• [^] # Re: J'ai essayé de benchmarker un peu...

    Posté par . En réponse au journal La France ridiculisée par Amazon. Évalué à 5.

    Non, si les librairies coulent, alors il n’y aura plus de librairies, c’est la seule affirmation, bateau, qui peut être dite avec certitude. C’est totalement indépendant de la capacité à s’insérer dans un marché concurrentiel. Je m’explique. Même s’il y a une très grande majorité de clients chez les libraires. Il suffit à Amazon de siphonner une part, même minoritaire, de la clientèle pour que les librairies ne rentrent plus dans leurs frais. Amazon n’a pas besoin d’avoir une grande clientèle en proportion pour rentrer dans ses frais parce qu’elle fait des économies d’échelle, de l’optimisation fiscale, de l’exploitation des travailleurs, de la mécanisation à tout va (la modernité si chère à Zenitroll).

    Je m’explique, chiffres bidons pour faire comprendre le truc. C’est une expérience de pensée. Mais ça montrera bien pourquoi cette idéologie de la concurrence est complètement à côté de la plaque.

    Mettons qu’on ait dix librairies (FNAC&consorts) en ville qui se partagent le marché équitablement, 10 % de parts donc, finances à l’équilibre. Amazon arrive, elle ne fait que 5 % de parts de marché. Mais elle le fait sur toutes les grandes villes de France, des USA, etc. Du coup, Amazon fait un suffisament large volume pour avoir des finances à l’équilibre (son volume de vente dépassera largement celui de chacune des petites librairies). Et je parle ici dans un monde idéal où le marché concurrentiel est parfait et même pas distordu par les pratiques absolument détestables d’Amazon. À 9,5 % de parts de marché les librairies sont nécessairement déficitaires à hauteur de 5 % du CA (une perte de 0,5 point de recettes sur les 10 points qu’elles avaient chacune, en posant pour hypothèse que leurs dépenses sont incompressibles et que le volume total du marché ne change pas) ; elles finissent par couler. Amazon finit par faire couler ses concurrents en ayant des parts de marché largement minoritaires. 95 % des clients se retrouvent obligé d’utiliser un service qui ne leur convienne pas.

    Ce raisonnement marche aussi pour FNAC vs petite librairie de quartier...

    Le prix unique du livre ne suffit même pas à rétablir la situation. Et on constate effectivement l’échec de cette politique (à supposer que mon expérience de pensée corresponde bien à la réalité : j’explique pourquoi), mais au moins ça limite un peu la casse, la vitesse à laquelle la transformation s’opère. Pour le reste, c’est comme toute la politique : une mesure se prend en coordination avec d’autres et forme un ensemble cohérent qui poursuit un objectif précis.

    Je me fous de savoir que les libraires font du lobbying auprès du gouvernement. C’est dans l’ordre normal de la politique ça. Amazon en fait tout autant, avec un moyen de pression largement plus grand pour une multinationale. Ce qui m’importe de savoir, c’est de quel côté se trouve mon intérêt en tant que consommateur et travailleur. Je n’ai aucun scrupule à me ranger du côté des librairies si j’y trouve mon compte, contrairement à d’autres qui se transforment en véritables publicitaires...

    PS : la loi ne résout pas tout, à quelques millions de chômeurs, les gens ferment leur gueule, même lorsque l’employeur est dans l’illégalité. Idem au niveau politique, puisque la loi est écrite précisément par le politique. Et ça Zenitroll le sait très bien, quand il se retrouve au dos du mur, qu’il n’a plus d’arguments, finalement il rappelle qu’il est en position de force comme employeur.