C'est un argument que je ne comprends pas. En fait, si je comprends bien, le raisonnement est le suivant : si un État de droit met au point un système de surveillance légal, utilisable dans le cadre de procédures bien définies, alors ce système pourrait devenir liberticide si le régime change et qu'il devient autoritaire.
Ça me semble extrêment faible sur plusieurs points.
* Ça remet en cause par principe toute action de l'État. L'État ne devrait pas construire de prisons, puisqu'elles pourraient être utilisée pour y mettre des opposants politiques. Ni d'écoles, qui pourraient être utilisées pour l'endoctrinement. L'État ne devrait pas entretenir d'armée ni de police, qui ont par le passé contribué aux saloperies du régime de Vichy. En gros, l'argument est quasiment anarchiste, et dénie à l'État par principe le droit de mettre en place les moyens de faire respecter la loi.
* C'est un argument qui utilise une possibilité hypothétique (la possibilité d'un changement de régime) pour ne pas mettre en place les solutions à un problème réel (le fait que des délits peuvent être commis en toute impunité sur Internet). À mon avis c'est proche d'un raisonnement fallacieux : on ne peut pas mettre JF Copé en prison, car il sera peut-être le prochain président qui sortira la France de la crise. Dans ce raisonnement, il n'y a d'ailleurs aucune évaluation de la probabilité de l'évènement en question : le fait même que l'évènement soit possible est censé bloquer l'action.
* L'argument est très très proche de l'idéologie complotiste nord-Américaine, qui voit l'État comme une entité indépendante et dangereuse et pas comme l'expression démocratique d'une volonté de vie en commun. Il est légitime de se méfier des personnes que le processus démocratique direct ou indirect ont mis aux responsabilités de l'État, mais il me semble idéologiquement coloré (en couleur foncée) de considérer l'État comme un ennemi. Du coup, l'argument devient quand même très orienté politiquement, et donc facilement réfutable.
* Et la faiblesse principale, c'est que je pense simplement que l'argument est bidon. Factuellement, quand un régime devient autoritaire, il va mettre en place très rapidement tout un arsenal législatif et administratif pour faire ce qu'il veut, avec les moyens qu'il veut. L'existence de structures qui peuvent être réutilisées va pouvoir éventuellement faire gagner quelques semaines ou quelques mois, mais dans le principe, ça ne va rien changer. Pire, ces structures, si elles sont bien conçues, peuvent même ralentir le régime autoritaire. Par exemple, s'il existe une procédure carrée pour que les fournisseurs d'accès fournissent des données personnelles, l'État autotitaire devra faire l'effort d'annuler cette procédure pour passer au-delà. S'il n'existe pas de procédure, bah il n'y a rien à contourner. Mais bon, par principe, rien n'arrête un État autoritaire. En tout état de cause, il n'aura pas besoin d'accuser un site d'être pédopornographique pour le couper, il le coupera, et c'est tout.
Tout ça pour dire que de plus en plus, je considère cet argument comme du FUD vaseux pour justifier une position idéologique assez marginale. Franchement, je ne vois pas quelle gloire on peut retirer à héberger un noeud Tor ou mettre en place des réseaux de proxys intraçables. Pour moi, c'est équivalent à promouvoir la circulation sans plaque d'immatriculation ou la publication d'écrits diffamatoires anonymes. La liberté de circuler, c'est le droit d'aller où on veut, ce n'est pas le droit de le faire sans que personne ne le sache. La liberté d'expression, c'est le droit de dire tout ce qu'on veut (avec des exceptions légales), ce n'est pas le droit de le faire de manière anonyme. Car l'absence d'anonymat, c'est aussi et surtout le devoir d'assumer ses actes et d'y répondre devant le reste de la société. Je ne vois pas pourquoi Internet serait une exception, il me parait normal qu'on soit responsable de ses actes sur Internet, de la même manière que dans la vie, et que la police et la justice d'un État de droit ait les moyens de faire respecter la loi.
[^] # Re: Rasoir d'Hanlon
Posté par arnaudus . En réponse au journal Manu se lance dans une croisade numérique contre les terroristes intégristes musulmans. Évalué à 10.
C'est un argument que je ne comprends pas. En fait, si je comprends bien, le raisonnement est le suivant : si un État de droit met au point un système de surveillance légal, utilisable dans le cadre de procédures bien définies, alors ce système pourrait devenir liberticide si le régime change et qu'il devient autoritaire.
Ça me semble extrêment faible sur plusieurs points.
* Ça remet en cause par principe toute action de l'État. L'État ne devrait pas construire de prisons, puisqu'elles pourraient être utilisée pour y mettre des opposants politiques. Ni d'écoles, qui pourraient être utilisées pour l'endoctrinement. L'État ne devrait pas entretenir d'armée ni de police, qui ont par le passé contribué aux saloperies du régime de Vichy. En gros, l'argument est quasiment anarchiste, et dénie à l'État par principe le droit de mettre en place les moyens de faire respecter la loi.
* C'est un argument qui utilise une possibilité hypothétique (la possibilité d'un changement de régime) pour ne pas mettre en place les solutions à un problème réel (le fait que des délits peuvent être commis en toute impunité sur Internet). À mon avis c'est proche d'un raisonnement fallacieux : on ne peut pas mettre JF Copé en prison, car il sera peut-être le prochain président qui sortira la France de la crise. Dans ce raisonnement, il n'y a d'ailleurs aucune évaluation de la probabilité de l'évènement en question : le fait même que l'évènement soit possible est censé bloquer l'action.
* L'argument est très très proche de l'idéologie complotiste nord-Américaine, qui voit l'État comme une entité indépendante et dangereuse et pas comme l'expression démocratique d'une volonté de vie en commun. Il est légitime de se méfier des personnes que le processus démocratique direct ou indirect ont mis aux responsabilités de l'État, mais il me semble idéologiquement coloré (en couleur foncée) de considérer l'État comme un ennemi. Du coup, l'argument devient quand même très orienté politiquement, et donc facilement réfutable.
* Et la faiblesse principale, c'est que je pense simplement que l'argument est bidon. Factuellement, quand un régime devient autoritaire, il va mettre en place très rapidement tout un arsenal législatif et administratif pour faire ce qu'il veut, avec les moyens qu'il veut. L'existence de structures qui peuvent être réutilisées va pouvoir éventuellement faire gagner quelques semaines ou quelques mois, mais dans le principe, ça ne va rien changer. Pire, ces structures, si elles sont bien conçues, peuvent même ralentir le régime autoritaire. Par exemple, s'il existe une procédure carrée pour que les fournisseurs d'accès fournissent des données personnelles, l'État autotitaire devra faire l'effort d'annuler cette procédure pour passer au-delà. S'il n'existe pas de procédure, bah il n'y a rien à contourner. Mais bon, par principe, rien n'arrête un État autoritaire. En tout état de cause, il n'aura pas besoin d'accuser un site d'être pédopornographique pour le couper, il le coupera, et c'est tout.
Tout ça pour dire que de plus en plus, je considère cet argument comme du FUD vaseux pour justifier une position idéologique assez marginale. Franchement, je ne vois pas quelle gloire on peut retirer à héberger un noeud Tor ou mettre en place des réseaux de proxys intraçables. Pour moi, c'est équivalent à promouvoir la circulation sans plaque d'immatriculation ou la publication d'écrits diffamatoires anonymes. La liberté de circuler, c'est le droit d'aller où on veut, ce n'est pas le droit de le faire sans que personne ne le sache. La liberté d'expression, c'est le droit de dire tout ce qu'on veut (avec des exceptions légales), ce n'est pas le droit de le faire de manière anonyme. Car l'absence d'anonymat, c'est aussi et surtout le devoir d'assumer ses actes et d'y répondre devant le reste de la société. Je ne vois pas pourquoi Internet serait une exception, il me parait normal qu'on soit responsable de ses actes sur Internet, de la même manière que dans la vie, et que la police et la justice d'un État de droit ait les moyens de faire respecter la loi.