Prenons un autre métier que je connais bien plus : prof.
En tant qu'enseignant à la fac, que ce soit en tant que vacataire ou enseignant-chercheur, tu es payé pour un nombre d'heures passées devant les élèves. La préparation des cours, des examens, la mise à jour du matériel, les corrections, les jurys, etc., tout ça est « inclus » dans les heures passées à faire cours devant les élèves. C'est aussi le cas pour les autres profs (primaire et secondaire). Du coup, on entend régulièrement que les profs (surtout en primaire/secondaire1), ne bossent pas beaucoup, que 15 ou 18h de cours par semaine (CAPES ou agreg) c'est rien, etc. Évidemment, les gens oublient tout ce que font les profs par ailleurs.
J'ai l'impression qu'une partie du boulot des intermittents est un peu pareil : certes, il y a une partie des intermittents qui sont des artisans, techniciens ou ingénieurs (son, lumière, costumes, décors, etc.), et ceux-là peuvent sans doute réclamer une tarification horaire « saine » (tarifs clairs et négociés au départ, avec bonus ou comptage des heures sup', etc.). Une autre partie (celle des artistes notamment, mais pas que) a effectivement une partie du boulot qui n'est tout simplement pas facturable de façon horaire : certains artistes travaillent sur plusieurs spectacles à la fois, et doivent répéter non seulement avec les autres, mais aussi individuellement, chez eux. Certains intermittents bossent avec une date limite mais gèrent leur temps comme ils veulent sinon (et donc peuvent aussi avoir plusieurs projets en parallèle potentiellement), etc.
Enfin, il ne faut pas oublier qu'un intermittent qui a le droit à son « chômage » après la période de carence doit avoir d'abord accumulé un grand nombre d'heures travaillées (sinon si j'ai bien compris, il n'a le droit à rien, ou en tout cas pas grand chose).
Que tu veuilles que tous les métiers « précaires » ou « saisonniers » soient traités de la même façon, pourquoi pas. Tu dis que le système pour les intermittents ne fonctionne pas tel quel (i.e., il coûte trop cher). Premièrement, c'est discutable: il y aurait aussi beaucoup à redire sur les pratiques des employeurs qui magouillent sur le dos des subventions de l'état2. Deuxièmement, tu es un peu en train de dire « nan mais en fait, on va égaliser par le bas : enlevons des "avantages3" à ceux qui en ont, et mettons-les au même niveau que les plus misérables. » Je suis parfaitement d'accord pour réformer tout un pan des métiers qui ont une nature saisonnière. Mais dans ce cas, on propose un truc équilibré, qui essaie effectivement de toucher tout le monde concerné (intermittents, saisonniers en général, etc.), plutôt que de jouer la division, dire que « ils coûtent trop cher » (parce que l'évasion fiscale ne coûte pas beaucoup plus cher, peut-être ? Parce que les CIR dont je parle ailleurs dans ce poste ne coûtent pas eux aussi très cher au contribuable sans réel ? Parce qu'il n'existe pas des populations bien plus aisées qui bénéficient d'avantages en nature ou argent grâce à des traitements de faveur institutionnalisés ?) Donc en gros, ils ne touchent pas à l'existence du statut d'intermittent, mais ils le rendent bien plus difficile qu'avant, plutôt que de proposer une « factorisation » des métiers précaires de type saisonnier.
J'ai l'impression que, comme presque tout le monde est passé par le collège et désormais le plus souvent aussi le lycée (général, technique ou pro), tout le monde a un avis « d'expert » (ha!) sur la question. Alors que les gens qui sont allés à la fac (surtout ceux qui ne sont pas allés plus loin que la licence) ne voient qu'une seule facette du boulot de maître de conférences/prof : l'enseignement. Mais ils savent aussi que quelque part ils font de la recherche, etc. (et ignorent le plus souvent qu'il y a aussi une partie administrative lourde à gérer). Si on ajoute le prestige du côté « prof de fac/chercheur », on emmerde moins les enseignants du supérieur. Pourtant, qu'on parle du primaire, du secondaire ou du supérieur, on parle d'un nombre d'heures extrêmement important qui ne sont pas visibles lors de l'enseignement à proprement parler. Un peu comme si un cadre ne devait compter que les heures passées à présenter les solutions/propositions au client/boss/etc., et pas les heures passées à préparer c'te foutue présentation. ↩
Quelqu'un parlait de l'arnaque de la niche crédit impôt recherche, qui récupèrent l'argent et externalisent la R&D malgré tout. C'est une pratique réelle qui devrait être punie. Las, il semblerait que le contrôle sur comment les crédits d'impôts sont accordés soient rares, voire inexistants. Les chercheurs en ce moment gueulent contre cela, car cet argent donné aux boites vient bien de quelque part : les budgets des instituts de recherche publics, qui rapetissent en conséquence. Voir ici par exemple, ou là. ↩
Je ne suis toujours pas convaincu qu'on puisse réellement parler ainsi étant donné les conditions strictes pour qu'ils puissent s'appliquer. ↩
[^] # Re: Encore des pleurnichards ....
Posté par lasher . En réponse au journal Que pensez-vous de cette citation de Axelle LEMAIRE ?. Évalué à 4.
Prenons un autre métier que je connais bien plus : prof.
En tant qu'enseignant à la fac, que ce soit en tant que vacataire ou enseignant-chercheur, tu es payé pour un nombre d'heures passées devant les élèves. La préparation des cours, des examens, la mise à jour du matériel, les corrections, les jurys, etc., tout ça est « inclus » dans les heures passées à faire cours devant les élèves. C'est aussi le cas pour les autres profs (primaire et secondaire). Du coup, on entend régulièrement que les profs (surtout en primaire/secondaire1 ), ne bossent pas beaucoup, que 15 ou 18h de cours par semaine (CAPES ou agreg) c'est rien, etc. Évidemment, les gens oublient tout ce que font les profs par ailleurs.
J'ai l'impression qu'une partie du boulot des intermittents est un peu pareil : certes, il y a une partie des intermittents qui sont des artisans, techniciens ou ingénieurs (son, lumière, costumes, décors, etc.), et ceux-là peuvent sans doute réclamer une tarification horaire « saine » (tarifs clairs et négociés au départ, avec bonus ou comptage des heures sup', etc.). Une autre partie (celle des artistes notamment, mais pas que) a effectivement une partie du boulot qui n'est tout simplement pas facturable de façon horaire : certains artistes travaillent sur plusieurs spectacles à la fois, et doivent répéter non seulement avec les autres, mais aussi individuellement, chez eux. Certains intermittents bossent avec une date limite mais gèrent leur temps comme ils veulent sinon (et donc peuvent aussi avoir plusieurs projets en parallèle potentiellement), etc.
Enfin, il ne faut pas oublier qu'un intermittent qui a le droit à son « chômage » après la période de carence doit avoir d'abord accumulé un grand nombre d'heures travaillées (sinon si j'ai bien compris, il n'a le droit à rien, ou en tout cas pas grand chose).
Que tu veuilles que tous les métiers « précaires » ou « saisonniers » soient traités de la même façon, pourquoi pas. Tu dis que le système pour les intermittents ne fonctionne pas tel quel (i.e., il coûte trop cher). Premièrement, c'est discutable: il y aurait aussi beaucoup à redire sur les pratiques des employeurs qui magouillent sur le dos des subventions de l'état2 . Deuxièmement, tu es un peu en train de dire « nan mais en fait, on va égaliser par le bas : enlevons des "avantages3 " à ceux qui en ont, et mettons-les au même niveau que les plus misérables. » Je suis parfaitement d'accord pour réformer tout un pan des métiers qui ont une nature saisonnière. Mais dans ce cas, on propose un truc équilibré, qui essaie effectivement de toucher tout le monde concerné (intermittents, saisonniers en général, etc.), plutôt que de jouer la division, dire que « ils coûtent trop cher » (parce que l'évasion fiscale ne coûte pas beaucoup plus cher, peut-être ? Parce que les CIR dont je parle ailleurs dans ce poste ne coûtent pas eux aussi très cher au contribuable sans réel ? Parce qu'il n'existe pas des populations bien plus aisées qui bénéficient d'avantages en nature ou argent grâce à des traitements de faveur institutionnalisés ?) Donc en gros, ils ne touchent pas à l'existence du statut d'intermittent, mais ils le rendent bien plus difficile qu'avant, plutôt que de proposer une « factorisation » des métiers précaires de type saisonnier.
J'ai l'impression que, comme presque tout le monde est passé par le collège et désormais le plus souvent aussi le lycée (général, technique ou pro), tout le monde a un avis « d'expert » (ha!) sur la question. Alors que les gens qui sont allés à la fac (surtout ceux qui ne sont pas allés plus loin que la licence) ne voient qu'une seule facette du boulot de maître de conférences/prof : l'enseignement. Mais ils savent aussi que quelque part ils font de la recherche, etc. (et ignorent le plus souvent qu'il y a aussi une partie administrative lourde à gérer). Si on ajoute le prestige du côté « prof de fac/chercheur », on emmerde moins les enseignants du supérieur. Pourtant, qu'on parle du primaire, du secondaire ou du supérieur, on parle d'un nombre d'heures extrêmement important qui ne sont pas visibles lors de l'enseignement à proprement parler. Un peu comme si un cadre ne devait compter que les heures passées à présenter les solutions/propositions au client/boss/etc., et pas les heures passées à préparer c'te foutue présentation. ↩
Quelqu'un parlait de l'arnaque de la niche crédit impôt recherche, qui récupèrent l'argent et externalisent la R&D malgré tout. C'est une pratique réelle qui devrait être punie. Las, il semblerait que le contrôle sur comment les crédits d'impôts sont accordés soient rares, voire inexistants. Les chercheurs en ce moment gueulent contre cela, car cet argent donné aux boites vient bien de quelque part : les budgets des instituts de recherche publics, qui rapetissent en conséquence. Voir ici par exemple, ou là. ↩
Je ne suis toujours pas convaincu qu'on puisse réellement parler ainsi étant donné les conditions strictes pour qu'ils puissent s'appliquer. ↩