• [^] # Re: Vote publique

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal "La machine à voter que tout le monde peut tripatouiller". Évalué à 2.

    Moui, je conçois que l'impossibilité de vérification d'un vote acheté soit un frein théorique à la corruption, mais je ne suis pas du tout convaincu que ça en soit un en pratique (après j'ai rien contre le fait d'aimer la théorie, hein).

    Hypothèse 1: on ne s'intéresse qu'aux élections impliquant une masse importante de votants. Sinon de toute façon l'avantage majeur du vote électronique, qui est la facilité/rapidité, s'efface massivement, sans parler du fait qu'on peut "vérifier" relativement facilement: si il me faut acheter 5 voix pour avoir la majorité absolue et qu'au final je ne l'ai pas, ça va pas être super dur d'aller casser la figure aux 5 gugusses que j'ai payés.

    Si je suis acheteur de voix pour cette élection, j'ai un budget qui correspond à la valeur perçue. Comme tout investissement, il y a une part de risque (je ne reçois pas forcément ce que j'ai acheté), qui se transforme en quelque chose d'observable au moment du résultat. Plus la part de risque est faible (jusqu'à tomber à 0 pour le token qui me garantit que je fais ce que je veux), plus le coût d'une unité grimpe (puisque j'ai besoin de moins d'unités pour obtenir le résultat souhaité). Inversement, si je n'obtiens pas ce que je veux, l'investissement baisse puisque le risque est trop grand pour justifier le résultat. C'est typiquement un problème d'assurance: au fil du temps ça converge.
    Le prix d'un vote doit donc refléter au plus près la probabilité que le votant fasse ce à quoi il s'est engagé (sur un panel assez large, je suis convaincu que c'est assez précis).
    Ne pas oublier non plus que personnellement jamais personne ne m'a proposé d'acheter mon vote, ce qui m'incite à penser que les acheteurs de voix ne tapent pas non plus au hasard, mais se concentrent sur les populations les plus "fiables" pour X raisons, et que donc la probabilité en question peut être ajustée à la hausse selon des critères précis qui ont probablement assez peu de rapport avec l'esprit civique, ou l'esprit de contradiction, etc.

    Hypothèse 2: les vendeurs de votes sont susceptibles de vendre lors de plusieurs scrutins

    Maintenant si je suis vendeur de mon vote, il est dans mon intérêt que le prix monte, ou du moins ne baisse pas. Étant donné que si je suis malhonnête dans ma corruption (sic) mon gain baisse statistiquement, j'ai (statistiquement encore) intérêt à respecter le contrat avec l'acheteur.
    Quand on y pense, les sondages sont relativement précis alors même que la personne sondée n'a quasiment aucune raison de dire la vérité (c'est un peu simpliste, il y a des raisons indirectes).

    Bref, tout ça pour dire que je ne suis pas convaincu du tout qu'il n'y ait pas d'achats de votes maintenant alors qu'il n'y a aucune garantie, ni qu'il y en aurait davantage avec une garantie plus forte à l'achat, sous réserve que les échantillons soient suffisamment grands (assez grands pour rendre la cabale anti-acheteur impossible). Et oui, j'ai pleinement conscience de décrire la main invisible du marché de la corruption :D

    En somme, il me semble que s'il fallait sacrifier une des propriétés du vote papier, c'est probablement de loin celle qui m'inquiète le moins (je ne suis toujours pas pour, mais c'est un autre problème :)).