• [^] # Re: La question que je me pose quand je vois ça...

    Posté par . En réponse au journal La loi sur la programmation militaire est adoptée !. Évalué à 6.

    Bon est quand même d'accord qu'on discute sur des fantasmes inspirés de l'article 13, et pas de l'article 13 réellement? Parce que l'article 13 rend l'espionnage systématique impossible, il faut, pour chaque écoute, faire un dossier motivé qui va être validé dans les 7 jours par la commission truc-bidule.

    Ensuite, tu soulignes le problème de l'archivage des données, pas vraiment du contrôle de l'État. Un document qui transite sur les réseaux laisse tout un tas de traces, et son contenu lui-même peut être intercepté à tout plein de niveaux. À mon avis, tu dois considérer que toute info qui sort de chez toi est susceptible d'être interceptée et stockée, par Google, par ton FAI, par la CIA, par la DGSE, on s'en fout, l'info est accessible, et c'est ça qui compte. Et ça, tu ne peux rien y faire, ce n'est certainement pas la loi qui va te protéger de quoi que ce soit. Sans compter que ceux qui ont réellement le pouvoir de te nuire, la loi, ils s'en balancent pas mal.

    La situation qui t'es le plus favorable, à toi en tant qu'individu, c'est quand quelqu'un d'autre n'a accès qu'à 1) les métadonnées (c'est inévitable), et 2) les contenus cryptés.

    Pour les métadonnées, tu ne peux pas faire grand chose. La seule stratégie qui permettrait de brouiller un peu les cartes serait de noyer les métadonnées utiles dans la masse ; par exemple, envoyer tes mails à ton correspondant et à 99 adresses fictives en même temps. Pour la géolocalisation du téléphone portable, je ne vois pas trop... tu peux toujours coller ton smartphone sur le dos de ton chat pour qu'il fasse le tour de toutes les antennes du coin la nuit...

    Pour le contenu, le cryptage, quelle que soit la méthode, est cassable. Je dirais même que c'est sa propriété principale, puisque dans l'histoire quelqu'un doit pouvoir le décrypter. Il suffit d'avoir la clé, la grille, ou la méthode censée décrypter le truc pour avoir accès au contenu. Je pense que la messe est donc dite : tu n'as absolument aucune certitude que tes messages ne seront jamais décryptés dans un futur plus ou moins proche. Dans un État fasciste, la police pourra saisir l'ordinateur de ton correspondant, ou le torturer pour avoir son mot de passe, ou te torturer toi.

    Bref, je pense que tu te prends la tête pour pas grand chose. Tu mets trop d'espoir dans la loi et/ou dans la technique de te protéger d'une menace incontournable : si quelqu'un, et un service d'État en particulier, veut t'espionner et qu'il y met suffisamment de ressources, il pourra le faire. La seule chose que tu peux faire, à ton niveau, c'est de lui rendre la tâche difficile ; ça ne te protège pas dans l'absolu, mais ça protège l'ensemble des citoyens dans la mesure ou tout le monde ne pourra pas être surveillé en même temps, car casser toutes les clés serait trop coûteux.

    Pour les métadonnées, c'est quasiment impossible. Bien sûr, la loi pourrait imposer que les FAI et les opérateurs de télécom envoient leurs logs vers /dev/null toutes les 10 secondes, mais ça n'empêche pas l'interception avant ça, et en plus, ça gênera énormément le travail légitime de la police (car on a parfois tendance à l'oublier dans ces discussions houleuses sur la vie privée, mais le travail de la police est légitime, et l'accès aux données de téléphone portable a permis à de nombreuses reprises de faire avancer les enquêtes).

    En résumé, je pense que la seule manière d'être certain de ne pas être victime d'un État totalitaire, c'est de faire en sorte que l'État ne devienne pas totalitaire. Aucune méthode de chiffrage, aucune loi qui change le nom de la personne qui va autoriser une écoute, aucune procédure technique sur la gestion des logs des FAI ne va jamais empêcher un État totalitaire de débarquer chez toi et de t'arracher les ongles des doigts de pied jusqu'à ce que tu leur dise ce qu'ils veulent savoir. Croire que des mesures techniques ou des lois te protègent, c'est comme croire qu'un airbag pourrait te sauver de l'explosion d'un avion en plein vol ; tu te concentres sur une part ridiculement petite de la menace, sans voir que tu es cuit de toutes manières.