Comment répondre quand des propos publics sont déloyaux ? C'est simple : il n'y a pas de solution générale, et souvent pas de solution du tout.
Je suis plus souvent confronté à ce problème indirectement que directement, généralement en écoutant la radio ou dans la presse. Un bon exemple est l'affaire du rapport médical sur V. Bettencourt rédigé par une femme médecin proche d'un des magistrats instructeurs. J'ai entendu et lu plusieurs personnalités affirmer qu'elle avait ausculté la vieille dame. Cela semble la suite logique de la phrase précédente, alors que c'est une manipulation longue à réfuter. Cette femme a en fait rédigé le rapport qui synthétise les comptes-rendus de plusieurs spécialistes, lesquels ont validé cette synthèse. Elle-même est médecin légiste, et n'a donc pas de raison d'ausculter un vivant. Pour comprendre le mensonge, il faut expliquer la complexité de la situation. Pour des manipulations sur des sujets plus difficiles, comme les statistiques de l'immigration, exposer la tricherie demande encore plus de travail et d'argumentation raisonnée. Même un journaliste consciencieux n'a aucun espoir face à un hâbleur malhonnête.
L'agressivité des propos ou leur malhonnêteté ne sont pas les seuls facteurs. Bien souvent, il faut lutter contre le bon sens et les bonnes intentions. Le cas d'école est selon moi l'édito du Monde sur la mort de Mandela, intitulé « L'irrésistible force de la non-violence ». La directrice du journal, journaliste aguerrie, y faisait de Mandela un disciple zélé de Gandhi, un chantre de la non-violence en Afrique du Sud, où la lutte armée de l'ANC se serait faite malgré lui. Cela colle parfaitement à l'icône médiatique, à cette vague d'adoration qui a submergé le monde entier (sauf Israël), mais c'est complètement faux. Mandela abandonna la résistance civile de Gandhi qu'il jugeait inefficace. Il demanda à la direction de l'ANC la création d'une branche armée dont il devint le chef, et engagea une politique d'attaques armées et d'attentats. La première fois que je racontais cela, mon interlocuteur fut persuadé que j'affabulais, c'était trop incompatible avec le discours ambiant.
[^] # Re: Comment répondre ?
Posté par rogo . En réponse à la dépêche Comment réfuter. Évalué à 2.
Comment répondre quand des propos publics sont déloyaux ? C'est simple : il n'y a pas de solution générale, et souvent pas de solution du tout.
Je suis plus souvent confronté à ce problème indirectement que directement, généralement en écoutant la radio ou dans la presse. Un bon exemple est l'affaire du rapport médical sur V. Bettencourt rédigé par une femme médecin proche d'un des magistrats instructeurs. J'ai entendu et lu plusieurs personnalités affirmer qu'elle avait ausculté la vieille dame. Cela semble la suite logique de la phrase précédente, alors que c'est une manipulation longue à réfuter. Cette femme a en fait rédigé le rapport qui synthétise les comptes-rendus de plusieurs spécialistes, lesquels ont validé cette synthèse. Elle-même est médecin légiste, et n'a donc pas de raison d'ausculter un vivant. Pour comprendre le mensonge, il faut expliquer la complexité de la situation. Pour des manipulations sur des sujets plus difficiles, comme les statistiques de l'immigration, exposer la tricherie demande encore plus de travail et d'argumentation raisonnée. Même un journaliste consciencieux n'a aucun espoir face à un hâbleur malhonnête.
L'agressivité des propos ou leur malhonnêteté ne sont pas les seuls facteurs. Bien souvent, il faut lutter contre le bon sens et les bonnes intentions. Le cas d'école est selon moi l'édito du Monde sur la mort de Mandela, intitulé « L'irrésistible force de la non-violence ». La directrice du journal, journaliste aguerrie, y faisait de Mandela un disciple zélé de Gandhi, un chantre de la non-violence en Afrique du Sud, où la lutte armée de l'ANC se serait faite malgré lui. Cela colle parfaitement à l'icône médiatique, à cette vague d'adoration qui a submergé le monde entier (sauf Israël), mais c'est complètement faux. Mandela abandonna la résistance civile de Gandhi qu'il jugeait inefficace. Il demanda à la direction de l'ANC la création d'une branche armée dont il devint le chef, et engagea une politique d'attaques armées et d'attentats. La première fois que je racontais cela, mon interlocuteur fut persuadé que j'affabulais, c'était trop incompatible avec le discours ambiant.