La classification inné/acquis est en réalité un sujet extrêmement complexe et encore mal compris. On ne peut pas extrapoler une étude scientifique sur un fait précis à des comportements plus généraux. En particulier, on ne peut pas raisonnablement se contenter d'une hypothèse de la forme "c'est peut-être lié à des prédispositions physiologiques" pour expliquer des inégalités en société.
L'utilisation de ce genre d'arguments a historiquement eu des effets catastrophiques, précisément à cause d'extrapolations excessives. L'histoire sert à éviter les erreurs du passé, qui nous enseigne ici clairement qu'en absence de preuves incontestables il vaut mieux se tenir le plus loin possible des arguments sur l'acquis/hérédité.
Un débat sur une situation déséquilibrée n'a pas pour but de statuer sur une explication "scientifique" de ce déséquilibre, mais de nous interroger sur l'effet qu'il a sur la société, s'il est désirable, quels sont ses effets positifs et négatifs, et comment faire évoluer la situation dans une direction d'intérêt général. Choisir de débattre d'éventuelles causes physiques hors de notre contrôle (mais supposées et non démontrées) est une façon d'écarter une question (souvent une question qui gêne) sans aucune certitude et qui n'apporte pas de progrès.
J'en ajouterai un quatrième, que je conçois comme une forme de "rasoir d'Ockam" des phénomènes de sociétés : plus une tentative d'explication est "bas niveau", moins elle est probable et digne de considération. Quand on s'interroge sur les accidents de la route, il convient de se demander en premier lieu quels sont les comportements des conducteurs et les environnements de conduites qui influent sur le risque d'accident. C'est seulement quand on a bien compris ces questions, et s'il a lieu de soupçonner des causes plus indirectes, qu'il fait sens de se demander, par exemple, s'il existe des causes psychologiques (hypothèse en soit tout à fait recevable, mais juste "de second ordre") ou évolutives (on observe que dans les bancs de poissons...). Se demander s'il existe une prédisposition génétique aux accidents de la route est encore plus éloigné de l'objet d'étude, et donc encore moins probable, pertinent et raisonnablement lié au problème (on pourrait y venir, mais il faudrait le justifier sérieusement par une compréhension en profondeur des causes plus immédiates). Enfin, supposer qu'il existe un boson inconnu de la physique des particules qui est vecteur d'accidents de la route est absurde (bien que ce soit, dans l'absolu, possible, et qu'on ne puisse pas démontrer scientifiquement le contraire).
[^] # Re: Précision(s), suite (et fin?)
Posté par gasche . En réponse à la dépêche Les femmes dans l'informatique. Évalué à 8.
Tu énonces trois excellents arguments:
La classification inné/acquis est en réalité un sujet extrêmement complexe et encore mal compris. On ne peut pas extrapoler une étude scientifique sur un fait précis à des comportements plus généraux. En particulier, on ne peut pas raisonnablement se contenter d'une hypothèse de la forme "c'est peut-être lié à des prédispositions physiologiques" pour expliquer des inégalités en société.
L'utilisation de ce genre d'arguments a historiquement eu des effets catastrophiques, précisément à cause d'extrapolations excessives. L'histoire sert à éviter les erreurs du passé, qui nous enseigne ici clairement qu'en absence de preuves incontestables il vaut mieux se tenir le plus loin possible des arguments sur l'acquis/hérédité.
Un débat sur une situation déséquilibrée n'a pas pour but de statuer sur une explication "scientifique" de ce déséquilibre, mais de nous interroger sur l'effet qu'il a sur la société, s'il est désirable, quels sont ses effets positifs et négatifs, et comment faire évoluer la situation dans une direction d'intérêt général. Choisir de débattre d'éventuelles causes physiques hors de notre contrôle (mais supposées et non démontrées) est une façon d'écarter une question (souvent une question qui gêne) sans aucune certitude et qui n'apporte pas de progrès.
J'en ajouterai un quatrième, que je conçois comme une forme de "rasoir d'Ockam" des phénomènes de sociétés : plus une tentative d'explication est "bas niveau", moins elle est probable et digne de considération. Quand on s'interroge sur les accidents de la route, il convient de se demander en premier lieu quels sont les comportements des conducteurs et les environnements de conduites qui influent sur le risque d'accident. C'est seulement quand on a bien compris ces questions, et s'il a lieu de soupçonner des causes plus indirectes, qu'il fait sens de se demander, par exemple, s'il existe des causes psychologiques (hypothèse en soit tout à fait recevable, mais juste "de second ordre") ou évolutives (on observe que dans les bancs de poissons...). Se demander s'il existe une prédisposition génétique aux accidents de la route est encore plus éloigné de l'objet d'étude, et donc encore moins probable, pertinent et raisonnablement lié au problème (on pourrait y venir, mais il faudrait le justifier sérieusement par une compréhension en profondeur des causes plus immédiates). Enfin, supposer qu'il existe un boson inconnu de la physique des particules qui est vecteur d'accidents de la route est absurde (bien que ce soit, dans l'absolu, possible, et qu'on ne puisse pas démontrer scientifiquement le contraire).