• [^] # Re: Contradiction

    Posté par (Mastodon) . En réponse au journal Le Code Civil sur Github. Évalué à 3.

    Une explication de texte s'impose, parce que je crois que tu as compris cet extrait complètement de travers.

    Je vais te dire comment je l'ai compris. Parce qu'il faut le replacer dans le contexte global de l'article. Avant cet extrait, Chouard fait une longue tirade sur la notion de racisme en expliquant qu'il n'y a pas de personnes racistes, il n'y a que des paroles ou actes racistes. Pourquoi fait-il cette précision ? Parce que dans l'article qui précède (celui en lien un peu plus haut), il fait semblant de se distancier de Soral en disant qu'il est raciste (j'abrège, c'est plus compliqué et en fait, il est beaucoup plus soft). Du coup, si je résume le raisonnement à ce moment de l'article, ça donne : «Soral n'est pas raciste, c'est juste qu'il dit des trucs racistes». Et là arrive notre extrait.

    Et si l’expression extrême droite désigne simplement, comme je pense que nous devrions le décider, la droite extrême, je pense qu’elle est déjà AU POUVOIR en ce moment

    Hop, petite tactique de diversion. On passe de «raciste» à «extrême-droite». Et on monte un bel homme de paille. On peut, comme c'est mon cas, ne pas être d'accord avec la politique du gouvernement actuel, considérer que c'est une politique de droite, considérer que c'est la même que celle du précédent, considérer qu'il y a des bons morceaux d'autoritarisme parfois, mais quand même, les mettre dans le panier de l'extrême-droite, il y a un grand pas. Surtout que l'extrême-droite et la droite extrême, ce n'est pas tout à fait la même chose. Historiquement, elles n'ont pas les mêmes racines et la même idéologie (voir les analyses de Jean-Yves Camus par exemple). De nos jours, les frontières se fissurent (souvent par opportunisme) mais il reste quand même quelques différences entre les deux.

    et que les chiffons rouges (Soral, Le Pen, etc.) qu’on agite frénétiquement devant nous dans toutes nos discussions servent de LEURRES

    Là, il y a opposition entre l'extrême-droite, confondue avec la droite extrême de la phrase précédente, et les «chiffons rouges» qui donc ne seraient pas d'extrême-droite, ni de droite extrême, eux. Eux, ce sont des leurres, ce n'est pas la vraie extrême-droite finalement, c'est ce que Chouard nous dit (et c'est ta conclusion aussi). En quoi ? On ne le saura sans doute pas. Mais bon, après avoir changé la définition de raciste et de extrême-droite, Soral et Le Pen ne sont ni racistes, ni extrême-droite. La confusion à son paroxysme !

    qui nous distraient de l’essentiel et qui nous empêchent — littéralement — de penser et de progresser.

    Finalement, Soral et Le Pen ne sont pas dangereux, les dangereux, ils sont au gouvernement. Donc, ne regardez pas trop par là, ce n'est pas important. Et il continue son article dans cette veine. Finalement, citer Soral, ce n'est pas grave, puisqu'il n'est pas raciste et que ce n'est pas là qu'on devrait regarder. Et après, quand même, il prétend «combattre le fascisme», mais donner la parole à des fascistes notoires n'a pas l'air de le gêner, ni réhabiliter Le Pen et Soral. Drôle de façon de combattre le fascisme.

    Donc, ouais, on n'a pas la même lecture. Mais j'ai tendance à penser que ma lecture est moins naïve que la tienne. Et c'est bien là le problème, c'est qu'il y a tellement de confusion, à vouloir tout redéfinir de sorte que plus rien ne veut rien dire, qu'on peut se laisser berner. Redéfinir des termes comme «raciste» et «extrême-droite», c'est quand même pas anodin alors qu'il y a quand même pas mal de littérature à ce sujet. Chouard est soit naïf, soit machiavélique. Dans les deux cas, il sert la soupe à Soral et ses copains, mais je ne sais pas lequel est le pire.