• [^] # Re: heu..

    Posté par . En réponse au journal Le traité de Lisbonne dans toute sa splendeur. Évalué à 9.

    Au diable la diplomatie ! :)

    Quant à Zenitram, je lui en réserve bien une... mais bon elle est violent celle-là... allez... j’ose :

    Il est traumatisé (ou obsédé, allez savoir!) par sa crémière. Il a une incroyable propension à ramener tout argument, tout problème systématiquement à une question de beurre et de cul. Il me fait furieusement penser à cette citation :

    « Certes, les juges avaient raison lorsqu’ils finirent par dire à l’accusé que tout qu’il avait dit était du « bavardage creux » — si ce n’est qu’ils pensaient que ce « creux » était feint et que l’accusé voulait dissimuler d’autres pensées qui, bien que hideuses, n’étaient pas creuses. Une telle supposition ne tient pas si l’on considère la remarquable constance avec laquelle Eichmann, malgré sa mauvaise mémoire, répétait mot pour mot les mêmes expressions toutes faites, et les mêmes clichés de son invention ( lorsqu’il parvenait à construire une phrase lui-même, il la répétait jusqu’à ce qu’elle devînt un cliché) chaque fois qu’il faisait allusion à un incident ou à un événement important pour lui. Qu’il écrivît ses mémoires en Argentine ou à Jérusalem, qu’il s’adressât à l’officier de police qui l’interrogeait ou au tribunal, il disait toujours la même chose, avec les mêmes mots. Plus on l’écoutait, plus on se rendait à l’évidence que son incapacité à parler était étroitement liée à son incapacité à penser — à penser notamment du point de vue de quelqu’un d’autre. Il était impossible de communiquer avec lui, non parce qu’il mentait, mais parce qu’il s’entourait du plus efficace des mécanismes de défense contre les mots et la présence des autres et, partant, contre la réalité en tant que telle. » Hannah Arendt

    Il y a aussi son incapacité, à concevoir le conflit entre les êtres humains, donc le conflit politique, sans pour autant le caricaturer, sans pour autant tout de suite vouloir y mettre absolument un gentil et un méchant. Cette incapacité là partagée par plusieurs était déjà très marquée lorsqu’il a été question de féminisme. S’ensuit une volonté de censure impitoyable dès qu’une telle trace de conflit est détectée. D’où mon désir un peu sadique d’en remettre une couche, surtout quand les inombrables donneurs de leçon se sont chargés de m’expliquer le droit chemin, du haut de leur pitoyable discours préfabriqués dans les officines de com’.

    Le mieux est de citer la définition de la démocratie qu’on prête à Paul
    Ricoeur :

    « Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt, et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage. »

    C’est pas avec les huluberlus qui m’ont occupé depuis 24h qu’on va y arriver.

    Mais c’est en économie qu’ils sont le plus rigolo. Les pauv’ croient que j’ai les chevilles qui enflent, mais ils n’ont pas compris que c’est surtout leur ridicule prétention à connaître quelque chose que je moque, je fait le malin juste pour jouer avec eux. En réalité je ne me fait pas trop d’illusion sur l’état de mes connaissances, mais c’est toujours rigolo de voir plus petit que soi se prendre pour César.

    Je ne m’en tiendrai qu’à quelques exemples, histoire d’appuyer mon propos.

    Ils n’ont que le mot "entreprise" à la bouche. Or c’est un terme qui appartient à la micro-économie. L’autre grand domaine étant la macro- où une première approche considère trois grands marchés : capital (produit de l’investissement), travail (des salariés), consommation (par les ménages). On apprend en première année d’économie les équilibres macro-. Il n’y a point d’entreprises ici, qui ne sont qu’un intermédiaire, un détail, vu que ce qui compte, au final, c’est le niveau de consommation et d’investissement pour le taux d’emploi (au passage c’est l’argument très Mélenchonien du « carnet de commande rempli qui permet d’embaucher », vulgarisation de cette idée). C’est en première approximation, car en seconde approximation on introduit l’influence de la monnaie sur l’équilibre macro (la facilité d’accès au crédit va inciter l’investissement par exemple). En politique, la macro- devrait être un sujet de discussion plus naturel, pour des raisons évidentes (même si la micro- y a sa place). Seulement voilà, ce discours, qui tourne à l’obsession faut vous faire soigner sérieux les gars, qui est incapable de ne pas prononcer le mot entreprise au moins une fois par phrase, fait allumer tout mes voyants rouges de détecteur à bullshit. Passer de phénomène micro- à leur conséquences au niveau macro- demande tout de même un minimum de rigueur (et un certain tour d’esprit) qui est absent ici comme ailleurs. J’ai l’occasion de temps à autre d’essayer d’expliquer les choses, mais à un moment donné je me contente de mépriser royalement mon interlocuteur, faut se prendre en main les gens!

    Concernant la culture historique, puisque certains croient que je suis historien. Alors là, attention : grande révélation. Roulement de tambour. Trompette. Je lis des romans. La grande littérature française, celle du XIXè, celle du grand siècle révolutionnaire, les Hugo & consorts. Alors ouai je peux bien me moquer du manque de culture et jouer les arrogants, surtout face à des gens qui tentent, vaguement et vainement, de se poser en donneurs de leçon sans avoir les moyens de leur prétentions.

    Par exemple le salariat est pire que l’esclavage. Et je défie quiconque de me démontrer que mon argument est faux : l’esclave en tant qu’être humain a une valeur marchande associé à son existence même, pas le salarié. Le maître prendra soin de son esclave pour qu’il soit dans une forme minimale le lendemain ou pour le revendre. Le capitaliste, lui, tentera toujours de payer au jour le jour le salarié, et peut lui chaut que le travailleur du jour soit différent du travailleur de la veille, mort faute d’avoir pu se nourrir correctement. Y’aura toujours des petits bisounours pour croire que le capitaliste ne veut pas ça, qu’il veut notre bien. Non, il défend juste son beefsteack. Et c’est là que je renvoie à la littérature. De plus, il suffit d’écouter Zenitram expliquer qu’il veut employer une personne à moins que le SMIC, sans guère se soucier de savoir s’il est possible de tenir un budget domestique avec ça. Ce qui nous différencie, nous et notre précaire confort en régime capitaliste des travailleurs du XIXè, ou ceux du XXè en Orient, parce qu’il ne faut pas croire que les oiseaux chantent, et je renvoie aux drames récents qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg, ce qui nous différencie donc, c’est les droits, un code du travail. Constamment attaqué, détriquoté, réduit en poussière (retraites, syndicats, "rigidité du marché du travail", etc. etc.). Alors ouai, je me fous de la gueule des imbéciles heureux qui adhèrent à toute forme de discours/idéologie qui légitiment ou servent à légitimer la mise en place de telles politiques.

    Aussi une spéciale dédicace Zenitram : la petite bourgeoisie, le petit patronnat était voués à disparaître. L’histoire du XXè est l’histoire de « ses déclassés qui sont allés rejoindre les rangs du prolétariat ». Citation de Marx. Ce que Marx a loupé, faute de don de divination, c’est que loin de devenir révolutionnaire, ces déclassés, sombrant dans le ressentiment le plus total vivant mal cette perte de statut et de revenus, ont servis de fervent soutiens au fascisme&co. Soral et Dieudo. sont de tels déclassés. L’antisémitisme trouve son origine pour une bonne part sur le conflit qui opposait le petit patronnat en prise aux banques (assimilées au Juifs). Le petit retraité allemand, qui a cru en tout le bullshit sur la retraite par capitalisation, s’est fait plumé à l’occasion de la crise. Ça donne que du beau tout ça...

    La défense de « l’entrepreneur » tient du bullshit généralisé. Économiquement c’est pas viable, précisément parce que la petite entreprise est incapable de réellement de lutter contre les mastodontes ou d’avoir les reins suffisament solides pour la prochaine crise. Ça tout le monde le sait, même dans le bullshit on expliquera qu’il faut s’agrandir pour survivre. Alors si ça vous amuse de jouer les entrepreneurs, de vous mettre dans un état précaire, de jouer les soumis, tant mieux pour vous. Mais ne venez pas vous plaindre après que les autres ne veulent pas. Ça me rappelle les années 2000, la bulle NT/télécoms...

    Sans compter que c’est manquer les évolutions du capitalisme contemporain, qui cherche à externaliser un maximum ses activités en utilisant des sous-traitants. Poussée à l’extrême cette stratégie consiste à juste être propriétaire d’une marque et d’une collection de brevets. Ces fameux sous-traitants vont être pressés au maximum, ces fameux sous-traitants dont on se tape les patrons qui plutôt que de se remettre en cause, eux et leur place, vont répercuter la pression sur les prix (à fortiori fixés par les grands comptes parce qu’en situation de marché concentré) c’est-à-dire les salaires. Et ensuite le grand capital, notamment français (comme c’est un gros mot, pour les mal-comprenants lire ici CAC40), met en avant ces braves petits entrepreneurs, idiots utiles de leurs bourreaux. Je suis curieux de savoir si ce que je décris là concerne Zenitram et à quel point. On sortirait du discours idéologique pour entre dans le concret, parce qu’on va supposer que s’il veut payer un salarié rien que des clopinettes c’est pas juste par machiavélisme (ne tombons pas dans ses propres travers de raisonnement...). De même tout le bullshit sur le discours de l’innovation : les grosses boîtes ne veulent plus assumer les coûts de R&D, ni aucune prise de risque. Il est plus simple et surtout plus rentable de se payer les médias et l’État pour encourager les gens à monter leur propre boîte et si, et seulement si, l’innovation technologique/commerciale fonctionne, de racheter le tout. Youtube, Instagram et consorts sont de parfaites illustrations de ce que j’avance dans le domaine informatique (cette stratégie a ces limites, il y a des activité où la R&D est trop lourde pour être portée par un particulier et/ou une petite équipe). Tant mieux pour leurs créateurs. Mais faut pas rêver au loto, c’est exceptionnel et les autres sont condamnés à végéter/couler (encore une fois : vive les dotcoms!).

    Sans compter que soit on a un projet économique, et si on le pense viable faut foncer c’est clair, soit on n’en a pas. Et là ben on va pas monter une entreprise juste pour le plaisir de monter une entreprise. C’est couillon ce que je dis, mais on en est arrivé là, qu’il faut rappeler à certains un peu de bon sens, d’indépendance d’esprit et de pragmatisme. Franchement tenir un tel discours idéologique, en pronant au gens « le risque », c.-à-d. de risquer vie, famille, santé juste en tenant un discours idéologique, c’est grave, extrêmement grave — une telle incapacité de distance critique vis à vis de la production d’un discours idéologique est typique des systèmes totalitaires), surtout si c’est pour me retrouver à la rue si ça plante. Le but du jeu à la base c’est quand même d’avoir un projet économique viable (genre si je veux devenir un nouveau fabricant de bagnoles je peux raccrocher, ou suffit de voir les difficultés de free à développer une nouvelle activité, alors qu’il a autrement plus de moyens). Je peux t’assurer que si j’avais l’idée d’un projet un poil crédible j’y réfléchirai à deux fois.

    Pour la petite anecdote, au cours de ma recherche d’emploi, quelqu’un m’a contacté, « une entrepreneuse » qui se vivait comme telle. Elle a sorti une ou deux fois l’amorce d’un discours du style il faut prendre des risques, les français n’innovent pas. Enfin, le touintouin habituel quoi (c’est que je fuis tellement ce genre de discours que ça a tendance à entrer par l’une pour ressortir direct par l’autre, un de ces jours faudrait que je note précisément toute la novlangue sur l’entreprenariat sans faire sauter mes fusibles de protection internes). Ben elle était pas toute jeune, et manifestement pas de situation stable, des revenus très limités. Puis pas les pieds sur terre du tout, ça faisait du mal à voir. Et, disons... dans les contacts sociaux, c’était pas le bonheur, elle était spéciale, et très difficile : il fallait vraiment y aller avec des pincettes. Pour finir la concurrence exacerbée du capitalisme avait achevé de la rendre limite paranoïaque : elle avait peur de se faire piquer son idée de projet, si bien qu’elle était incapable de fournir suffisamment d’éléments pour permettre le début d’un travail là-dessus. J’ai finis par me barrer parce que ça sentait bien le roussi. La première fois de ma vie que je me suis mis en colère (je veux dire... dans la vraie vie, pas sur Internet). J’ai cru comprendre qu’elle avait monté d’autres projets par le passé... mais elle en disait pas grand chose...

    Que dire d’autre... Ah oui. Spécial libéraux maintenant. Le libéralisme c’est un truc qui date du XVIè siècle si je ne me trompe pas (Smith c’est bien pour dater sa date de naissance, non?), et qui a eu son heure de gloire au XIXè. Ça renvoie à tout ce que j’ai dit sur la concentration du capital et la disparition de la classe petite-bourgeoise (petit commerçant, petit producteur, etc.). Le libéralisme n’existe plus et ne peut plus exister (à moins de prendre ses rêves pour des réalités). Il a un siècle. Vous vivez dans le passé. L’exemple le plus récent, et très impressionnant, est l’émergence de la grande distribution, qui remplace très formellement la place de marché du village. Un marché, c’est plein de petits producteurs/vendeurs qui font face à plein de clients. C’est sur cette base qu’on construit la loi de l’offre et de la demande. Sauf à faire un déni complet des réalités les conditions de marché ne sont pas du tout remplies dans le cas de la grande distribution. Et de fait, la grande distribution c’est aussi une très grande rationalisation de la gestion et de la commercialisation des biens de consommation. Des pratiques spécifiques (voir wikipedia), associées aux spécificités de ce mode de commerce permet de broyer littéralement une concurrence de petits commerces (liés à un régime libéral eux). C’est ce qui la rend extrêmement rentable et compétitive face à un petit producteur qui a terme n’a d’autres choix que de fermer boutique. La vente par Internet pousse la logique encore plus loin puisque là Amazon domine de manière écrasante le marché, si bien que la marque commence à devenir un synonyme de la vente par correspondance sur Internet.

    Pour finir d’enfoncer le clou, je ferai remarque que les débats politico-économiques du laisser-faire (« virez-nous cet État qui nous veut du mal »), du libre-échange mondialisé, tout ça, ont plus de deux siècles. Ce sont les mêmes guignoleries encore et toujours ressasées. Ça on s’en rend compte en jetant un oeil un peu à l’Histoire. Fin XIXè début XXè il y a déjà eu des gens pour vanter tout ça, et le mettre en place. Ça a déjà donné ce qu’on sait, et on sait parfaitement comment et pourquoi. On retrouve les mêmes acteurs et les mêmes forces à l’oeuvres, les mêmes discours, les mêmes politiques, les mêmes réactions. « La première fois, c’est une tragédie, la seconde une farce. » Perso. je trouve ça juste carrément flippant, de lire des analyses qui datent d’un siècle ou d’une moitié et d’y lire un simple constat du monde contemporains. Ce qui est encore plus flippant, c’est qu’à l’époque il y avait encore une liberté qui permettait à des vrais (pas usurpateurs) intellectuels de pondre de véritables analyses sans tabous et sans idéologie, alors qu’à l’heure actuelle c’est le néant total (les penseurs de gauches médiatiques, c’est juste une vaste blague, faut en prendre un pour taper l’autre, pas un pour faire un peu d’économique... ah si Lordon rattrape un peu le niveau...). Entre le néolibéralisme copie conforme du système Manchestérien ; les Rroms ou ce qui se passe en Ukraine qui a pour origine le même problème fondamental que celui qui a envoyé 6 millions de Juifs à la mort, et que le vide du débat et de la pensée politique conduira à reproduire (fondamentalement Léonarda, c’est juste un embryon de rafle et les Juifs d’Europe de l’Est ne posent plus problème, puisqu’ils ne sont plus là... — ironie et humour noir inside je précise) ; les européistes, qui fondent leur conviction politique sur une lecture superficielle du XXè et incapables de comprendre qu’ils sont une part du problème qu’ils entendent résoudre et qui ont remplacé tout réflexion politique de fond sur le nationalisme par une religion absurde en reproduisant les tares ; on a vanté l’échange commercial entre les peuples comme moyen de paix dans les années 90s comme on l’a vanté il y a plus d’un siècle ; les conflits permanents naissant de la lutte pour les ressources économiques ; des masses entières mises au ban de la société (spécial dédicace à ce fil de commentaire, où on me fait bien comprendre que si je ne trouve pas de travail, c’est que je suis un vaut rien) ; la « soudaine dégradation de la morale dans le monde occidental semble moins due au développement autonome de certaines "idées" qu’à une série d’événements politiques nouveaux et à de nouveau problèmes socio-politiques qui venaient s’abattre sur une humanité décontenancée, en pleine confusion » ; « les intellectuels libéraux frustrés » ; la bureaucratie toujours un gouvernement d’experts, d’une "minorité avertie" qui doit résister tant qu’elle peut à la pression constante de la "majorité non avertie" ; l’atomisation de la société. Tout ça c’est pas nouveau, on se le traîne depuis un siècle, on a gentiment mis ça sous le tapis en priant pour pour que par miracle ça se résolve tout seul.

    Quant à ceux qui se revendiquent du libéralisme comme d’un humanisme, je vais gentiment me foutre de leur gueule, il serait temps, là encore, de se remettre à la page : la pensée philosophique & politique a encore évolué depuis. En plus de ça, la plupart du temps, ceux qui s’en revendique se revendique d’une conception de la liberté très naïve et très superficielle qui marque le manque de réflexion approfondie sur le sujet (suffit de voir cette manière d’idôlatrer la liberté d’entreprendre, et les réactions qui suivent quand on rappelle qu’il y a d’autres libertés, d’autres droits, etc.).