• [^] # Re: Brevets en général

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Et dire qu'avec le brevet logiciel on est loin de toucher le fond.. Évalué à 5.

    Une équation décrit un phénomène naturel

    y = ax + b ne décrit vraiment rien de naturel : c'est juste une construction de l'esprit. Et c'est justement parce qu'il semble contre productif de protéger une construction de l'esprit qu'on n'accepte pas (encore) les brevets sur ces concepts en Europe.

    ça a du sens de breveter un machin qui permet de résoudre un problème

    donc le pivot de gauss devrait être brevetable en tant qu'outil ? Le fait d'approcher une valeur par une méthode simple et rapide au lieu de se taper le calcul complet est aussi un moyen de résoudre un problème : il faudrait pouvoir le protéger ?
    Il faudrait permettre de protéger un truc comme l'astuce de Carmack ?

    Je pense au contraire que ça n'a aucun sens de protéger un machin qui permet de résoudre un problème car ce faisant, tu gènes l'exploitation de cette solution par les autres et tu leur fait perdre du temps pour trouver le remplaçant d'une solution existante artificiellement inaccessible au lieu de se consacrer à leur réel problème. Le brevet assure peut-être peut-être une rétribution à l'inventeur mais nuit clairement globalement à l'innovation et au développement économique à cause de l'exclusivité accordée à l'inventeur.

    Et dans le cas du brevet logiciel c'est pire :
    - double emploi avec le droit d'auteur qui protège la réalisation d'un concept et non le concept lui même : on protège Harry Potter, pas les histoires de sorciers alors qu'on brevette les conséquence du clic en fonction du contexte ou l'usage d'un dispositif visuel pour indiquer la progression d'un processus.
    - rend payant et contraignant une démarche actuellement gratuite et automatique (en Europe)
    - rend difficile la détection du prior art / plagiat alors qu'elle est relativement simple à détecter via la comparaison des œuvres (voir premier point), transformant un processus technique (développement informatique) en un parcours du combattant juridique parce que tu dois vérifier si tu ne violes pas un brevet à chaque concept que tu utilises.

    En cela, s'appuyer sur le code de la propriété intellectuelle tel qu'il est actuellement en France est une solution élégante : ce que tu protèges c'est les moyens de mise en œuvre d'une méthode pas la méthode elle même. Si quelqu'un veut utiliser la méthode il peut : il n'a qu'a la réaliser à sa façon.

    la vision du brevet logiciel (voire même du brevet tout court) aujourd'hui est complètement différente de la vision originelle: les brevets ne servent plus à d'abord faire avancer la société avec comme side-effect d'assurer un revenu à l'inventeur, ils servent d'abord à assurer les revenus à l'inventeur, et ce au détriment de la société.

    C'est un fait. Sans doute parce que l'approche même du brevet en général est bancale dans un monde où le profit a court terme est le moteur de la société. A son époque, c'était peut-être une bonne solution, mais aujourd'hui il semble évident que c'est un concept bancal. D'ailleurs, tous les pays qui ont eu une croissance fulgurante l'ont fait justement en se torchant avec les brevets (USA, Japon, Chine...)