• [^] # Re: Droit à l'ignorance

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal Voilà comment inciter 25% des internautes à chiffrer leurs mails. Évalué à 10.

    On est en 2015, et la machine n'est toujours pas foutue de faire son boulot correctement toute seule??

    Comme d'habitude la comparaison avec la voiture a une pertinence assez limitée: ce qui coince, ce n'est pas que les gens ne s'intéressent pas à l'admission du carburant, mais que les gens ne voient pas trop bien l'intérêt de rouler en voiture, alors à quoi bon passer le permis? La problématique de la démocratisation de la cryptographie dans les correspondances électroniques est essentiellement que:

    1. Beaucoup de gens n'en voient pas l'utilité, ou plus généralement ne sont pas motivés.
    2. La plupart des concepts et des problèmes liés à la cryptographie (Alice, Bob, Victor, génération de clefs, vérification d'identité, etc.) ne font pas partie de la culture générale.

    Dans mon entourage, je vois que:

    1. Les gens motivés par une fonctionnalité d'un logiciel utiliseront le logiciel, et si le logiciel est merdique et a des limitations absurdes, ils l'utiliseront quand même s'ils sont assez motivés et n'ont pas le choix. (Déjà vu: un logiciel de montage vidéo qui a une super fonction de découpe que son concurrent payant n'a pas, qui est gratuit mais qui plante toutes les 5 minutes, et met une bonne minute à démarrer — peut-on imaginer un truc plus gavant à utiliser?)

    2. Les gens motivés par l'utilisation de moyens cryptographiques, soit pour protéger certaines informations concrètes, soit pour des raisons de principe, apprennent à utiliser PGP (via l'intégration à Apple Mail ou à Thunder Bird). Il y a des tonnes de tutos là-dessus et de forums d'entraide.

    Bref, si les gens ne s'en servent pas c'est que l'effort à fournir est trop grand par rapport à l'utilité perçue. On peut travailler sur deux plans. Soit on peut diminuer l'effort à fournir, ce qui me paraît difficile puisque le chiffrement à clef asymétrique a une part de complexité qui est irréductible — en plus de l'email de son destinataire, il faut sa clef (qui a un niveau de confiance, une date d'expiration, qu'on va piocher sur un serveur, qu'on vérifie, etc.) — et même si cette complexité est très bien prise en charge par un logiciel (au passage les extensions PGP pour Apple Mail et Thunderbird font un travail raisonnable d'après moi), cela ne la fait pas disparaître. Soit on peut augmenter l'utilité perçue: c'est une question qui a des composantes politiques, économiques et morales, mais pas du tout techniques.