Effectivement, c'est un tableau général, après il existe des cas particuliers. Les 3 infections bactériennes que tu cites (auxquelles on peut ajouter la coqueluche) ont des particularités : on vaccine, pour deux d'entre elles, contre la toxine et non contre la bactérie en elle-même.
Pour la tuberculose, c'est une bactérie très particulière : le Bacille de Koch appartient à la famille des mycobactéries, caractérisées par une paroi très résistante et très étanche. Ceci a plusieurs conséquences : d'une part, le BK a un métabolisme lent car les métabolites franchissent mal cette paroi. En contrepartie, les antibiotiques la franchissent mal aussi et c'est pourquoi un traitement antituberculeux dure au moins 6 mois. Ceci explique aussi le caractère lent de la tuberculose : alors que la plupart des infections bactériennes sont pliées en une semaine, la tuberculose dure plusieurs mois.
D'autre part, la paroi rend le BK résistant à la phagocytose, qui est le principal mécanisme de défense inné. En effet, une fois phagocyté, le BK résiste aux acides et aux enzymes de la vésicule de phagocytose (le phagolysosome).
Du coup, l'immunité innée marche assez mal sur la tuberculose. On a donc développé un vaccin, qui n'est pas d'une grande efficacité contre la tuberculose pulmonaire, la plus fréquente et la plus connue (il ne réduit son incidence que de 50%, donc c'est pas fou). En fait, là où le vaccin marche bien, c'est dans la prévention des formes rares et moins connues du grand public : les tuberculoses foudroyantes (miliaire, méningite tuberculeuse). Ces formes sont plus fréquentes chez l'enfant et les personnes immunodéprimées, c'est pourquoi le vaccin n'est pas recommandé chez l'adulte. Au lieu d'empêcher d'avoir la tuberculose, le vaccin donne le temps de la traiter.
Mais surtout, ces infections bactériennes sont assez spécifiques et sont à transmission principalement interhumaine. Les bactéries de l'environnement (hors tétanos) donnent des infections beaucoup plus stéréotypées et peu dépendantes du type de bactérie impliqué : abcès pour une infection localisée, diarrhée-vomissements pour une infection digestive. La réponse à ces infections est tout aussi stéréotypée. C'est en ça que ça ne sert pas à grand chose de tenter de s'immuniser contre les bactéries de l'environnement. En fait, l'organisme n'essaie même pas : si tu survis à un tétanos, tu restes sensible au tétanos ! Ce qui fait que tu t'immunises, ce sont les adjuvants, la magie noire du vaccin qui te fait te sentir super mal, mais qui dit à ton corps "je suis accroché à un trrrrrès méchant composé, faites vite des anticorps contre lui !".
Pire : ce n'est pas parce que tu es immunisé à un agent A que tu es immunisé à ses apparentés : l'immunité n'est pas, ou peu, transposable. La preuve : il faut se revacciner contre la grippe tous les ans1.
De façon générale, il faut se poser la question de la pertinence de tenter de s'exposer pour s'immuniser. l'intérêt de l'immunité est de dire "si je rencontre cet agent, je n'y serai pas sensible". Mais si tu t'y exposes, tu y es sensible la première fois. C'est un peu comme si, pour ignifuger une maison, on y mettait le feu : c'est sûr que ce qui restera ne sera pas inflammable. Ce n'est pas pour autant une bonne idée de provoquer l'événement à éviter2.
1 : Là encore, j'ai simplifié pour la concision. La réalité est que les anticorps ciblés contre un agent A se fixeront, en faible quantité, à un agent A'. C'est donc une question de quantité d'anticorps. Un vaccin permet de produire une quantité faible mais suffisante d'anticorps. Une authentique infection fait produire une quantité largement excédentaire d'anticorps, et donc il s'en fixera suffisamment à l'agent A' pour le détruire aussi. Du coup, si on a chopé la grippe l'année X et que le virus n'a pas trop muté, il n'est pas nécessaire de se vacciner l'année X+1.
2 : C'est, là encore, une simplification pour la concision. Il y a un exemple de pathologie qu'il vaut mieux attraper dans l'enfance : la varicelle. La varicelle de l'enfant, bien que bénigne, n'est pas grave (sauf chez le nouveau-né), et elle est macroscopiquement immunisante (le virus persiste dans l'organisme à vie, mais les symptômes ne reviendront jamais). La varicelle de l'adulte, elle, présente un risque élevé de complications graves, pouvant mener au décès, c'est pourquoi on vaccine les jeunes parents qui n'ont pas eu la varicelle dans l'enfance. C'est, je crois, le seul exemple de maladie qu'on bénéficie à attraper tôt.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.
[^] # Re: A t-on le choix ?
Posté par Liorel . En réponse au sondage Filaire vs sans-fil. Évalué à 4.
Effectivement, c'est un tableau général, après il existe des cas particuliers. Les 3 infections bactériennes que tu cites (auxquelles on peut ajouter la coqueluche) ont des particularités : on vaccine, pour deux d'entre elles, contre la toxine et non contre la bactérie en elle-même.
Pour la tuberculose, c'est une bactérie très particulière : le Bacille de Koch appartient à la famille des mycobactéries, caractérisées par une paroi très résistante et très étanche. Ceci a plusieurs conséquences : d'une part, le BK a un métabolisme lent car les métabolites franchissent mal cette paroi. En contrepartie, les antibiotiques la franchissent mal aussi et c'est pourquoi un traitement antituberculeux dure au moins 6 mois. Ceci explique aussi le caractère lent de la tuberculose : alors que la plupart des infections bactériennes sont pliées en une semaine, la tuberculose dure plusieurs mois.
D'autre part, la paroi rend le BK résistant à la phagocytose, qui est le principal mécanisme de défense inné. En effet, une fois phagocyté, le BK résiste aux acides et aux enzymes de la vésicule de phagocytose (le phagolysosome).
Du coup, l'immunité innée marche assez mal sur la tuberculose. On a donc développé un vaccin, qui n'est pas d'une grande efficacité contre la tuberculose pulmonaire, la plus fréquente et la plus connue (il ne réduit son incidence que de 50%, donc c'est pas fou). En fait, là où le vaccin marche bien, c'est dans la prévention des formes rares et moins connues du grand public : les tuberculoses foudroyantes (miliaire, méningite tuberculeuse). Ces formes sont plus fréquentes chez l'enfant et les personnes immunodéprimées, c'est pourquoi le vaccin n'est pas recommandé chez l'adulte. Au lieu d'empêcher d'avoir la tuberculose, le vaccin donne le temps de la traiter.
Mais surtout, ces infections bactériennes sont assez spécifiques et sont à transmission principalement interhumaine. Les bactéries de l'environnement (hors tétanos) donnent des infections beaucoup plus stéréotypées et peu dépendantes du type de bactérie impliqué : abcès pour une infection localisée, diarrhée-vomissements pour une infection digestive. La réponse à ces infections est tout aussi stéréotypée. C'est en ça que ça ne sert pas à grand chose de tenter de s'immuniser contre les bactéries de l'environnement. En fait, l'organisme n'essaie même pas : si tu survis à un tétanos, tu restes sensible au tétanos ! Ce qui fait que tu t'immunises, ce sont les adjuvants, la magie noire du vaccin qui te fait te sentir super mal, mais qui dit à ton corps "je suis accroché à un trrrrrès méchant composé, faites vite des anticorps contre lui !".
Pire : ce n'est pas parce que tu es immunisé à un agent A que tu es immunisé à ses apparentés : l'immunité n'est pas, ou peu, transposable. La preuve : il faut se revacciner contre la grippe tous les ans1.
De façon générale, il faut se poser la question de la pertinence de tenter de s'exposer pour s'immuniser. l'intérêt de l'immunité est de dire "si je rencontre cet agent, je n'y serai pas sensible". Mais si tu t'y exposes, tu y es sensible la première fois. C'est un peu comme si, pour ignifuger une maison, on y mettait le feu : c'est sûr que ce qui restera ne sera pas inflammable. Ce n'est pas pour autant une bonne idée de provoquer l'événement à éviter2.
1 : Là encore, j'ai simplifié pour la concision. La réalité est que les anticorps ciblés contre un agent A se fixeront, en faible quantité, à un agent A'. C'est donc une question de quantité d'anticorps. Un vaccin permet de produire une quantité faible mais suffisante d'anticorps. Une authentique infection fait produire une quantité largement excédentaire d'anticorps, et donc il s'en fixera suffisamment à l'agent A' pour le détruire aussi. Du coup, si on a chopé la grippe l'année X et que le virus n'a pas trop muté, il n'est pas nécessaire de se vacciner l'année X+1.
2 : C'est, là encore, une simplification pour la concision. Il y a un exemple de pathologie qu'il vaut mieux attraper dans l'enfance : la varicelle. La varicelle de l'enfant, bien que bénigne, n'est pas grave (sauf chez le nouveau-né), et elle est macroscopiquement immunisante (le virus persiste dans l'organisme à vie, mais les symptômes ne reviendront jamais). La varicelle de l'adulte, elle, présente un risque élevé de complications graves, pouvant mener au décès, c'est pourquoi on vaccine les jeunes parents qui n'ont pas eu la varicelle dans l'enfance. C'est, je crois, le seul exemple de maladie qu'on bénéficie à attraper tôt.
Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.