populisme, tu fais montre toi-même d’une grande porosité aux arguments démagogiques qu’on te sert sur un plateau dans les médias de masse, sans faire preuve du moindre esprit critique.

    ça devrait calmer toute personne qui pense avoir une meilleure idée qui va tout déchirer

    C’est une caricature encore une fois inculquée par la propagande mais totalement déconnectée de la réalité. Suite à l’échec patent de l’URSS, la gauche (j’entends par là ceux qui ne l’ont pas renié) dans sa très grande majorité s’est pris un méchant coup, mais après 20 ans, elle se relève doucement, et envisage l’engagement et les convictions politiques, non plus comme une idéologie, sorte de recette magique tout prête, mais est au contraire extrêmement plurielle, cherche des tas de solutions et envisage le cheminement politique comme des séries d’essai et de correction, notamment d’expériences locales. C’est typique de toute une génération qui a eu la démocratie inculquée dès son plus jeune âge, extrêmement instruite (d’où le suprême mépris que je peux manifester face à ceux qui, comme toi, me traitent de populiste, sans se rendre compte qu’ils sont eux-même le plus pur produit de la démagogie la plus idiote qui soit), à laquelle je me sens pleinement appartenir étant un enfant des années 90s. C’est patent aussi dans la génération politique des Tsipras, Iglésias & co, et en France l’équipe qui existait autour de Mélenchon. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’initiative du référendum grec, le mouvement des indignés particulièrement fort en Espagne. Chacun a des critiques à faire sur ce que fait l’autre, mais il y a une volonté de faire quelque chose ensemble et un très fort appétit pour ce qui se fait chez les autres. Moi même je suis très fortement critique face à toute cette mouvance là car j’estime qu’elle pose d’énormes soucis politiques, notamment par une trop grande naïveté des forces qu’elle devra affronter, et plus généralement dans sa manière d’aborder la politique bien trop ingénue (et très théorique mais c’est mon défaut aussi). Mais c’est aussi un apprentissage, et je préfère mille fois ceci à une confiance aveugle envers une supposée élite éclairée qui aurait les solutions toutes faites (même si de fait il y a un peu de ça, dans Podemos surtout). On observe là ton inconsistance politique puisque tu fais des reproches contradictoires à toute cette mouvance politique : ne lui demande pas un modèle tout prêt alors que c’est précisément ce genre de bêtise qui a mené les communistes dans le mur à finir par défendre l’indéfendable. Au contraire il y a un foisonnement politique, une richesse, une construction intellectuelle et politique qui te dépasses, parce que tu ne nous connais pas du tout. Évidemment si tu attends la solution clef en main, toute faite, tu risques d’être déçu. Mais en même temps, c’est bien tout l’intérêt de cette nouvelle gauche : elle évite ainsi de retomber dans les errements du passé. Elle cherche des solutions mais ne prétends pas en avoir trouvé.

    C’est absolument passionnant en soi, mais c’est surtout indispensable si on veut se sortir de la merde dans laquelle nous ont mis les élites politiques, médiatiques, économiques et financières travaillant main dans la main. Élites qui elles sont arc-boutées sur leurs positions et peu capable de construire des solutions alternatives : au contraire elles répètent à l’envie qu’il n’y a qu’un seule politique possible quand bien même elles admettent qu’elle est totalement inique : pour qui a un peu de mémoire, cette rhétorique est un reliquat des années 90s, pour justifier l’abandon du communisme suite à l’effondrement de l’URSS : le fameux « il y avait le communisme avant, mais on a vue ce que ça a donné, alors le capitalisme est la seule voie possible même si on sait qu’il est peut mener aussi à des catastrophes » (parce qu’en ce temps là la gauche était plus puissante parmi les élites qui admettaient toute de même aisément que le capitalisme avait d’énormes soucis). Mais la rhétorique actuelle n’a plus grand chose à voir à l’heure actuelle : il s’agit de défendre, parmi toutes les politiques compatibles avec le capitalisme, la ligne la plus dure pour les peuples, la plus inégalitaire, celle des plus intransigeants parmi les élites : remarque qu’elles ne présentent pas un discours homogène. D’ailleurs certains politiques, dans les médias aussi, des intellectuels, sentent bien que cela va trop loin et n’arrêtent pas de sonner l’alarme. Seulement ces contestataires parmi les élites n’ont pas la main à l’heure actuelle et sont même marginalisés, preuve s’il en est du durcissement qui ne peut que mener à la dictature pure et simple à terme si la situation ne se débloque pas rapidement.

    Or toute cette génération ne peut que constater très précisément les gesticulations effrayées de ces élites jusqu’au-boutiste qui, ayant connus pour la plupart le communisme stalinien, et tout le tointoin, sont incapables de comprendre cette nouvelle gauche. Mais en t’enfermant dans cette caricature de l’opposition politique la réduisant à la vision caricaturale que tu as du Vénézuela ou de l’Argentine, tu ne fais que te décrédibiliser par ton incapacité à comprendre le monde, car à force d’agiter des épouvantails de la sorte, ils perdent toute pertinence et tout effet répulsifs. Vous montrez ainsi votre véritable visage : une force réellement réactionnaire, prête à tout pour conserver ses privilèges et ses biens, son petit capital, etc. En effet, autant moi ça me fait marrer d’entendre pour la énième fois Corée-du-Nord-Chavez-URSS-Russie-gnagna (ou tout autre élément de langage visant à dénigrer ce qui est supposé être l’extrême-gauche, au choix suivant l’humeur), ce d’autant plus de la part de quelqu’un qui ne cache pas sa frayeur à l’idée de perdre son argent (peur du déclassement, tout ça, ça a été analysé dans l’Histoire, si tu savais... ça a toujours alimenté des forces politiques ultra-réactionnaires marchant principalement à la peur de perdre leurs maigres acquis), autant sur quelqu’un de moins politisé, s’entendre dire qu’il est un affreux totalitaire stalinien, alors qu’il réclame juste du boulot, de justice, de quoi vivre sereinement, en faisant des projets de vie et de famille, de pouvoir faire un référendum de temps en temps (donner son avis à la collectivité quoi, et faire que son avis soit pris en compte), ça finit par être objectivement et totalement contre-productif. Tu n’imagines pas à quel point. En fait c’est un excellent moyen de faire perdre à cette nouvelle gauche la naïveté que je lui prête. Alors bon, continue donc... ça m’arrange ! À la base j’étais gnagnan aussi d’ailleurs, je me considère de centre-gauche et si j’ai à l’occasion une forte influence marxiste détectable je ne suis pas anticapitaliste pour autant, ola! loin de là (du moins pas au sens où on l’entend communément : disons que je m’accommoderai sans problème du capitalisme si seulement... mais il veut pas), mais face à des gens comme toi, on comprends à quoi on a affaire ! Moi franchement je ne veux pas de mal, je me fous bien de la finance&co, mais bon c’est toi (entre autres) qui, par ta réaction surdimensionné, par ta vulgaire tentative de me diffamer en nous prêtant un manichéisme qui est surtout de ton fait, finit par convaincre qu’effectivement il y a des gens qui sont politiquement prêt à tout pour défendre l’indéfendable.

    C’est là le plus ridicule de la situation : si les gens, ici-même en France, sont de plus en plus sont convaincus qu’Alexis et les Grecs sont dans leur bon droit, ce n’est pas tellement du fait du discours de SYRIZA (qui ne nous parvient que très très partiellement en France), pas tellement du fait d’une gauche radicale, en petite forme dans notre pays, mais bien du fait de la propagande de plus en plus grossière, violente, ridicule : en un mot : vulgaire de ceux qui s’opposent à Tsipras&co.

    Vous travaillez à votre propre perte, et il n’y a rien de plus jouissif.