J'apprécie beaucoup l'esperanto mais il faut être juste :
(1) le côté "international" de l'esperanto n'est que partiel; [...]
Confusion «Internationale»/«Universelle» : une langue internationale n'a pas à respecter par sa construction et son vocabulaire la langue de tous les communicants, une langue universelle le devrait (d'où son impossibilité à exister, sauf à limiter les groupes de langues qu'elle est supposée englober).
C'est d'ailleurs l'argument donné par bon nombre des détracteurs de l'espéranto pour lui dénier son rôle de langue internationale : elle ne peut prétendre à ce titre puisque construite sur une base indo-européenne qui pénalise les locuteurs des langues non indo-européennes, même si cela ne les empêche pas de promouvoir l'anglais comme langue internationale...
Soit dit en passant, un chinois ne sentira bien moins «dépaysé» en apprenant l'espéranto que l'anglais (l'autre langue internationale) : le caractère régulier de la grammaire de l'espéranto est bien plus proche de la sienne (par exemple, la régularité du marquage des temps, et la non déclinaison de cette marque en fonction du sujet) comparé au caractère fort irrégulier de l'anglais (conjugaisons, pluriels, dérivations masculin/féminin). Pour ce qui est de l'autre composante d'une langue, son vocabulaire, celui de l'espéranto est certes de nature fortement indo-européenne (j'ai croisé un article qui lui donnait des racines à 70% d'origine latine, 20% germanique, dont les racines anglaises), mais là aussi la régularité des règles de dérivation de vocabulaire rend le travail de mémorisation bien plus facile que dans toutes langues indo-européennes qui, de par leur parcours historique, sont bourrées d'exceptions.
Il n'y a qu'à voir les formes du verbe être dont la conjugaison dans presque toutes les langues européennes est un amalgame de 2 ou 3 formes verbales distinctes (petite liste non exhaustive, pour le seul présent de l'indicatif) :
français : «être : suis, es, est, sommes, êtes, sont»,
anglais : "be: am, (art/beest), is, are, are, are",
allemand „sein: bin, bist, ist, sind, seid, sind"
quand la langue n'est pas carrément munie de 2 verbes être :
espagnol «ser/estar»,
italien «essere/stare»
ce qui n'empêche pas la conjugaison du premier verbe «être» d'arborer plusieurs formes bien disctintes :
même si certaines langues font les choses bien plus simplement :
danois : «være: er» (à toutes les personnes),
suédois : «vara: är» (idem)
tout en ayant quand même une forme du présent de l'indicatif n'ayant rien à voir avec la forme de leur infinitif.
(2) [...] Mais du point de vue du sens, l'esperanto a fait des choix qui contraignent quand même ses locuteurs à adopter des réflexes qui n'ont rien de naturel...
L'espéranto n'a fait aucun choix, ce n'est pas une personne consciente ;-), mais on aura tous compris que c'est un raccourci pour dire que ce sont ses locuteurs qui dans leur pratique les ont fait. Et s'ils les ont fait, n'est-ce-t'il pas parce qu'ils se sont naturellement imposés à eux (l'espéranto n'est après tout pas une langue sortie d'une commission de normalisation qui aurait imposé comment doit s'utiliser ou être rendu telle ou telle notion linguistique).
Qu'un apprenant trouvent certaines tournures de la langue apprise non «naturelles» est normal : sa langue maternelle le conditionne pour utiliser certains schémas différents de ceux de la majorité des autres langues. Ainsi, est-il naturel pour un anglais apprenant le français de n'utiliser qu'un adjectif («grand»), empilant les sens pour parler de ses "tall man" («homme grand») et "great man" («grand homme») ? est-ce naturel pour lui qu'un «grand-père» ait des «petits-enfants», là où dans sa langue maternelle ce sens de lien de filiation n'est exprimé que par le préfixe "grand" ("grandfather" / "grandchildren") ? et inversement pour le français apprenti anglophone ?
[^] # Re: Espéranto et programmation
Posté par Frédéric Blanc . En réponse à la dépêche Inflectiones, déclinaisons et conjugaisons en grec ancien. Évalué à 3.
Confusion «Internationale»/«Universelle» : une langue internationale n'a pas à respecter par sa construction et son vocabulaire la langue de tous les communicants, une langue universelle le devrait (d'où son impossibilité à exister, sauf à limiter les groupes de langues qu'elle est supposée englober).
C'est d'ailleurs l'argument donné par bon nombre des détracteurs de l'espéranto pour lui dénier son rôle de langue internationale : elle ne peut prétendre à ce titre puisque construite sur une base indo-européenne qui pénalise les locuteurs des langues non indo-européennes, même si cela ne les empêche pas de promouvoir l'anglais comme langue internationale...
Soit dit en passant, un chinois ne sentira bien moins «dépaysé» en apprenant l'espéranto que l'anglais (l'autre langue internationale) : le caractère régulier de la grammaire de l'espéranto est bien plus proche de la sienne (par exemple, la régularité du marquage des temps, et la non déclinaison de cette marque en fonction du sujet) comparé au caractère fort irrégulier de l'anglais (conjugaisons, pluriels, dérivations masculin/féminin). Pour ce qui est de l'autre composante d'une langue, son vocabulaire, celui de l'espéranto est certes de nature fortement indo-européenne (j'ai croisé un article qui lui donnait des racines à 70% d'origine latine, 20% germanique, dont les racines anglaises), mais là aussi la régularité des règles de dérivation de vocabulaire rend le travail de mémorisation bien plus facile que dans toutes langues indo-européennes qui, de par leur parcours historique, sont bourrées d'exceptions.
Il n'y a qu'à voir les formes du verbe être dont la conjugaison dans presque toutes les langues européennes est un amalgame de 2 ou 3 formes verbales distinctes (petite liste non exhaustive, pour le seul présent de l'indicatif) :
quand la langue n'est pas carrément munie de 2 verbes être :
ce qui n'empêche pas la conjugaison du premier verbe «être» d'arborer plusieurs formes bien disctintes :
même si certaines langues font les choses bien plus simplement :
tout en ayant quand même une forme du présent de l'indicatif n'ayant rien à voir avec la forme de leur infinitif.
L'espéranto n'a fait aucun choix, ce n'est pas une personne consciente ;-), mais on aura tous compris que c'est un raccourci pour dire que ce sont ses locuteurs qui dans leur pratique les ont fait. Et s'ils les ont fait, n'est-ce-t'il pas parce qu'ils se sont naturellement imposés à eux (l'espéranto n'est après tout pas une langue sortie d'une commission de normalisation qui aurait imposé comment doit s'utiliser ou être rendu telle ou telle notion linguistique).
Qu'un apprenant trouvent certaines tournures de la langue apprise non «naturelles» est normal : sa langue maternelle le conditionne pour utiliser certains schémas différents de ceux de la majorité des autres langues. Ainsi, est-il naturel pour un anglais apprenant le français de n'utiliser qu'un adjectif («grand»), empilant les sens pour parler de ses "tall man" («homme grand») et "great man" («grand homme») ? est-ce naturel pour lui qu'un «grand-père» ait des «petits-enfants», là où dans sa langue maternelle ce sens de lien de filiation n'est exprimé que par le préfixe "grand" ("grandfather" / "grandchildren") ? et inversement pour le français apprenti anglophone ?