• [^] # Re: sexisme

    Posté par . En réponse au journal Liste des maires féminines des plus grandes villes du monde d'après Wikidata.. Évalué à 0.

    Qu'est-ce qui pèse pour cet argument? Quel phénomène visible par tous se comprend mieux en pensant que le genre des mots entretient le sexisme?

    Il existe une expérience simple et visible:
    demande à des enfants de dessiner "un boucher", "une bouchère", "un instituteur", "une institutrice", "un professeur". Hé bien je pense que 100% des enfants auront dessiné un professeur masculin. Demande leur ensuite de dessiner "une professeur", et je pense que là ils vont dessiner un professeur féminin (ce qui montre que la féminisation du nom fonctionne effectivement pour identifier les femmes professeurs).

    À partir de là, on peut dire qu'il y a 2 effets:
    1) les professeurs sont typiquement des hommes, donc, ils dessinent le truc le plus courant. Mais ça implique que les femmes professeurs sont négligées, ce qui entretient le préjugé (c'est le point de départ des solutions de type "parité obligatoire")
    2) le genre du mot a réellement influencé leur représentation de ce métier (puisque les bouchères elles aussi sont rares)
    Dans les deux cas, la féminisation du mot résout le problème: les femmes professeurs sont désignées par le mot féminisé, et si on demande à l'enfant de dessiner un professeur, c'est normal qu'il dessine un homme.

    Où aurais-je écrit ou laissé entendre que le genre des mots génère le sexisme?

    J'avais p-e mal compris, mais tu disais que tu devais voir plus de sexisme en pays francophone qu'en pays anglosaxon. J'ai du mal à comprendre comment ça peut être le cas si le genre des mots ne génère pas le sexisme.

    Que viens faire l'affirmation que tu trouves tirée par les cheveux?

    Je dis que c'est tiré par les cheveux de considérer que de reconnaitre des tas de petits éléments comme ayant un impact, SAUF le genre des professions, alors que le genre renvoie des notions très très marquées.
    1) La publicité a prouvé que le contexte de représentation a un impact.
    2) L'identité de genre est très fortement reliée à des a priori (virilité et force pour les hommes, douceur et maternité pour les femmes, c'est d'ailleurs utilisé à fond dans les pub).
    3) Par rasoir d'Occam, justement, ce n'est pas cohérent de reconnaître que "la couleur du logo aura un impact sur la représentation de la marque" tandis qu'un élément si chargé en signification serait sans aucun impact.

    À peu près toutes les caractéristiques générales d'une personne sont fortement liés à des préjugés

    Mais "professeur" n'est pas une personne. C'est un concept. Ce qui est dit, c'est que ce concept de professeur est marqué comme étant masculin (et que ça a des répercutions. Par exemple, une femme aimera moins s'orienter vers une carrière de professeur parce qu'elle ne s'identifie pas à un role qu'elle considère inconsciemment comme masculin).
    Reprends l'histoire du test avec les enfants.
    Tu remarques que je demande de dessiner "un boucher", pas "monsieur Robert, le boucher de la rue Machin". Donc, il ne s'agit pas d'une personne.

    Mais tout le monde sait bien que les deux n'ont aucun rapport, au niveau conscient comme inconscient!

    Pourtant, oui, si on demande à des enfants, voire même à des adultes, de fermer les yeux et décrire ce qui leur vient à l'esprit lorsqu'ils pensent à un professeur, ils penseront à un homme.
    Contrairement à un arbre, les métiers désignent des individus et sont en général à double genre: si on me demande de penser à "boucher", je vais penser à un homme, vu que si on voulait me faire penser à une femme, on aurait dit explicitement "bouchère". Du coup, si on me demande de penser à un professeur, par défaut, ce sera un homme, alors que "un professeur" est neutre et devrait donc me faire penser dans 50% des cas à un homme et 50% des cas à une femme.