• [^] # Re: oh bah heu... merci :)

    Posté par . En réponse à la dépêche 100 développeurs : la part belle à l’Open Source. Évalué à 10.

    Lorsqu'on est célibataire sans enfant, être ingénieur aux US est effectivement une excellent opportunité. Il faut cependant rappeler quelques trucs :

    1. La plupart des ingénieurs ne touchent pas 200K$/an, mais plutôt entre 100 et 150K$.
    2. Suivant l'état où on bosse, gagner 120K$ peut se révéler beaucoup moins intéressant financièrement que gagner 90K$ dans un autre état (je donne des exemples plus bas).

    Oui enfin, il faut compter ~20 à 30K$ par enfant qui va à la fac par an quand même. En supposant que les enfants bossent à côté pour payer le loyer etc. (ce qui est courant aux US). Certes, tu as le temps d'économiser pendant ~18 ans pour ça, mais si tu as déjà 2 gosses, disons avec 3 ans d'écart, il faut quand même économiser pas mal chaque année pour accumuler ~80—120K$ par enfant en vue de leurs études, soit l'équivalent d'une année entière de salaire si on a deux enfants et qu'on gagne environ 200K$/an.

    Ensuite, en supposant que tu cherches à vivre dans un coin un peu sympa qui t'évite de prendre trop la voiture, qui soit bien situé niveau commerces, voisinage, etc., tu vas facilement payer ~1500-1800$/mois de loyer (en étant gentil) pour un ~40 à 60m2 en fonction de là où tu vis. Évidemment, tu peux aller en coloc, tu peux aussi prendre moins grand, mais quand même, il faut compter 1000$ minimum dans ces coins-là. Donc tu peux soustraire ~10% de ton salaire annuel.

    Pour en revenir à ce que je disais sur le salaire annuel vs. la qualité de vie/le pouvoir d'achat : un de mes potes était parti de son poste dans l'état du Delaware, où il touchait ~90K,ドル pour aller bosser à New-York City, où son salaire était de 120K$. Comme il habitait Manhattan (ce qui, bien sûr est un choix, et il aurait pu décider d'habiter plus loin et passer ~1h dans les transports tous les jours), il payait ~2000$/mois en loyer pour un 30m2. Les restaurants étaient relativement moins chers que là où il bossait dans le Delaware, mais pour tout le reste, c'était plus cher : le Delaware n'a pas de TVA.

    Enfin, du point de vue de la santé : oui, quand on est ingé dans une boite qui a les sous, on est généralement bien couvert. Ça n'est pas suffisant cependant. On est bien couvert jusqu'à un certain point. Le gamin d'un couple vivant dans l'état du Washington et bossant pour un gros labo national (l'équivalent du CEA) s'est cassé le nez. Entre la chirurgie, les visites chez le médecin (et aux urgences avant cela), etc., ils ont plus ou moins grillé les sous « alloués » par leur police d'assurance pour cette année. On était en Janvier quand ça s'est passé.

    Un autre pote, français, vivant aussi dans l'état de Washington était employé en tant qu'ingé dans une grosse boite. Il a contracté une leucémie. Là, deux choses l'ont « sauvé » : d'une part, comme il était employé par une grosse boite qui le payait bien, il avait aussi une super assurance maladie. D'autre part, sa femme est médecin dans un des hôpitaux les plus réputés pour traiter son type de cancer. Au bout d'un an (peut-être un peu plus), sa boite l'a licencié, ce qui est la procédure standard, lorsqu'un employé ne revient pas après cette durée. Du coup, heureusement que sa femme pouvait le couvrir avec son assurance.

    À côté de ça, un de mes collègues, postdoc dans mon université, touche un peu moins de la moitié de ce que touche un ingé avec un peu d'expérience (~40K$) dans le Delaware, avec une femme et un gamin. La femme ne bosse pas (elle était ingénieur info en Chine, mais son niveau en Anglais est un peu court pour faire des entretiens pour les US), et comme elle a accouché aux US (pour permettre à leur fils d'avoir la nationalité US), ils ont dû payer des sommes importantes (et continuent de payer), avec un système de santé débile basé sur des « réseaux » (une assurance donnée ne fonctionne que pour un certain nombre d'établissements), ce qui a fait que lorsque le médecin traitant a changé de réseau, il leur a fallu négocier avec le médecin et l'assurance pour continuer à être remboursés. Ah oui, aussi, à moins de payer ~350$/mois, la plupart des assurances ne remboursent pas du tout la même chose que la sécu+mutuelle en France. De plus, il y a toujours une franchise à payer (très souvent autour de ~100$) pour les actes médicaux, et donc lorsqu'on va voir un médecin pour une visite de routine, il faut mettre la main à la poche (et un jour je vous parlerai d'à quoi ressemble un cabinet de médecine aux US).

    Maintenant, pour être parfaitement honnête, si la femme de mon collègue arrive à trouver du boulot, elle va sans doute toucher dans les ~50K$/an, ce qui devrait être suffisant pour régler les frais médicaux divers et variés... enfin si son niveau d'Anglais s'améliore.

    Ce qui m'amène à ma dernière réflexion, celle qui révèle le socialiss' en moi : certes, à titre individuel, être ingénieur aux USA est (globalement) avantageux. Mais c'est oublier comment le système fonctionne en France : les gens gens qui ont une situation plus aisée que la moyenne aident, grâce aux prélèvements sur salaires, les couches les moins aisées de la population. Aux États-Unis, ce n'est que très peu le cas (sauf à être très pauvre). Je trouve donc qu'aller aux US parce qu'on y est mieux payé, est quelque part un peu hypocrite, car on peut toujours revenir en France et se faire soigner (même si on ne cotise plus à la sécu, même s'il faudra mettre un peu la main à la poche). Mais c'est légal, donc je ne grogne pas trop.

    Ce qui m'a personnellement donné envie d'aller aux US n'était pas le fric — un postdoc aux États-Unis gagne mieux qu'un postdoc français la plupart du temps, mais franchement pas grand chose par rapport à un ingé. C'était surtout la possibilité de bosser sur des technologies difficilement atteignables en France. Et oui, si d'aventure je décidais d'aller en Californie et bosser là-bas, je pourrais sans doute prétendre à un salaire >120K$/an, mais ce ne serait honnêtement pas la raison première (même si, il faut bien l'avouer, ça ne gâcherait rien).