• [^] # Re: Petit complément

    Posté par . En réponse au journal [HS] Géopolitique : la blague du jour. Évalué à 2. Dernière modification le 31 juillet 2014 à 02:22.

    Heu... les fédérations laissent pas mal de compétences à leur États. Rien à voir avec notre conception de l’État centralisé. Est-ce que ce sont de plus ou moins bonnes institutions ? Je sais pas parce que le jour où l’Allemagne ou les USA auront de sérieux problèmes économiques, je ne donne pas cher de leur stabilité & paix sociale... Pour ma part je suis persuadé que les institutions (et ce y compris des régimes dits dictatoriaux&co) doivent être à l’image de la population qu’elles servent (évidemment ce genre de chose ne se fait pas dans la paix et la bonne humeur...). Vivement que la Vè saute à coup de dynamites d’ailleurs.

    Mais bon le mec auquel tu réponds est un guignol, parce qu’il n’y a pas plus éloigné du peuple que la conception centralisée des pouvoirs, toute française, là où les USA du moins historiquement parce que ça a pas mal bougé en un siècle je pense (Tocqueville inside mais les séries télévisuelles sont une excellent source d’information, notamment sur le fonctionnement de la justice – très important dans une démocratie qui se respecte), et les USA sont d’une tradition plus locale, ou encore l’Allemagne, dont l’unité a toujours été problématique (on va dire ça pudiquement...). Beaucoup d’européistes, très naïvement, ont défendu ce genre de choses pendant longtemps. Mais à l’heure actuelle ces européistes sont virtuellement inexistants du point de vue de la distribution des pouvoirs politiques.

    L’Europe c’est autre chose, mais bon c’est incroyable le nombre de conneries qui peuvent être dites à son sujet. On sent bien la petite bourgeoisie philistine en mode bisounours. Que ce soit les pro- ou les anti-. Je sort les popcorns et je savoure. :) Mais ceux qui en tiennent une couche, c’est certainement les anti- (les pro- sont justes mignons), qui croient que quitter l’Europe va permettre de retrouver la souveraineté de la France. Les anti- ont juste rien compris à l’état des rapports de force mondiaux, comme vous faites bien de le rappeler, et s’isoler n’aide pas vraiment à peser sur la politique internationale (c’est le moins qu’on puisse dire), tandis que les pro- ne se rendent pas vraiment compte de ce que la construction européenne implique, en terme d’inclusion–exclusion des population (l’Ukraine devient un problème parce que sa population ne correspond pas, la France devient un problème par sa population musulmane). Parce que outre les conflits politiques du moment sur lesquels je ne reviendrait pas tellement c’est casse-gueule et tellement le dernier des couillons croient s’y connaître (j’ai déjà largement eu l’occasion de dire ce que j’en pensais), le fond du problème se tient là.

    Bon ça c’était la mise en bouche. Passons au plat de résistance.

    Il faut bien comprendre à ce sujet que la politique Nazie, en mettant de côté ce qu’il y a de propagande et de folie, devait faire face à une population de l’Europe de l’Est et de l’Allemagne elle-même qui s’accomodait mal du modèle d’État-Nation : à savoir un peuple (c’est-à-dire pas plus qu’une population qui se reconnaît liée et qui décide de faire un petit bout de chemin ensemble...), un territoire, des structures politiques. Ce modèle fonctionne bien pour de vieilles nations, typiquement la France et l’Angletterre qui se sont construites tout tranquillement depuis la féodalité (je dirai au pif-o-métrique que ça a commencé au XIIIè, que ça c’est approfondit au XVIè et tout, par des royautés qui se sont imposés face aux seigneurs féodaux en France, par l’acquisition de droits, des chartes&co en Angleterre). En Europe de l’Est (et en fait dans pas mal de régions du monde) c’est pas comme ça que ça se passe. D’où la critique initiale de ce modèle d’État-nation. Ensuite les imbéciles sont arrivés, et ont repris à leurs comptes cette critique là pour un projet européen. Mais y’a deux–trois petites choses qu’ils n’ont pas bien saisi : avant tout qu’il n’y a absolument aucune solution de rechange, surtout dans le monde dans lequel on vit qui impose un haut niveau d’interdépendance des individus, et donc des institutions politiques à une échelle de masse (fondamentalement c’est de la folie furieuse de croire que c’est possible). En apparté l’européisme ne remet absolument pas en cause le modèle d’État-nation (passer des traités en sont un pilier fondamental, toute l’Europe étant bâtie ainsi, et le droit international est tout entier basé sur cela – d’ailleurs petite digression pour les gens de gauche que ça intéresseraient, on a eu une période où la stratégie néolibérale adoptait une approche multilatérale – ie. un grand nombre de signataire, avec des négociations à rallonge – dont le plus représentatif est la création de l’OMC milieu 90s et son activité, tandis qu’on a basculé depuis quelques temps dans un modèle bilatéral, qui mise encore plus sur la force brute pour imposer les choses à ceux qui ne signent pas, précisément parce que beaucoup de monde commencait à rejeter l’approche multilatérale).

    Bref : en Europe de l’Est (et centrale aussi pardon pour l’approximation) l’État-nation ça marchait pas, parce que les peuples vivaient ensemble de manière très mélangée et sur de vastes territoires. C’était le cas des populations Ashkénazes pauvres, ballotées dès lors à travers toute l’Europe, ou encore des Rroms. Ça a été facile, après la guerre, de tout jeter sur le dos des Nazis, manière commode d’enterrer les problèmes. Pourtant ce qui est en train de ressurgir en ce moment, et ce n’est pas un hasard, c’est exactement les mêmes problématiques, auxquelles les Nazis ont répondu de manière radicale. D’ailleurs je vous ferai remarqué que si l’antisémitisme a disparu, du moins sous cette forme qui ciblait les Ashkénazes pauvres, c’est pas parce que les gens seraient devenus tout à coup raisonnables, mais parce que la politique Nazi fut une solution efficace. Inhumaine. Barbare. Mais efficace, puisque la question ne se pose dorénavent plus (oui c’est très tendancieux ce que je dis, les guignols qui voudront mal interpréter ce que je dis pourront se défouler, si le cœur leur en dit). Ils visaient aussi les Rroms d’ailleurs. Et si justement on continue sur notre lancée, au jour d’aujourd’hui, avec l’irresponsabilité des politiques actuelles on va irrémédiablement et sans aucun doute être amené à poursuivre la politique nazie, quelque soit l’apparence, la posture, l’étiquette que cette politique prendra, sur la forme ; mais dans le fond, ce sera exactement la même. Aux mêmes causes les mêmes conséquences.

    Cependant, on a vaguement essayé de résoudre les choses. Le projet européiste avait en effet pour but de régler le problème. Puisqu’à fortiori, dans une Europe unifiée le problème de ces populations, réputées alors faire partie du même territoire et être sous les mêmes institutions, était de facto résolu. Mais pfiou... depuis l’après-guerre immédiat, de l’eau a coulé sous les ponts, comme on dit. Et les configurations ont encore changé. Suite à la guerre froide, et à tout le touintouin sur l’impérialisme et la (dé)colonisation on se retrouve avec des populations russophones en Ukraine, des maghrébins en France (au passage l’Europe a toujours eu depuis des siècles et des siècles des populations musulmanes, que ce soit dans les balkans ou alors, chuis allé faire un tour en Andalousie y’a quelques années je recommande, avec les Maures), etc. etc.

    Et c’est là où ça se corse. Et c’est là où les européistes sont totalement à la ramasse. C’est qu’ils ont totalement perdu de vue l’esprit du projet européen, pour en faire une application de la lettre.

    Parce qu’en l’état actuel des choses, unifier politiquement l’Europe n’a absolument plus aucun sens. Pire que ça, face à la difficulté de créer une union politique à cette échelle — faut dire que les européistes ont cru qu’ils allaient régler en une génération ce qui prend des siècles, avec bien souvent des épisodes de violence —, on voit poindre un projet politique européen ultra-réactionnaire similaire à ce que certains groupuscules d’extrême-droite néo-nazis peuvent pondre d’ailleurs, mais défendu par... des gens tout ce qu’il y a plus de respectable, avec très vraisemblablement la bénédiction de l’Église de Rome (qui voit là l’occasion de déterrer un vieux projet politique, mais ça s’est gratuit je le reconnais, c’est juste que je peux pas piffrer les bigots catholiques). Ce projet c’est, vous l’aurez deviné je pense, celui d’une Europe définie par son occidentalisme, catholique bien souvent ou au moins chrétien, avec des variantes bien sûr en fonction des affinités de chacun : si plutôt atlantiste on trouvera un terrain d’entente et on parlera d’Occident dans une lecture très « conflit de civilisation »&co, si plutôt catholique intégriste seule Rome comptera (ce qui pose pas un problème seulement avec les musulmans, mais aussi commence déjà à poser la question des protestants et des orthodoxes), etc. etc. La Russie a d’ailleurs un projet eurasien en poche, difficile à comprendre pour les ignares du coin (allez quitte à jouer les méprisants autant aller jusqu’au bout...), mais qui est tout ce qu’il y a de plus naturel pour qui connaît la très très longue histoire de la relation de la Russie avec l’Europe, Russie qui fut considérée par beaucoup pendant plus d’un siècle (à ma connaissance, tout le long du XIXè, mais je suppose que ça remonte bien plus loin), comme protectrice et garante de la paix d’une Europe plus que turbulente (XIXè quoi...). À raison si vous voulez mon avis, car l’Homme ne sait pas s’entendre avec ses semblables, sauf à lui forcer la main ; et une puissance extérieure qui, faute d’intérêts trop visiblement directs, permet d’apporter un jugement moins passionné à une situation de conflit, plus perçue comme suffisament impartiale, et à fortiori a les moyens de le règler, ça aide (et oui j’ai perdu toute confiance en la nature humaine).

    Mais tout ses projets européistes ultra-réactionnaires font fi de la réalité des populations car ils définissent chacun de l’Europe une sorte d’Europe "purifiée" définie par des critères simplistes, dont la réalité nécessairement complexe s’accomode mal (c’est bateau ce que je dis, mais on en est arrivé à ce degré de bêtise...). En ce sens, tous ses projets d’union politique, à une échelle supérieure à celle de la nation classique, sont du plus pur nationalisme. Du nationalisme européen. L’ignorance (ou le calcul, je ne me ferme à aucune hypothèse) fait que certains prétendent, tout en défendant un tel projet européen nationiste, combattre le nationalisme (comme si le concept de nation&co ne trouvait qu’à s’appliquer qu’à une certaine échelle). Or quelque soit le contenu qu’on donne à l’Europe, on se retrouve avec, sur les bras, des populations entières, des millions voir des dizaines, qui ne rentrent pas dans les cases. La seule solution à long terme, c’est de les zigouiller.

    Comment on en arrive à de telles extrémités? je veux dire comment peut-on s’aveugler au point où l’on persiste à suivre une voie, dont le point d’arrivé s’impose de lui-même et dont la seule issue est la barbarie ? Je crois qu’il s’agit d’une élite qui a des rêves de grandeurs, qui a essentiellement peur de perdre de sa puissance, à la fois par la contestation intérieure et par les puissances émergentes – enfin... le péril chinois ça fait plus d’un siècle qu’on nous bassine avec, idem pour les musulmans hein... seul les ignares (et hop encore un petit coup) se font balader... –, et qui est engagée dans une folie furieuse, celle des grandeurs, et qui croit que la politique se règle à grand coup d’idéologie, de théories, et de grands systèmes etc. en oubliant la réalité des populations en question. La petite bourgeoisie qui fréquente ce site (je balance tout, merde!), obnubilée par tout ça, croyant comprendre quelque chose à la géo-politique ne fait qu’alimenter les tensions en abordant des problèmes dont elle ne comprend pas les tenants et aboutissants et en relayant complaisemment les arguments de l’un ou de l’autre camp – encore faudrait-il que ceux qui émettent une opinion sachent dans quels camps ils sont parce que c’est très cocasse de voir quelqu’un tenir un semblant de discours anti-atlantiste citer un néocon américain (celui-là n’a jamais entendu parler de stratégie de tension) !

    Alors, en attendant, vu comme ça sent le roussi (ça pue la merde en fait la politique en ce moment mais bien bien comme il faut, et à ce titre là, la conviction que j’avais il y avait quelques temps que linuxfr allait bien mal tourné, ça a pas loupé), je préferre regarder–lire le énième fight européiste vs nationaliste en me foutant bien de leur gueule, parce qu’au final ils sont absolument dans la même logique de volonté de puissance internationale, au final ils acceptent la politique de domination du monde, de haine de l’autre (que ce soit de la domination explicite comme le commentaire auquel vous répondez, ou tout simplement de la peur d’une menace, comme vous l’entendez vous-même), et de barbarie. Ils sont juste en désaccord un points de détail (toujours le même d’ailleurs) : quel sont les contours du groupe auquel je suis censé appartenir, et qu’est-ce que je considère comme l’autre, comme l’ennemi (le Chinois, l’arabe, le russe? ou variante avec la détestation de soi, avec les couillons qui croient que le summum de la résistance c’est de prendre parti pour le camps d’en face contre son propre peuple).

    Bon je sens que je vais m’en mordre les doigts d’avoir écrit ça, la confiture à des cochons ça se passe très mal (et hop encore un petit coup histoire de finir en beauté!). Dès demain je reprends mon trollage habituel...