C'est une question intéressante, parce qu'on peut creuser un peu.
Si on parle d'un point de vue strictement matérialiste et qu'on élimine "magiquement" toute leur descendance, certes, on risque d'avoir un effet. En remontant à l'époque de la grotte de Lascaux (environ 1000 générations), on peut (presque) séparer l'humanité en deux catégories : les gens qui sont des ancêtres de tous les humains actuels, et les gens qui ne sont les ancêtres de personne. Du coup, si on élimine un gusse au pif, soit tout le monde disparait, soit il ne se passe rien.
Si on s'intéresse à la part de leur génome qu'ils ont laissée, c'est plus mitigé. La taille de population efficace de l'humanité est descendue sous les 30000 à une période de la préhistoire, et en règle générale, elle se situe dans la norme pour les primates, sous les 100000. Ça veut dire quand même que si ces 100000 individus ont contribué équitablement en moyenne au génome d'un individu contemporain, ça ne fait pas lourd : on a environ 30000 gènes différents (en double si on considère un génome diploïde), et pour la plupart des gènes, en désactiver un ne risque pas de changer grand chose (on a tous des centaines de gènes qui ne sont pas fonctionnel, et la plupart du temps, ça ne pose pas de problème particulier).
Si maintenant on s'intéresse à l'effet statistique (c'est à dire qu'on se fout complètement de leur contribution particulière, mais qu'on imagine qu'ils auraient été remplacés par un autre quidam s'ils avaient été stériles ou morts prématurément), leur contribution ne serait significative que si la "normalité" avait une composante génétique (par "normalité", j'entends la normalité sociale dont on parle, c'est à dire la propension à mener une vie normale sans postérité intellectuelle, et à tenter d'empêcher les autres de faire autrement). On pourrait considérer naïvement qu'en éliminant ces gènes de la population, on aurait actuellement des êtres humains beaucoup plus dynamiques et beaucoup moins contrôlables, qui ne seraient pas écrasés par une masse réactionnaire. Cependant, je doute que ce soit réaliste, j'imagine qu'un équilibre existe dans le partage des rôles. D'une part parce qu'une société ne peut pas supporter une masse trop grande de "non-productifs", parce qu'il faut bien faire manger tout ce petit monde, mais surtout parce que ces "rôles" sociaux sont très probablement une affaire d'opportunités, et qu'il ne peut pas exister de rôles vides.
[^] # Re: But de l'exploration spatiale
Posté par arnaudus . En réponse au journal L'astronomie à la portée de tous : Philae. Évalué à 5.
C'est une question intéressante, parce qu'on peut creuser un peu.
Si on parle d'un point de vue strictement matérialiste et qu'on élimine "magiquement" toute leur descendance, certes, on risque d'avoir un effet. En remontant à l'époque de la grotte de Lascaux (environ 1000 générations), on peut (presque) séparer l'humanité en deux catégories : les gens qui sont des ancêtres de tous les humains actuels, et les gens qui ne sont les ancêtres de personne. Du coup, si on élimine un gusse au pif, soit tout le monde disparait, soit il ne se passe rien.
Si on s'intéresse à la part de leur génome qu'ils ont laissée, c'est plus mitigé. La taille de population efficace de l'humanité est descendue sous les 30000 à une période de la préhistoire, et en règle générale, elle se situe dans la norme pour les primates, sous les 100000. Ça veut dire quand même que si ces 100000 individus ont contribué équitablement en moyenne au génome d'un individu contemporain, ça ne fait pas lourd : on a environ 30000 gènes différents (en double si on considère un génome diploïde), et pour la plupart des gènes, en désactiver un ne risque pas de changer grand chose (on a tous des centaines de gènes qui ne sont pas fonctionnel, et la plupart du temps, ça ne pose pas de problème particulier).
Si maintenant on s'intéresse à l'effet statistique (c'est à dire qu'on se fout complètement de leur contribution particulière, mais qu'on imagine qu'ils auraient été remplacés par un autre quidam s'ils avaient été stériles ou morts prématurément), leur contribution ne serait significative que si la "normalité" avait une composante génétique (par "normalité", j'entends la normalité sociale dont on parle, c'est à dire la propension à mener une vie normale sans postérité intellectuelle, et à tenter d'empêcher les autres de faire autrement). On pourrait considérer naïvement qu'en éliminant ces gènes de la population, on aurait actuellement des êtres humains beaucoup plus dynamiques et beaucoup moins contrôlables, qui ne seraient pas écrasés par une masse réactionnaire. Cependant, je doute que ce soit réaliste, j'imagine qu'un équilibre existe dans le partage des rôles. D'une part parce qu'une société ne peut pas supporter une masse trop grande de "non-productifs", parce qu'il faut bien faire manger tout ce petit monde, mais surtout parce que ces "rôles" sociaux sont très probablement une affaire d'opportunités, et qu'il ne peut pas exister de rôles vides.