• [^] # Re: Que du bonheur !

    Posté par . En réponse au journal La loi sur la programmation militaire est adoptée !. Évalué à 3.

    je suis 100% juif — donc j'ai de claires origines sémites.

    Ça c'est intéressant. Tu penses que le judaïsme est une race. Ce qui est proprement raciste, en plus d'être délirant, parce qu'une religion et un système de valeurs ne se transmet pas par le sang !

    C'est dommage, tu as tronqué la partie où je disais que ceux que ça intéressaient, c'étaient ceux qui se considèrent comme juifs et les néo-nazis, et qui donc pensent que « juif », ça « s'attrape » par la mère. Par contre, effectivement, le judaïsme ayant ses origines dans les tribus sémites, ma mère ayant été élevée en Afrique du Nord, et de façon générale étant séfarade; mon père étant hongrois et étant donc ashkénaze au niveau de la « classification » que les juifs font entre eux, oui, il est clairement établi que j'ai des origine sémitiques. Et oui, ceux « que ça intéressent » sont ceux qui pensent qu'avoir une mère qui a eu des parents/ancêtres qui suivaient la religion juive détermine encore aujourd'hui la « nature » de cette dernière — et de moi-même par la même occasion.

    Je n'accepte pas la notion de « race », car elle implique (comme on te l'a déjà expliqué) une notion de hiérarchie. Au début du XXè siècle, la notion de race incluait non-seulement les origines biologiques, mais aussi géographiques des individus. On parlait du coup de « race allemande » ou de « race française ». Depuis (si je ne me trompe pas, peu après la fin de la 2nde GM), on parle d'éthnie pour parler du groupement « culture, société, géographie » (donc pays de naissance, possible religion, et potentiellement « sous-culture » dans le cadre du pays ou de la région concernée).

    Tu dis que tu sais reconnaître un chinois d'un vietnamien au premier coup d'œil. Tu dois être très observateur, sachant que la Chine, vaste comme elle l'est, propose énormément de phénotypes différents. Je ne nie pas qu'il existe des phénotypes différents, mais du coup je me demande si tu es capable de reconnaître un Breton d'un Orléanais. Le Vietnam (tu sais, qui fait partie de l'Indochine) propose lui aussi tout un tas de phénotypes spécifiques, certes, mais en plus de cela, la Chine et le Vietnam n'ont pas attendu la mondialisation pour mêler leurs populations. En ce qui concerne « Japonais vs. Coréen », les japonais descendent des coréens.

    D'ailleurs, c'est curieux, ceux qui nient l'existence des races au sein de l'espèce humaine, parlent souvent de métissage...Un métis c'est un mélange de quoi si ce n'est de races différentes ?

    Je ne parle jamais de métissage. Il faut dire que je suis un peu « 1er degré » sur les bords : si on me demande la couleur de quelqu'un, je vais souvent dire « marron », « doré », etc. On nous formate pour penser que « foncé == noir », que « pas tout à fait blanc, mais un peu bronzé quand même » == maghrébin (ou pire, arabe, alors qu'en fait, ils pourraient être berbères, etc.) ou bien s'ils ont les yeux un peu bridés, « asiatiques1 », etc. Évidemment, les phénotypes prennent en compte plus que la couleur de peau (la forme des yeux, du nez, de la bouche, etc., font partie de l'ensemble des phénotypes qui sont utilisés pour essayer de définir une « race »). Sauf que si tu prends quelqu'un dont les parents sont originaires du Cameroun (par exemple), et qui sont donc « noirs-noirs2 », il n'en reste pas moins qu'ils ont été élevés dans un environnement non seulement francophone (ça, à la limite, ça aurait pu arriver aussi en étant élevé au Cameroun), mais aussi avec une culture, une histoire, des références culturelles (TV, radio, théâtre, littérature, contes de fées, etc.) du lieu où ils ont été élevés. Les phénotypes généralement associés aux noirs africains (lesquels ? Un éthiopien ne ressemble pas trop à un camerounais pour ce qui est des traits du visage...) ne vont rien changer. Lire par exemple, l'excellent Je suis noir et je n'aime pas le manioc, de Gaston Kelman. Il y décrit une anecdote où sa fille (de 4 ans à l'époque) lui demande de quelle couleur elle est. Lui, embarrassé, ne sachant pas trop comment répondre, finit par dire « noir ». Elle lui répond joyeusement « Perdu ! Je suis marron ! » (en substance, hein). On nous « éduque » à penser/voir les couleurs d'une certaine manière.

    C'est pourtant simple : si tu es né en France, que tu as été à l'école en France, etc., alors tu es français. Ta couleur de peau ne changera rien. J'ai des origines hongroises, mais je ne partage ni la langue hongroise3, ni sa culture (mis à part quelques auteurs que mon père affectionne beaucoup—mais il adore aussi Tolstoï, Ionesco, Voltaire, Shakespeare, Joyce, et Prévert). Je suis né en France, j'ai appris le français comme langue, j'ai appris l'histoire de France en primaire, au collège et au lycée. Ma couleur de peau est complètement accidentelle : j'aurais très bien pu l'avoir bien plus mate (mais j'ai hérité des gênes « cachet d'aspirine » de mon père).

    [1] Et alors quoi, un mec qui a la peau noire ou très foncée, ou bien un peu dorée ne pourrait pas être, je sais pas moi, moyen-oriental d'origine par exemple ?
    [2] À lire avec l'intonation de Muriel Robin.
    [3] Je sais à peine dire bonjour/au revoir/merci, parce que j'y ai voyagé il y a bientôt dix ans, pas parce que mon père m'a appris la langue.