• [^] # Re: L'hopital qui se fout de la charité ?

    Posté par . En réponse au journal La communauté Linuxfr n'a-t-elle plus rien (de technique) à dire ?. Évalué à 6.

    Si ça peut aider : j’ai fait le même constat depuis que je m’intéresse aux sciences humaines.

    Je dirai que le phénomène tient pour une part au mépris qu’affichent les disciplines entre elles, tout particulièrement les sciences "dures" vis-à-vis des sciences "molles" (rien que le vocabulaire...).

    Plus pragmatique : la plupart des chercheurs en sciences dites dures me semblent être sur une vision idéaliste de la méthode scientifique, là où les sciences humaines, par définition, peuvent directement interroger leur pratique scientifique quotidienne en utilisant les outils de leur propre discipline.

    Pour ne rien arranger, souvent la pratique scientifique est subie, et il y a je trouve peu d’interrogation ou de remise en cause.

    Des exemples. La science est devenue internationale et il faut publier en anglais : mais rien sur l’influence de la qualité littéraire des papiers, un anglais bas de gamme pour rester compréhensible par tous, et l’influence que cela a sur la qualité de la recherche ; le publish-or-perish : il est facile de voir que ça fait diminuer la qualité des papiers, seulement voilà, les chercheurs sont pas trop cons, et le savent, du coup, se croyant malin, beaucoup finissent par sélectionner les papiers qu’ils lisent... en fonction de la réputation de l’auteur : là en terme de qualité de la recherche le risque de créer des coteries est grand ; enfin on ne fait plus de la recherche comme on en faisait encore au début du siècle : maintenant ce sont de plus en plus des équipes qui travaillent ensemble pour produire un papier, faire aboutir un projet, etc, de même les tâches sont très spécialisées (dans mon ancien domaine, il y a les observateurs, les numériciens, et tout le monde regrette le peu d’échange entre théoriciens et observateurs – ça la fout mal...) ; l’outil informatique a révolutionné les sciences, avec d’un côté les méthodes d’analyse de grands ensembles de données, faisant la part belle aux statistiques et de l’autre les simulations numériques : ayant fait prépa, institution assez conservatrice restée sur une approche très matheuse, la différence me saute aux yeux ; de temps en temps, j’avais à lire des papiers assez anciens, genre trois ou quatre décennies, et le fait est qu’ils étaient souvent très court, par rapport à la production actuelle : il serait intéressant de savoir si c’est une évolution générale des articles, ou si en fait les idées les plus brillantes, et qu’on retient, sont aussi celles qui ne nécessitent pas de longs développements...

    Ce sont sont des changements profonds qui ont eu lieu. Fondamentalement ils laissent plein de questions ouvertes dont je n’ai pas la réponse. Mais les scientifiques me semblent avoir très peu de recul pour évaluer ce qu’ils ont apporté en bien ou en mal, là où pourtant ils auraient beaucoup à apprendre des sciences sociales.

    Sans compter que les politiques foutent leur nez là où ils devraient pas : et les sciences sociales ont ici, pour des raisons historiques aussi (elles ont la réputation, fausse àmha, d’être un joyeux repère de gauchistes...), un sérieux avantage car elles ont les moyens intellectuels de lutter contre eux (d’un autre côté les enjeux autour du pouvoir sont plus importants quand on fait de l’Histoire et de l’économie, par exemple).