Depuis les débuts des distributions Linux, nous entendons sans cesse la question de la réussite future ou non de celles-ci sur le bureau informatique. Je pense qu'en réalité nous devrions nous poser la question : l'informatique est-elle elle même prête pour le bureau ?
C'est vrai que d'un point de vue commercial Microsoft et Apple battent des records. Cette question devrait paraître ridicule en conséquence. Mais personnellement je ne suis pas convaincu qu'un succès commercial soit en corrélation avec la simplicité d'utilisation, bien au contraire il y a typiquement : le besoin qui est tellement grand qu'il incite à l'acquisition d'ordinateurs, le marketing qui vend pour n'importe quel produit du rêve, ou encore parfois la chance qui est une compilation d'être au bon endroit, au bon moment pour s'introduire sur le marché et Microsoft comme Apple ont su saisir les opportunités voire mê me les créer.
Soit, malgré tout ce n'est pas de cela dont je voulais parler. La question revient à dire : est-ce que Windows et Mac OS X sont aussi prêts pour un usage quotidien pour le commun des mortels ou pas vraiment ?
Commençons par Microsoft, tout d'abord il faut souligner les progrès importants depuis une décennie dans la sécurité de Windows. C'est un point indéniable dans le bon sens pour éviter les tracas de base mais pas suffisant.
Pourquoi Windows est un échec sur le bureau :
Les périphériques mettent 20 ans à être opérationnels. Quand on branche un périphérique USB comme une webcam, une télécommande sans-fil, un téléphone, une souris, ou autre c'est la même histoire, il va vérifier sur Windows Update les pilotes adéquats ce qui prend du temps et s'il y arrive (car il échoue parfois) on peut enfin utiliser le dispositif. Est-ce normal en 2014 qu'une clé USB ou une souris USB standard mettent autant de temps à être utilisables ? Surtout que ces périphériques devraient avoir un pilote générique utilisable directement pour éventuellement avoir un pilote plus performant quand il sera disponible.
Les mises à jour qui foirent, qui rendent difficile la récupération. Et qui ne concerne que les applications Microsoft ce qui signifie que les autres applications doivent vérifier eux même les mises à jour ce qui consomme des ressources et agace l'utilisateur car il a 20 000 icônes prêts de l'horloge pour lui signaler la disponibilité d'une mise à jour pour Flash, Java, Adobe Reader, autres...
L'utilisateur ayant une connaissance de la sécurité accrue, vérifie systématiquement le certificat de Amazon.com, installe tout depuis warez.com et s'étonne du ralentissement du démarrage quand il a plein de cochonneries au démarrage qui se lancent.
L'utilisateur aimant le changement, il ne sait pas apprécier le passage de Gnome 2 à 3 mais il apprécie le changement de Windows 7 à 8 mais aussi de Office 2003 à 2007, ou pas. En réalité les utilisateurs n'aiment pas le changement et ces changements incessants de l'interface provoquent une quantité incroyable de formation à donner et beaucoup de frustrations aux utilisateurs.
Etc.
Avant de poursuivre, certains ont certainement préparé une liste de défauts des systèmes à base du noyau Linux. Je sais d'avance que certains problèmes de Windows se rencontrent déjà dans Linux (oui le changement d'interface tous les 4 matins cela arrive) et d'autres qui arriveraient si Linux serait dominant sur le marché. Cela est vrai aussi. Oui Linux a des défauts par moment. Mais ce que je cherche à montrer c'est que les problèmes de Windows existent aussi et que les utilisateurs ne sont pas forcément satisfaits.
On nous vend Windows et Mac OS X comme des systèmes nœudnœuds proof, où chaque utilisateur est ébahit par leur élégance, sécurité et simplicité. Je pense qu'à part l'élégance, le reste est bien faux. Les SAV et forums sur Internet en témoignent : les problèmes de Windows et Mac OS X sont légions, et la plupart de leurs utilisateurs sont bien incapables de les résoudre par eux même. La majorité des utilisateurs a peur de chercher dans les menus les options qui pourraient les aider à utiliser le logiciels, à chaque déplacement de bouton ils perdent tous leurs repères, quand une erreur s'affiche il ne lise même pas et n'essaye pas d'y résoudre. Cela se vérifie au quotidien, je suis sûr qu'ici et ailleurs les passionnés d'informatique se font souvent harcelés par leur famille pour résoudre les problèmes obscurs de Windows, Mac OS X, Android, Linux, FreeBSD ou Plan 9...
Donc oui, Linux n'est pas prêt pour le bureau car si GDM plante il sera bien démuni après une mise à jour, mais lors d'une migration de Office 2003 à 2007, est-ce qu'il était content ? Est-ce que sous Windows il a vraiment une plus grande assurance, une plus grande maitrise de ses actes et un plus grand confort ? Je n'en suis pas persuadé. Ceux qui y arrivent sous Windows sont à même de le faire sous Linux car ces gens là sont considérés comme des powers users, les gens qui savent lire et suivre des instructions simples sur Internet sont aptes à aller sous Linux, les mêmes qui sont aptes à être autonome sous Windows.
Quand même des ingénieurs en informatiques peuvent avoir des difficultés à manipuler l'outil de leur quotidien, quel que soit le système, nous pouvons douter de la simplicité que devrait rencontrer madame Michu qui est bien souvent incapable d'être autonome.
Après, bien sûr, certains vont ressortir la liste des problèmes qu'ils ont rencontré sous Linux, un autre camps va montrer que leur mamie a su se faire à Gnome sans difficulté et on pourra faire la même chose au niveau de Windows avec un entourage qui peut s'en sortir et d'autres pas. Finalement, qu'est-ce qu'on peut en conclure ? Que ceux qui sont un peu autonomes y arrivent sans difficulté sur n'importe quel système car ils n'ont pas peur d'apprendre un peu, de changer les habitudes et de découvrir. Et sous Windows ces qualités sont aussi nécessaires. Dire le contraire ce serait nier la réalité des hot line (3615 Zula), des SAV diverses et des neveux réparateurs de PC pour la famille entière.
Pour continuer sur cette lancée lyrique, nous pouvons mentionner la déficience de Linux en terme de pilotes et d'applications. Android nous montre pourtant que de faire une application compatible avec le noyau Linux n'est pas tellement difficile, pas pire que Windows. Et étant donné le nombre de téléphones avec ce système, les pilotes sont du même acabit. Le problème est que les constructeurs ne les font pas d'effort pour le noyau Linux x86, faute de marché. Après tout comme Microsoft ne code pas l'essentiel des pilotes de Windows, peut-il avoir du crédit à porter sur le support matériel de Windows ? Pas tellement. Bien sûr que c'est un handicap pour Linux point de vue utilisateur, le nier serait débile, mais d'un point de vue technique Linux ne peut plus faire grand chose pour inverser la situation.
En terme d'applications, certains diront que de faire un paquet universel est impossible. C'est vrai. Mais une astuce existe, compilation en statique avec script d'installation dans /opt, c'est sale mais cela fonctionne et très simplement (et certaines applications ne se privent pas de le faire). Là encore je ne pense pas que de faire une application Linux fonctionne soit plus difficile qu'ailleurs. Après tout de nombreuses entreprises s'y investissent et le code spécifique au système n'est pas plus gros côté Windows que Linux... Le problème revient au même que les pilotes, il n'y en a pas ccar il n'y a pas de marché mais techniquement parlant il est possible de réaliser les mêmes choses.
Du coup ce qui fait que Linux ne triomphe pas n'est pas la difficulté d'installation, ni même les pilotes ou les applications qui pourraient techniquement être adapter facilement. Le problème est plutôt l'absence de fonctionnalité tueuse (killer feature en anglais original).
C'est le tableur et les prix bas qui ont permis à Microsoft de tuer le Macintosh en son temps, c'est la finition et l'intégration avec les iPériphérique que Apple est en train de renverser la tendance. Ici Linux n'a rien de renversant pour encourager la migration des utilisateurs vers Linux. Si Linux avait une application, ou du moins une fonctionnalité, révolutionnaire, la situation pourrait changer. Mais cela n'arrive pas encore et l'inertie des utilisateurs et des informaticiens font que Windows gagne encore et est parti pour gagner encore.
Car oui, je le pense haut et fort, l'informatique est trop compliqué pour les gens, quel que soit le système. Et que seuls les fonctionnalités majeures sont capables de renverser les parts de marchés dans ce milieu. Et ces fonctionnalités il n'y en a plus pour aucun système.
La solution n'est pas pour autant de rendre un ordinateur aussi simple qu'une télévision d'utilisation. Entre deux télévisions et deux utilisateurs, l'usage sera strictement identique : regarder une liste de chaînes proposées par des entités diverses mais règlementées ou pour afficher ce qu'une machine veut afficher comme un ordinateur. Les standards aidant, une télévision reste une télévision et en changer ne nécessite pas beaucoup d'adaptations car elles ont tous été conçus pour le même but.
Un ordinateur est un système qui est opposé à la télévision car l'utilisateur a beaucoup d'interactions avec l'appareil. Ses cas d'utilisation sont pour une grande partie unique où ils voudront utiliser certains logiciels seulement, les disposer, les configurer de certaines façons pour répondre à leurs besoins différents. Un ordinateur ayant autant de cas d'utilisation que d'utilisateurs, en faire un outil universel au service des hommes est une belle prouesse. Et comme il est nécessaire de faire des choix de conception (pour satisfaire certains utilisateurs), certains en seront satisfaits de ces choix, d'autres pas. ce qui crée de la fragmentation, de l'adaptation à avoir, de la curiosité et du temps pour appréhender tout cela. Linux n'a pas gagné sur le Bureau, mais Windows non plus.
# Un commentaire de réflexion sur l'échec de l'informatique sur le bureau
Posté par Renault (site web personnel) . En réponse au journal Un billet de réflexion sur l'échec de Linux sur le Desktop. Évalué à 10.
Depuis les débuts des distributions Linux, nous entendons sans cesse la question de la réussite future ou non de celles-ci sur le bureau informatique. Je pense qu'en réalité nous devrions nous poser la question : l'informatique est-elle elle même prête pour le bureau ?
C'est vrai que d'un point de vue commercial Microsoft et Apple battent des records. Cette question devrait paraître ridicule en conséquence. Mais personnellement je ne suis pas convaincu qu'un succès commercial soit en corrélation avec la simplicité d'utilisation, bien au contraire il y a typiquement : le besoin qui est tellement grand qu'il incite à l'acquisition d'ordinateurs, le marketing qui vend pour n'importe quel produit du rêve, ou encore parfois la chance qui est une compilation d'être au bon endroit, au bon moment pour s'introduire sur le marché et Microsoft comme Apple ont su saisir les opportunités voire mê me les créer.
Soit, malgré tout ce n'est pas de cela dont je voulais parler. La question revient à dire : est-ce que Windows et Mac OS X sont aussi prêts pour un usage quotidien pour le commun des mortels ou pas vraiment ?
Commençons par Microsoft, tout d'abord il faut souligner les progrès importants depuis une décennie dans la sécurité de Windows. C'est un point indéniable dans le bon sens pour éviter les tracas de base mais pas suffisant.
Pourquoi Windows est un échec sur le bureau :
Avant de poursuivre, certains ont certainement préparé une liste de défauts des systèmes à base du noyau Linux. Je sais d'avance que certains problèmes de Windows se rencontrent déjà dans Linux (oui le changement d'interface tous les 4 matins cela arrive) et d'autres qui arriveraient si Linux serait dominant sur le marché. Cela est vrai aussi. Oui Linux a des défauts par moment. Mais ce que je cherche à montrer c'est que les problèmes de Windows existent aussi et que les utilisateurs ne sont pas forcément satisfaits.
On nous vend Windows et Mac OS X comme des systèmes nœudnœuds proof, où chaque utilisateur est ébahit par leur élégance, sécurité et simplicité. Je pense qu'à part l'élégance, le reste est bien faux. Les SAV et forums sur Internet en témoignent : les problèmes de Windows et Mac OS X sont légions, et la plupart de leurs utilisateurs sont bien incapables de les résoudre par eux même. La majorité des utilisateurs a peur de chercher dans les menus les options qui pourraient les aider à utiliser le logiciels, à chaque déplacement de bouton ils perdent tous leurs repères, quand une erreur s'affiche il ne lise même pas et n'essaye pas d'y résoudre. Cela se vérifie au quotidien, je suis sûr qu'ici et ailleurs les passionnés d'informatique se font souvent harcelés par leur famille pour résoudre les problèmes obscurs de Windows, Mac OS X, Android, Linux, FreeBSD ou Plan 9...
Donc oui, Linux n'est pas prêt pour le bureau car si GDM plante il sera bien démuni après une mise à jour, mais lors d'une migration de Office 2003 à 2007, est-ce qu'il était content ? Est-ce que sous Windows il a vraiment une plus grande assurance, une plus grande maitrise de ses actes et un plus grand confort ? Je n'en suis pas persuadé. Ceux qui y arrivent sous Windows sont à même de le faire sous Linux car ces gens là sont considérés comme des powers users, les gens qui savent lire et suivre des instructions simples sur Internet sont aptes à aller sous Linux, les mêmes qui sont aptes à être autonome sous Windows.
Quand même des ingénieurs en informatiques peuvent avoir des difficultés à manipuler l'outil de leur quotidien, quel que soit le système, nous pouvons douter de la simplicité que devrait rencontrer madame Michu qui est bien souvent incapable d'être autonome.
Après, bien sûr, certains vont ressortir la liste des problèmes qu'ils ont rencontré sous Linux, un autre camps va montrer que leur mamie a su se faire à Gnome sans difficulté et on pourra faire la même chose au niveau de Windows avec un entourage qui peut s'en sortir et d'autres pas. Finalement, qu'est-ce qu'on peut en conclure ? Que ceux qui sont un peu autonomes y arrivent sans difficulté sur n'importe quel système car ils n'ont pas peur d'apprendre un peu, de changer les habitudes et de découvrir. Et sous Windows ces qualités sont aussi nécessaires. Dire le contraire ce serait nier la réalité des hot line (3615 Zula), des SAV diverses et des neveux réparateurs de PC pour la famille entière.
Pour continuer sur cette lancée lyrique, nous pouvons mentionner la déficience de Linux en terme de pilotes et d'applications. Android nous montre pourtant que de faire une application compatible avec le noyau Linux n'est pas tellement difficile, pas pire que Windows. Et étant donné le nombre de téléphones avec ce système, les pilotes sont du même acabit. Le problème est que les constructeurs ne les font pas d'effort pour le noyau Linux x86, faute de marché. Après tout comme Microsoft ne code pas l'essentiel des pilotes de Windows, peut-il avoir du crédit à porter sur le support matériel de Windows ? Pas tellement. Bien sûr que c'est un handicap pour Linux point de vue utilisateur, le nier serait débile, mais d'un point de vue technique Linux ne peut plus faire grand chose pour inverser la situation.
En terme d'applications, certains diront que de faire un paquet universel est impossible. C'est vrai. Mais une astuce existe, compilation en statique avec script d'installation dans /opt, c'est sale mais cela fonctionne et très simplement (et certaines applications ne se privent pas de le faire). Là encore je ne pense pas que de faire une application Linux fonctionne soit plus difficile qu'ailleurs. Après tout de nombreuses entreprises s'y investissent et le code spécifique au système n'est pas plus gros côté Windows que Linux... Le problème revient au même que les pilotes, il n'y en a pas ccar il n'y a pas de marché mais techniquement parlant il est possible de réaliser les mêmes choses.
Du coup ce qui fait que Linux ne triomphe pas n'est pas la difficulté d'installation, ni même les pilotes ou les applications qui pourraient techniquement être adapter facilement. Le problème est plutôt l'absence de fonctionnalité tueuse (killer feature en anglais original).
C'est le tableur et les prix bas qui ont permis à Microsoft de tuer le Macintosh en son temps, c'est la finition et l'intégration avec les iPériphérique que Apple est en train de renverser la tendance. Ici Linux n'a rien de renversant pour encourager la migration des utilisateurs vers Linux. Si Linux avait une application, ou du moins une fonctionnalité, révolutionnaire, la situation pourrait changer. Mais cela n'arrive pas encore et l'inertie des utilisateurs et des informaticiens font que Windows gagne encore et est parti pour gagner encore.
Car oui, je le pense haut et fort, l'informatique est trop compliqué pour les gens, quel que soit le système. Et que seuls les fonctionnalités majeures sont capables de renverser les parts de marchés dans ce milieu. Et ces fonctionnalités il n'y en a plus pour aucun système.
La solution n'est pas pour autant de rendre un ordinateur aussi simple qu'une télévision d'utilisation. Entre deux télévisions et deux utilisateurs, l'usage sera strictement identique : regarder une liste de chaînes proposées par des entités diverses mais règlementées ou pour afficher ce qu'une machine veut afficher comme un ordinateur. Les standards aidant, une télévision reste une télévision et en changer ne nécessite pas beaucoup d'adaptations car elles ont tous été conçus pour le même but.
Un ordinateur est un système qui est opposé à la télévision car l'utilisateur a beaucoup d'interactions avec l'appareil. Ses cas d'utilisation sont pour une grande partie unique où ils voudront utiliser certains logiciels seulement, les disposer, les configurer de certaines façons pour répondre à leurs besoins différents. Un ordinateur ayant autant de cas d'utilisation que d'utilisateurs, en faire un outil universel au service des hommes est une belle prouesse. Et comme il est nécessaire de faire des choix de conception (pour satisfaire certains utilisateurs), certains en seront satisfaits de ces choix, d'autres pas. ce qui crée de la fragmentation, de l'adaptation à avoir, de la curiosité et du temps pour appréhender tout cela. Linux n'a pas gagné sur le Bureau, mais Windows non plus.