• [^] # Re: Comment cela fonctionne ?

    Posté par . En réponse au journal Participation communautaire sur un texte de loi qui va être proposé. Évalué à 9.

    Comme un forum : tu t'inscris, tu postes, tu espères être lu. Le niveau des contributions est assez élevé, et reflète bien les clivages sur ce sujet. Il est difficile d'y répondre sans connaître le sujet : en ce sens, on pourrait parler d'une loi faite par des médecins/soignants (avec une forte prédominance de médecins) et des juristes, pour des médecins/soignants et des juristes.

    Sur la forme, je trouve le principe intéressant et j'aimerais qu'ils l'étendent à plus de propositions de loi, notamment les lois qu'on nous pond régulièrement sur Internet.

    Sur le fond, je trouve la loi actuelle assez bien fichue, et j'ai peur que celle en préparation vienne nous casser cet équilibre. Certes, on est parfois confrontés à des situations complexes, avec une famille qui se divise sur les soins à apporter au patient en fin de vie, mais je pense que les directives anticipées sont une fausse bonne idée pour répondre à ce problème.
    Pour rappel, les directives anticipées, c'est le fait de donner des indications sur votre fin de vie alors que vous n'êtes pas encore malade, au cas où vous tomberiez malade. Elles peuvent être données 10 ans comme 10 jours avant la situation critique, et c'est là le problème : vous avez le temps de changer 3 fois d'avis dans cet intervalle. Les études le montrent assez bien : quand on demande à des personnes valides si elles demanderaient l'euthanasie dans le cas où elles subiraient un handicap donné, elles répondent "oui" dans une proportion considérable, bien plus élevée que celle de ceux qui demandent réellement l'euthanasie parmi les personnes effectivement soumises au handicap (TL;DR : proportion de personnes répondant "oui" à la question "demanderiez-vous à être euthanasié si vous étiez tétraplégique ?" : 40% ; proportion de tétraplégiques demandant l'euthanasie : à tout casser 1%). Le truc, c'est qu'une fois écrites, ces directives anticipées sont facilement oubliées et ça fait des gens qui changent d'avis, qui ne sont pas en mesure de l'exprimer et des médecins en situation d'insécurité juridique parce qu'ils refusent d'appliquer les directives anticipées (à l'heure actuelle, les directives anticipées n'ont de valeur qu'en tant qu'indication, sans caractère contraignant).

    Pour l'euthanasie et la sédation profonde, on retrouve le problème des directives anticipées. On retrouve deux profils qui demandent l'euthanasie : des personnes avec des troubles psychologiques et des personnes en situation de grande douleur. La douleur, ça se traite, et les traitements font quasi-disparaître les demandes d'euthanasie. Les troubles psychologiques, c'est plus compliqué. Certaines en viennent à refuser la morphine parce que "c'est mauvais pour la santé" et à demander l'euthanasie parce que la douleur est intolérable. On a enfin un profil spécifique, celui qu'on pourrait qualifier de "suicide stoïcien", qui désire mourir parce que la vie ne vaut plus d'être vécue, mais celui-ci est rarissime en pratique, quoique très médiatisé (et on trouve parfois aussi une dépression sous-jacente).

    Bref, au total, l'état actuel me convient bien.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.