• [^] # Re: Au nom de l'égalité...

    Posté par . En réponse au journal Le Parti Pirate cherche 5 femmes pour les Européennes avant le 21 avril. Évalué à 6.

    Je suis d'accord avec toi sur le fond, mais je rajouterais une nuance vis à vis de cette partie de ton post :

    Ouai, on peut choisir des gens compétents. J'espère que c'est ce qu'ils ont fait avant. Des femmes (comme les hommes) compétents en politique, ce ne sont généralement pas des gens qui attendent chez eux qu'on vienne les chercher pour leur apporter la révélation sur leur talent et leur motivation.

    Tout un tas de personnes (pas spécialement des femmes, mais aussi des gens qui n'ont pas le même vocabulaire, ou etc.) vont être considérées/vues comme "incompétentes" non pas parce que c'est vrai, mais parce qu'elles ont une forme de pensée différente, qu'elles considèrent un problème d'un point de vue complètement différent, etc.

    Je vais donner un exemple qui sort totalement du thème de ce fil de discussion pour illustrer mon propos. Dans freakonomics, les auteurs racontent comment aux USA dans les années 1990, on observait une montée de la délinquance juvénile, et que tout le monde s'attendait à ce qu'elle explose après 1995, au vu des tendances. Et puis, "plus rien". On a attribué ce résultat à la politique de Juliani (le nouveau maire de l'époque). Les auteurs disent que, si une partie peut effectivement lui être attribué (il a augmenté le nombre de policier dans certains quartiers par exemple), cela ne suffit pas à tout expliquer car le problème de délinquance était présent un peu partout dans les villes américaines. Puis, les auteurs proposent leur explication: 1995 correspond peu ou prou au 20e anniversaire de la loi sur la légalisation de l'avortement aux USA, et émettent l'hypothèse que grâce à cette dernière, les enfants nés après ~1975 étaient déjà bien plus désirés (ils pouvaient toujours être le résultat d'accidents, mais les parents qui décidaient de garder les enfants étaient en grande majorité capables de subvenir aux besoins de leurs enfants—les autres avortaient).

    Cette hypothèse est contestable (et contestée), mais beaucoup de gens l'ont considérée comme non seulement intéressante, mais convaincante.

    Pour revenir à la compétence des candidats, on confond souvent forme et fond : quelqu'un qui ne maîtrise pas aussi bien le vocabulaire d'un sujet sera vu avec une certaine condescendance par certains experts, qui eux, ont passé leurs 5 années d'études à travailler sur le sujet.

    De plus, au-delà des apparences, il y a le problème du point de vue énoncé plus haut : parce que quelqu'un va poser une question avec un angle surprenant (et parfois peut-être saugrenu), on va le moquer, ne pas l'écouter jusqu'au bout, etc. Il ne faut pas sous-estimer la stupidité des individus dans de grands groupes.

    Bref, on retombe dans les travers des Sciences Po'/ENA, etc., mais aussi du fait que beaucoup de gens qui veulent pouvoir rester au niveau auquel ils sont arrivés avec ou sans cette éducation, vont devoir se conformer au moule sous peine de se faire bouler, invectiver, moquer, etc. J'ai en tete deux événements qui se sont passés ca ~5-6 ans d'intervalle :

    1. Lorsque Royale[1] se présente aux primaires, la réaction de Fabius a été : "Mais qui va faire la cuisine ?" (ho ho ho, quelle bonne blague, roooh mais c'est de l'humour, ça va quoiii !)
    2. Lorsque Duflot est venue s'exprimer à l'Assemblée Nationale, on l'a sifflée, fait des commentaires déplacés, etc., parce qu'elle avait osé venir dans une robe vaguement d'été/printemps plutôt qu'un tailleur strict.

    Impossible de croire que les gens qui ont eu ces réactions ont du respect pour l'opinion de celles qu'ils moquaient (ils étaient nombreux dans le cas de Duflot, et sans doute pas beaucoup moins nombreux, même si moins vocaux dans le cas de Royale).

    [1] Qu'elle fut compétente ou pas n'a rien à voir avec le sujet. Elle est un cadre du PS, elle a donc toute légitimité pour se présenter. D'une certaine manière, elle avait déjà "fait ses preuves".