Tu m'apprend quelque chose, c'est la première fois que j’entends parler de cette vision de la gauche.
Ce ne sont pas les médias sous contrôle de la classe dominante qui vont te dire que le Parti Socialiste ne l’est plus, voire même qu’il n’est pas de gauche. La meilleure façon d’éviter d’avoir un pouvoir de gauche, c’est de vendre comme parti de gauche un parti qui ne l’est pas.
Cela dit, as-tu l’impression qu’on soit dans une économie socialiste ?
Bon, j’essaie d’éclairer un peu ma vision des choses.
Au sortir de la seconde guerre mondiale, nous étions dans un système keynésien (capitalisme régulé), qui a permis un certain nombre d’avancées sociales (sécurité sociale, assurance chômage, salaire minimum...). Cela grâce à une combinaison de facteurs favorables : la droite la plus servile avec les puissants sur la touche pour collaboration (la « droite décomplexée » est son retour), le Programme du Conseil national de la Résistance, une forte syndicalisation, la peur du communisme avec le bloc de l’est et le PC à 25 %...
Là, arrivèrent au pouvoir en 1981 les dirigeants du PS. Ils étaient arrivistes, cons et éventuellement socialistes. Ce dernier point étant toutefois important, en tout cas pour la galerie, ils donc ont essayé au début de faire du socialisme, enfin sans remettre en cause les bases de l’économie, et sont arrivés à des problèmes financiers.
Ils ont donc arrêté d’être socialistes pour embrasser la Gestion (de l’État comme une PME dans une économie capitaliste). Donc en 1983, ils ont servi la Crise à la population pour reprendre de l’argent dans la poche de la classe moyenne et des riches (mais pas trop des très riches, et pas encore des pauvres, qui votaient encore pour eux à l’époque).
Depuis, ils ont voulu « moderniser l’économie », et ils ont appliqué en France les contre-réformes appliquées dans les autres pays... par des gouvernements de droite dure : privatisations massives, dérégulation de l’économie capitaliste, généralisation du libre échange (c’est-à-dire la mise en concurrence internationale des salaires, des systèmes sociaux, des normes environnementales et des systèmes fiscaux au bénéfice principal des plus riches) avec en particulier la construction d’une Europe ultralibérale (dont le libre échange est un principe de base non seulement en interne, mais même avec des pays qui eux pratiquent le protectionnisme).
Ces cons, trop bêtes pour comprendre le keynésianisme (ou trop occupés à servir leurs ambitions personnelles pour essayer) ont en bonne partie contribué à la libéralisation du capitalisme et à l’inversion de l’ascenseur social en France.
Bon, à une époque, ils ont quand même mis un peu de vaseline sociale (35 h, RMI...) pour faire passer ça et puis ils font des réformes sociétales (abolition de la peine de mort, mariage pour tous...) pour avoir l’air de gauche (mais là, on est sur l’axe sociétal, pas du tout sur l’axe économique).
Le problème est que la dérégulation du capitalisme n’est pas une dégradation ponctuelle, mais une dynamique de dégradation. Pour faire plus court que Karl Marx, je dirais que le capitalisme libéral fonctionne comme le Monopoly : l’augmentation de l’exclusion et l’appauvrissement du plus grand nombre en est la conséquence normale, simplement par ce qu’il y a une limite à ce qu’on peut gagner par le travail (sauf pour quelques cas particuliers), mais aucune à ce qu’on peut gagner avec le capital. Comme il y a aussi une limite à ce qu’on peut dépenser, mécaniquement, les plus riches s’enrichissent de plus en plus, au détriment des autres. D’ailleurs, se retrouver avec des riches riches, des pauvres très pauvres et une petite classe moyenne ne sera que le retour à la situation normale du moyen-âge ou du 19ème siècle : la majorité qui vivote avec ce qu’une petite minorité de très puissants veulent bien lui laisser (qui ce soit l’aristocratie ou la haute bourgeoisie n’est presque qu’un détail).
Le dernier changement est dû au remplacement de la droite (encore un peu) gaulliste par la « droite décomplexée », qui se fout complètement de couler l’État pour peu qu’elle serve ses amis ultra-riches. Elle sait qu’elle peut compter sur le parti gestionnaire pour renflouer l’État en serrant la ceinture de la classe moyenne et des pauvres (de toute façon, ils ne votent plus pour eux, alors...).
Et chaque alternance se solde par un décalage à droite du référentiel politique français.
Problème corollaire à cette belle évolution de notre société : l’exclusion est le terreau idéal pour le recrutement par les intégristes de tout poil, y compris ceux qui ont des visées terroristes. Et on finit par des lois liberticides au prétexte de lutter contre un phénomène dû en bonne partie aux politiques calamiteuses menées par nos gouvernements.
Bon, je sais que tout le monde n’adhérera pas à ma vision des choses, mais posez-vous la question : si vous ne baigniez pas dedans, la soupe qu’on vous sert tout les soirs à 20 h serait-elle plus crédible ?
« Le fascisme c’est la gangrène, à Washington comme en Russie. » — adapté de Renaud, Hexagone
[^] # PS et autres
Posté par Arthur Accroc . En réponse au journal La vie privé connectée disparait de France. Évalué à 8.
Ce ne sont pas les médias sous contrôle de la classe dominante qui vont te dire que le Parti Socialiste ne l’est plus, voire même qu’il n’est pas de gauche. La meilleure façon d’éviter d’avoir un pouvoir de gauche, c’est de vendre comme parti de gauche un parti qui ne l’est pas.
Cela dit, as-tu l’impression qu’on soit dans une économie socialiste ?
Bon, j’essaie d’éclairer un peu ma vision des choses.
Au sortir de la seconde guerre mondiale, nous étions dans un système keynésien (capitalisme régulé), qui a permis un certain nombre d’avancées sociales (sécurité sociale, assurance chômage, salaire minimum...). Cela grâce à une combinaison de facteurs favorables : la droite la plus servile avec les puissants sur la touche pour collaboration (la « droite décomplexée » est son retour), le Programme du Conseil national de la Résistance, une forte syndicalisation, la peur du communisme avec le bloc de l’est et le PC à 25 %...
Là, arrivèrent au pouvoir en 1981 les dirigeants du PS. Ils étaient arrivistes, cons et éventuellement socialistes. Ce dernier point étant toutefois important, en tout cas pour la galerie, ils donc ont essayé au début de faire du socialisme, enfin sans remettre en cause les bases de l’économie, et sont arrivés à des problèmes financiers.
Ils ont donc arrêté d’être socialistes pour embrasser la Gestion (de l’État comme une PME dans une économie capitaliste). Donc en 1983, ils ont servi la Crise à la population pour reprendre de l’argent dans la poche de la classe moyenne et des riches (mais pas trop des très riches, et pas encore des pauvres, qui votaient encore pour eux à l’époque).
Depuis, ils ont voulu « moderniser l’économie », et ils ont appliqué en France les contre-réformes appliquées dans les autres pays... par des gouvernements de droite dure : privatisations massives, dérégulation de l’économie capitaliste, généralisation du libre échange (c’est-à-dire la mise en concurrence internationale des salaires, des systèmes sociaux, des normes environnementales et des systèmes fiscaux au bénéfice principal des plus riches) avec en particulier la construction d’une Europe ultralibérale (dont le libre échange est un principe de base non seulement en interne, mais même avec des pays qui eux pratiquent le protectionnisme).
Ces cons, trop bêtes pour comprendre le keynésianisme (ou trop occupés à servir leurs ambitions personnelles pour essayer) ont en bonne partie contribué à la libéralisation du capitalisme et à l’inversion de l’ascenseur social en France.
Bon, à une époque, ils ont quand même mis un peu de vaseline sociale (35 h, RMI...) pour faire passer ça et puis ils font des réformes sociétales (abolition de la peine de mort, mariage pour tous...) pour avoir l’air de gauche (mais là, on est sur l’axe sociétal, pas du tout sur l’axe économique).
Le problème est que la dérégulation du capitalisme n’est pas une dégradation ponctuelle, mais une dynamique de dégradation. Pour faire plus court que Karl Marx, je dirais que le capitalisme libéral fonctionne comme le Monopoly : l’augmentation de l’exclusion et l’appauvrissement du plus grand nombre en est la conséquence normale, simplement par ce qu’il y a une limite à ce qu’on peut gagner par le travail (sauf pour quelques cas particuliers), mais aucune à ce qu’on peut gagner avec le capital. Comme il y a aussi une limite à ce qu’on peut dépenser, mécaniquement, les plus riches s’enrichissent de plus en plus, au détriment des autres. D’ailleurs, se retrouver avec des riches riches, des pauvres très pauvres et une petite classe moyenne ne sera que le retour à la situation normale du moyen-âge ou du 19ème siècle : la majorité qui vivote avec ce qu’une petite minorité de très puissants veulent bien lui laisser (qui ce soit l’aristocratie ou la haute bourgeoisie n’est presque qu’un détail).
Le dernier changement est dû au remplacement de la droite (encore un peu) gaulliste par la « droite décomplexée », qui se fout complètement de couler l’État pour peu qu’elle serve ses amis ultra-riches. Elle sait qu’elle peut compter sur le parti gestionnaire pour renflouer l’État en serrant la ceinture de la classe moyenne et des pauvres (de toute façon, ils ne votent plus pour eux, alors...).
Et chaque alternance se solde par un décalage à droite du référentiel politique français.
Problème corollaire à cette belle évolution de notre société : l’exclusion est le terreau idéal pour le recrutement par les intégristes de tout poil, y compris ceux qui ont des visées terroristes. Et on finit par des lois liberticides au prétexte de lutter contre un phénomène dû en bonne partie aux politiques calamiteuses menées par nos gouvernements.
Bon, je sais que tout le monde n’adhérera pas à ma vision des choses, mais posez-vous la question : si vous ne baigniez pas dedans, la soupe qu’on vous sert tout les soirs à 20 h serait-elle plus crédible ?
« Le fascisme c’est la gangrène, à Washington comme en Russie. » — adapté de Renaud, Hexagone