• # Moi aussi ! Moi aussi ! Quand j'ai rien à dire, il faut qu'on le sache !

    Posté par . En réponse au journal Le féminisme me gonfle. Évalué à 8.

    ... Bon en fait j'ai rédigé une réponse dans mon emacs customisé et optimisé (ça s'appelle ViM), et j'ai volontairement refusé de lire les commentaires avant. Une fois que j'ai terminé, j'ai lu les commentaires. Je me dis que même si je répète un argument, comme j'ai essayé de donner des exemples/analogies, ça passera mieux. Si d'aventure quelqu'un avait déjà utilisé un de mes arguments et qu'il avait déjà été démonté, je ne le copie pas ici.

    Dernière chose avant de coller mon pâté (moi aussi je peux être atteint de logorrhée !), j'avais bien compris en te lisant que tu exagérais volontairement, mais c'est vrai qu'à certains moments j'ai trouvé ton argumentation confuse. Sur ce, hop :

    Là où c'est vicieux, à mon avis, c'est ce principe de domination dite masculine. Comme si seuls les mâles étaient responsables. Ah, là, je suis pris en flagrant délit d'expression de mon avis.

    Euh non. N'importe qui d'un peu honnête et qui a cherché un peu comment le féminisme, celui se basant sur le rapport de domination d'un groupe sur l'autre, te dira qu'il y a nécessairement un conditionnement accepté par un certain nombre (sinon, on aurait toujours 50% de la population qui finirait par vouloir taper l'autre, n'est-ce pas ?). Pour faire un parallèle sans doute maladroit : dans l'antiquité, être ou avoir un esclave n'était pas moralement une mauvaise chose. C'était un état de fait. On fait la guerre, on gagne, on a le droit de mettre les perdants à son service en tant qu'esclave (au moins une partie). Avec le recul, c'est indiscutablement injuste. Mais c'était un fait de société accepté (et en plus, c'était un état de fait « flou », à cause de certains esclaves qui au final avaient une vie bien meilleure que certains hommes libres).

    Côté garçon, des armes factices, entretenant bien l’agressivité, côté fille, des poupées qui font tout comme de vrais bébés (les odeurs en moins) entretenant bien l'idée que les filles doivent obligatoirement être mère. C'est plus que dans leur nature, c'est leur destinée immuable. Qui s'élève contre cette ségrégation des rôles ? Là encore, silence assourdissant.

    Euh, là encore, tu as faux (à mon avis). Tous ceux qui parlent des gender studies prennent justement les histoires de jouets pour enfants (surtout les tout petits) comme exemple flagrant de formatage « dès la naissance ». Plein de gens expliquent en quoi ça pose problème, et plein de gens donnent aussi
    d'autres exemples flagrants de « lois naturelles » concernant la masculinité et ses atouts « naturels » VS. la féminité et les siens (d'atouts naturels, donc). Et surtout, comment tout à coup ces atouts « changent » lorsque ce qui est important pour être « au top » dans une société donnée évolue. Par exemple : les hommes étaient « naturellement » doués pour les lettres, les langues anciennes, etc. au début du XXè siècle, mais lorsque les maths et les sciences en général ont commencé à devenir proéminents pour faire avancer la société, tout à coup, les garçons étaient « naturellement » plusse doués en maths; les femmes étaient très douées pour la programmation des ordinateurs fin des années 40 tant que cela restait du domaine du « systématique »; etc.).

    Question induite, qu'est-ce qui empêche les femmes de se révolter et de dire à leurs hommes : Va chier, le ménage, tu le fais autant que moi, ou bien je me barre ? Rien. En fait si, la pression sociale, la peur d'être seule. Pas mal de choses en fait. Mais qui avec un peu de courage ne sont que des obstacles minimes.

    Permets-moi de douter de l'affirmation que j'ai mise en gras. Lorsque toute ta vie tu as subi un système, tu penses bien qu'il y a eu des moments où tu t'es révolté(e). Mais tu peux aussi imaginer que, lorsque tu arrives à, disons, 35-40 ans, que t'as déjà 2 à 3 gosses, etc., tes priorités ne sont plus exactement les mêmes. Surtout si le compagnon gagne plus que toi. La façon dont tu dis ça semble faire abstraction du fait qu'une femme (en couple) n'est pas en isolation, et que ce qu'elle décide de faire a un impact sur d'autres qu'elle (notamment les gamins s'il y en a). J'ai quelques amies qui vivaient une
    relation « pourrie », il leur a parfois fallu des années à réussir à s'en dépatouiller (lire: quitter le mec en question). Et en fait, plus elles se sont rendu compte jeunes qu'il y avait un problème d'inégalité homme-femme, et plus elles ont pu partir vite de leur relation empoisonnée. J'ajouterai que souvent ça va de pair avec des filles nées plus tard, dans des sociétés ou en tout cas avec des parents bien plus tolérants/libérés que les générations précédentes.

    La question sous-jacente, et bien plus importante étant : Mais comment se fait-il qu'elle soit à 9 ans aussi marquée par des comportements sexistes ?

    J'ai un ami qui est un peu dans le même cas que toi : la fille de sa compagne (mais c'est comme si c'était la sienne) adorait jouer aux Lego avec lui. Puis elle est passée de maternelle en primaire. Et là, après une semaine, c'était clair pour elle : les Lego, c'est pour les mecs; les filles jouent avec des
    poupées type Barbie.

    Par contre, je ne comprends pas comment tu en arrives à cette conclusion:

    Là, je voulais juste démontrer que je pense que les femmes sont toutes aussi responsables de leur condition que les hommes.

    Ce qui a fait que la petite fille dont je parlais précédemment a lâché les Lego, ce n'est pas tant l'attitude de l'instit (que ce soit un homme ou une femme, même si, étant une figure d'autorité, cette personne a une influence certaine), mais la pression sociale des autres élèves, lui ayant bien fait comprendre que les Lego, c'est masculin, et donc pas pour elle. Tu ne peux pas reprocher à un gamin de capituler devant la pression sociale d'une vingtaine ou trentaine d'élèves. C'est d'ailleurs le rôle des parents d'expliquer que non, ce n'est pas une histoire de garçon ou fille de jouer aux Lego. Mais même là, bon courage. Il lui en faudra, à cette gamine, pour affronter tous les jours pendant 5 à 15 ans la pression sociale qui lui explique « ce qui est féminin » et ce qui ne l'est pas.

    [...] les femmes sont encore actrices, voire a minima complices de cet état de fait.

    Si par là tu veux dire « beaucoup de femmes sont conditionnées, et du coup suivent les règles qu'on leur a inculqué sur les rôles donnés aux différents genres dans notre société, sans forcément faire preuve de beaucoup d'introspection, disons que toute une littérature est d'accord avec toi. C'est entre autres à ça que s'intéressent les différentes théories du genre. :-)

    Alors oui, on peut regretter que le porno soit le plus souvent pour le coup particulièrement sexiste, surtout avec l'augmentation du gonzo, mais est-ce que ça vaut le coup de nier qu'il existe des choses plus sympa ? Est-ce que ça vaut le coup d'être anti-porno (n'est-ce pas là un problème de morale plutôt que de féminisme ?)

    Je pense qu'il y a deux parties dans cette séries de remarques/questions.

    1. Faut-il nier qu'il existe des pornos « pas vraiment sexistes ? » Non, bien sûr. J'avais lu quelque part que, quand les premiers films classés X étaient sortis, tout un tas de réalisateurs avaient commencé à rêver d'un cinéma ultra-réaliste qui raconterait une histoire, mais avec des scènes d'amour complètement explicites. Évidemment, ils n'avaient sans doute pas compté avec le fait qu'il faut aussi convaincre les acteurs (hommes et femmes) de participer...
    2. Est-ce qu'être anti-porno est plus une question de morale plutôt qu'une lutte contre le sexisme. J'ai envie de dire, les deux mon capitaine. Il y a clairement une notion de morale, qui rejoindra sans doute les questions morales soulevées par la prostitution. Il y a aussi une question sur le sexisme (tu parlais justement de la montée du porno gonzo par exemple). Dans ce dernier cas, je pense que le problème n'est pas le film porno en lui-même, mais le mensonge qui est véhiculé par ce dernier : non, une femme n'a généralement pas un orgasme dès qu'on la pénètre. Et d'ailleurs, le fait qu'un homme éjacule n'indique pas nécessairement qu'il a eu un orgasme non plus1. Non, une femme n'a pas forcément envie qu'on lui enfonce un truc de 20 à 30cm dans la gorge. Etc.

    Je ne comprends pas ce que tu veux dire par ça :

    [à propos des pets/rots/bla] Mais, ciel, mais c'est très déplacé pour une femme de faire ça ! Pourquoi ? Parce que c'est plus distingué chez un homme peut-être ?

    Je ne crois pas avoir jamais vu une femme féministe le nier. En fait j'ai l'impression que tu mélanges un peu les discours « pro » ou « anti » féminisme (dans le sens « anti-féminisme-un-peu-trop-anti-homme » si tu veux), mais c'est pas très très clair quand tu passes de l'un à l'autre.

    [Toujours à propos des flatulences] Là encore, n'est-ce pas la morale qui vient polluer le débat ?

    Euh, non. Là pour le coup, c'est bien une objectification/idéalisation de ce à quoi une femme devrait ressembler : une femme, c'est beau, c'est élégant, ça n'émet pas de bruits dégueu, ça sait se tenir, et donc, ça se tait, et ça ne parle que quand on lui adresse la parole. C'est bien une forme de « morale »,
    celle d'un autre temps, qui reléguait les femmes à l'arrière-plan.

    Alors, plutôt que de lutter contre les hommes, pourquoi ne pas lutter avec les femmes et les hommes, les humains, qui pensent que cet état peut être changé ?

    Les féministes que je connais (qui le revendiquent, ou bien qui ont un comportement qui me les fait assimiler à ce que je considère être féministe, et qui colle bien à ta définition tirée de Wikipedia) ne se posent pas « contre » les hommes. Par contre effectivement, cette notion de société qui, en tant qu'ensemble, en tant que groupe d'individus tend à favoriser les hommes, ça c'est un truc que ces personnes (hommes et femmes) effectivement affirment. Ce qu'elles n'affirment pas par contre, c'est que ce soit volontaire. J'ai un excellent cas de sexisme involontaire me concernant (et sur lequel j'essaie de
    travailler pour que ça ne se reproduise plus), mais il faudrait que j'arrive à le formuler correctement — et ma dernière tentative pour tenter de l'expliquer par écrit n'était pas très bonne.

    Pourquoi systématiquement être contre le système et réduire la domination à celle des hommes sur les femmes ?

    Ce n'est pas exactement comme ça que je le perçois. Regarde ce que tu disais précédemment à propos des femmes qui ont été conditionnées pour se dire que les mecs ça en fout pas une à la maison : si toute ta vie, le modèle parental (en commençant par tes parents, mais aussi ceux de tes amis d'école quand tu vas manger chez eux, etc.) est que « c'est comme ça que ça se passe », tu affirmes qu'avec « un peu » d'efforts, une femme peut dépasser ça. Moi je te dis que lorsque tu es programmé pendant ~20 ans à accepter cette façon de vivre, c'est difficile de s'en détacher, à moins d'avoir été sensibilisé au fait que cette façon de vivre pose problème bien avant. Je me permets de donner une analogie pourrie. J'ai fait du yo-yo avec mon poids : en ce moment j'ai jamais été aussi gros, mais 10 ans auparavant je n'avais jamais été aussi mince, et 15 ans auparavant, j'étais entre les deux. J'ai un ami qui a toujours été mince, qui, finissant ses études de doctorat, mais ayant la chance d'avoir pu éviter tout un tas de contraintes (il n'avait presque jamais à bosser le weekend, ou tard le soir), pouvait continuer d'avoir un mode de vie régulier, etc. Lorsque je lui expliquais que mon boulot, c'est de prendre l'avion plusieurs fois par an, de parfois (souvent) bosser le weekend, que j'ai pas forcément facilement la
    possibilité d'avoir un emploi du temps régulier, et que du coup, je bouffe de la merde, n'importe quand, etc., pour lui, il « suffisait » que j'arrête de faire n'importe quoi. Si j'avais été en surpoids de deux ou trois (ou cinq) kilos, il aurait sans doute raison. Là, j'ai 20kg à perdre. J'ai une accumulation de
    mauvaises habitudes, dont je suis conscient; je sais ce que je suis censé faire en termes d'habitudes alimentaires (quantités ingérées, [manque de] diversité dans la nourriture, consommation quotidienne d'eau, etc.) mais ça n'empêche pas que c'est réellement se faire violence de retomber dans un cercle
    vertueux, car le boulot n'aide pas (pendant ~5 ans, j'avais entre 2h30 et 4h de transport par jour). Bien sûr « qu'il ne tient qu'à moi » de changer les choses. Mais ce n'est pas facile. Lorsque j'étais à un « bon » poids (le plus bas donc) il y a ~10 ans, c'était très simple : j'étais dans un environnement
    qui favorisait cela (j'avais une copine qui me faisait des remarques quand j'exagérais un peu trop, je marchais pour aller en cours, etc.).

    Donc : l'environnement où l'on vit est extrêmement important pour réussir à voir qu'une situation est bonne ou pas pour soi-même ou pour les autres. D'ailleurs, il y a récemment eu une vidéo sur les « pervers narcissiques » : Fred et Marie. On y voit une femme qui est complètement soumise à son mari, qui n'est jamais directement violent, mais qui est clairement manipulateur, qui gueule parfois, la cajole juste après, etc. Sa meilleure amie lui parle en aparté à un moment, et lui dit qu'elle ne comprend pas, qu'elle a changé, qu'avant elle était volontaire, pleine de vie, etc. Plein de gens (je devrais dire : plein de mecs) se sont plaints, ont dit « ouais mais non, des filles PN, ça existe aussi », etc. C'est vrai. Il existe bien des PN femmes, et après avoir cherché un peu, elles existent dans des proportions similaires (il y a un peu plus d'hommes que de femmes PN apparemment). Ces gens l'ont pris pour eux (« encore une fois, c'est le mec le connard »). Je suis tout à fait d'accord pour dire qu'il faudrait deux vidéos : une pour chaque cas (dans le cas d'un couple hétéro).
    Ceci étant dit, je n'avais pas besoin que la victime soit un homme pour m'identifier à Marie dans cette vidéo. Ayant été en couple avec une « quasi-PN » (je ne pense pas qu'elle avait atteint un niveau pathologique, mais je ne suis pas psy), j'ai pu voir dans cette vidéo des moments de vie que j'avais moi-même vécu.

    Je pense que c'est plus contre un système patriarcal, entretenu à la fois par des hommes et des femmes qu'il faut lutter.

    Euh oui, mais ... Par définition, un système patriarcal est un système où les hommes... dominent. :-) Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des femmes qui n'aident pas ce système à perdurer, soit par « programmation », soit parce qu'elles y ont trouvé une place qui leur convient, ou pour n'importe quelle autre raison. Mais ça veut dire que, parce que les hommes en règle générale sont les grands bénéficiaires de ce système, il faut faire un effort « conscient » pour se rendre compte de certaines inégalités.

    Pour prendre une autre analogie/comparaison, dans Sur la télévision, Bourdieu explique que dans un débat télévisé, ce qu'il faudrait, c'est que le modérateur de ce débat aide « le plus faible » en termes de capacité à communiquer à exprimer ses idées. Si ce dernier ne le fait pas, il s'agira alors plus d'une bataille rhétorique que d'une confrontation d'idées. Ainsi, le modérateur doit s'assurer que le temps de parole soit non pas forcément « égal », mais « suffisant » pour que tous les intervenants puissent faire passer leurs opinions équitablement2.

    Je prends cet exemple parce que c'est à mon avis applicable à toute situation où il existe une autorité (par exemple l'État) qui doit s'assurer de l'égalité en droit, mais aussi de l'équité en traitement : l'égalité d'opportunité fonctionne mal — un gosse de riche et un gosse de pauvre ont tous les deux une
    égalité d'opportunité d'accéder au poste de président de la République; en pratique, l'un aura les connexions grâce à ses parents, l'école où il aura été dès la maternelle, etc.; l'autre aura déjà fait un bond considérable s'il arrive à devenir député/préfet/etc. C'est la même chose avec les inégalités hommes/femmes. L'idée n'est pas de systématiquement mettre 50% de femmes à tous les postes. Par contre, l'idée est de s'assurer qu'il existe une proportion suffisante de femmes pour qu'il y ait une possibilité d'émulation. Mais ça ne sert à rien si malgré les 20 ou 30% de femmes qui occupent un poste donné, les comportements des hommes à leur égard restent sexistes (par exemple : en leur coupant la parole tout le temps, en leur faisant des remarques déplacées sur leur façon de s'habiller, en étant un peu trop « collants », etc.). Si d'un côté les lois sur le harcèlement sexuel aux USA sont ridiculement rigides, de l'autre en France, il faudrait peut-être s'interroger, si ce n'est sur leur étendue, au moins sur leur juste application...

    [1] d'ailleurs je me souviens d'une interview d'Ovidie, qui justement essaie de faire des pornos qui plaisent aux femmes, qui rigolait du fait que dans un porno « classique », il faut presque toujours avoir l'homme qui éjacule « à l'air libre », comme si l'éjaculation impliquait nécessairement l'orgasme, alors
    qu'elle disait qu'elle pouvait clairement voir quand le mec avait réellement joui ou pas.
    [2] J'en ai déjà parlé ailleurs, mais alors que je suis plutôt sensible à tout un tas d'idées présentées par Mélenchon de par le passé, j'ai souvenir d'un débat entre lui et une ultra-libérale — donc en théorie, étant données mes convictions politiques, j'aurais dû être derrière lui à 200%. La façon qu'avait Mélenchon de couper la parole à son interlocutrice à tout bout de champ m'avait tellement énervé qu'au final, je ne voulais plus écouter ni l'un, ni l'autre (qui de toute manière ne pouvait pas en placer une). Le modérateur aurait dû faire taire Mélenchon pour laisser à son opposante l'opportunité de défendre ses idées.