• [^] # Re: Élitiste != désagréable

    Posté par . En réponse au journal Pourquoi LinuxFr sent-il le vitriol?. Évalué à 6.

    Non, on ne peut pas. Ou plus exactement, lorsque les gens sont « sympathiques » dans les milieux de recherche, c'est parce qu'on discute de conjectures et d'intuitions sur un sujet de recherche donné. Bref, que les faits de base sont établis et que personne ne les discute. Si d'aventure quelqu'un venait à émettre un avis qui va à l'encontre de faits établis, il ferait bien d'avoir une putain d'argumentation pour le soutenir.

    Un de mes anciens collègues (qui finissait sa thèse) avait écrit dans un article qu'il avait soumis : « Les files d'attentes lock-free de Michael & Scott sont défectueuses » (« Michael & Scott lock-free queues are broken »). Dans les reviews de l'article (qui n'a pas été accepté en l'état), il s'est pris une volée de bois vert. D'une part, parce que la structure de données en question était prouvée algorithmiquement; d'autre part, parce que son implémentation sur beaucoup de machines est toujours l'une des plus efficaces. Bref, dire que les files MS-queues sont cassées, c'est stupide. Pourtant, il a pris les reviews comme si c'était une histoire de politique, parce qu'il avait osé dire quelque chose qui dérangeait. Un collègue et moi-même avons fait beaucoup d'efforts pour lui expliquer que non, les MS-queues n'étaient pas défectueuses : elles sont utilisées dans beaucoup d'implémentations pour architectures multiprocesseur/multicœur. Nous avons aussi essayé de lui faire comprendre qu'il est différent de dire « Les MS-queues ne sont pas suffisantes (i.e. ne passent pas à l'échelle) pour les processeurs comportant plusieurs centaines de cœurs » et de dire ce qu'il avait dit. Il a quand même insisté que c'était trop injuste.

    Les scientifiques sont brutaux lorsque des faits connus pour être vrais sont remis en question sans preuve. Ça ne veut pas dire que celui qui a émis des doutes a tort; juste qu'il doit faire un effort conséquent car il a une opinion minoritaire : c'est à lui d'apporter les preuves de ce qu'il raconte (après tout, les preuves du contraire sont déjà publiées !).